ZACHÉE

Dt 4, 5-9 ; Lc 19, 1-10

Mercredi de la troisième semaine de Carême – C

(18 mars 1998)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Désirer voir sans être vu !

 

Z

achée, on ne connaît rien de lui, sinon cette histoire. On ne connaît pas sa mère, ni ce qui s'est passé avant. On sait seulement qu'il est peut-être riche commerçant, et qu'il est petit. Et cet homme va, veut croiser le chemin de Jésus ? Il veut croiser, cela veut dire qu'il veut l'apercevoir, tout en espérant être vu, mais en espérant également rester caché. Car, quel est l'endroit où l'on peut le mieux se cacher, tous les enfants le savent, c'est les arbres ! On voit tout, et l'on n'est pas vu. On voit et l'on se met en-dehors, au-dessus de l'humus. Et c'est curieux, ces deux hommes : l'un est caché par la foule, Jésus, et l'autre se met en-dehors de la foule, pour voir celui qui est au cœur de la foule. On peut imaginer qu'en entrant dans Jéricho, les hommes et les femmes ser­raient Jésus et qu'il était entouré de toutes parts. Et comme il n'y avait pas de photos d'identité à l'époque, pour reconnaître Jésus, il fallait questionner, ce qui se passera au moment de son arrestation. On pouvait dire qu'il était barbu, mais apparemment ces choses-là étaient communes. Donc, il fallait bien que quelqu'un vous le montre, vous l'indique.

Zachée se met à part, c'est une démarche de pardon, quand on est non pas en état d'arrestation, mais en état de pardon, on se met en-dehors, on prend un temps à soi, on rentre en soi-même. On s'élève au-dessus de ce monde pour tenter de se recevoir et de se donner, et c'est exactement ce que fait Zachée, et c'est le sycomore. Le sycomore est la meilleure image de la demande de pardon, du premier mouvement qui va amener Zachée à ouvrir son cœur à autre chose qu'à lui-même. Il s'élève au-dessus de lui, la demande de pardon c'est apparemment un moment d'humilité (humus), mais c'est un moment qui nous ouvre à quelque chose du ciel, donc c'est un moment ascendant, qui aspire. En ce moment du pardon, Za­chée monte dans l'arbre, pour voir au-dessous de lui quelqu'un qui pourrait lui apporter ce pardon, mais il est caché, il n'est pas vu.

Jésus sent, pressent, reçoit, comme il le rece­vra plus tard de cette femme qui touche son manteau, entend, ressent dans son propre corps, son corps de Dieu, la demande, le désir de cette femme, elle était simplement derrière lui, voulant le toucher, l'autre était dans l'arbre, voulant simplement le voir. Ce sont les variations de sites des demandes des hommes par rapport à Dieu, de ceux qui cherchent Dieu, de ceux qui s'aperçoivent qu'il n'y a pas de place en eux pour Dieu mais qui voudraient bien faire de la place.

Donc, on va ou se mettre à genoux comme la pécheresse, ou toucher son manteau, ou monter sur un arbre pour se mettre en attente. Jésus le fait descen­dre pour venir près de lui, c'est-à-dire près de ce qu'Il est comme chair humaine, pour le ramener non pas du ciel où Zachée s'élevait, mais pour le ramener à sa vocation d'homme, parmi les hommes, mangeant et buvant avec eux, partageant, et puis vient le règlement de comptes : tu as volé, tu vas rendre, le regret, l'aveu, ce qu'on appelle la satisfaction, et comment je vais rendre, remettre mes dettes.

Alors, Jésus va manger chez lui, il peut aller demeurer chez lui, c'est exactement le mouvement de la conversion, confession. Ce grand mouvement qui nous élance, comme je le disais hier soir à quelqu'un. Je crois que quand on s'élance vers la confession, qu'on prépare son cœur à la confession, on y va parce qu'on est surchargé, comme un texte trop écrit, il faut donc éclaircir, on y va trop lourds de nous-mêmes. Et il me semble pour ma part que lorsqu'on arrive à la confession, ce n'est pas dans l'aveu du péché, même s'il est nécessaire, mais plutôt dans l'élan de prière qui a poussé mon cœur à venir rencontrer Dieu qui l'em­porte. Une sorte de joie d'être accueilli par le prêtre, puisqu'il en est le signe, donc, par Dieu. Et puis, vient l'aveu, on redescend sur terre, on est invité à vivre cette vie que Dieu nous propose, et à rendre à ceux à qui nous avons pris, ou à demander pardon à ceux que nous avons offensé.

Ce petit de taille, qui est trop petit, c'est nous évidemment, celui qui s'élance sur le sycomore pour le pardon, c'est aussi nous, et celui chez qui Dieu vient demeurer, c'est encore nous, pendant ce carême, dans le don de l'eucharistie.

 

 

AMEN