SACREMENT DE RÉCONCILIATION

Dt 4, 5-9 ; Lc 19, 1-10

Mercredi de la troisième semaine de carême – A

(17 mars 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous sommes invités par l'Église à chercher dans notre cœur ce qui fait obstacle à son salut, à sa vie, à tenter d'analyser un peu l'ensemble de notre vie et à le déposer dans le sacre­ment de réconciliation pour recevoir de Dieu le par­don. Nous sommes tous confrontés à cette même dé­marche. Et c'est vrai qu'elle prend des couleurs diffé­rentes suivant nos personnalités. Malheureusement, pour beaucoup d'entre nous, cette démarche qui doit commencer avant le sacrement de réconciliation, semble s'achever par le sacrement lui-même, comme si arrivés au bout de cet effort difficile ou délicat, nous nous trouvions comme satisfaits. En général ceux qui agissent ainsi ont dans la confession l'atti­tude classique de s'en tenir un peu à une sorte de liste préalablement triée et préparée. Et "ayant sorti" cette liste de leur cœur, ils pensent avoir fait ce qui est né­cessaire pour "être en règle" avec leur cœur et le cœur de Dieu.

Il me semble que dans le cœur même du sa­crement de réconciliation, il ne s'agit pas tant de tout sortir comme s'il fallait être sûr qu'il ne reste pas quelque tache au fond du cœur, mais plutôt d'entrer dans un cadre de prière, de sacrement, sous le regard de Dieu et avec ce regard de Dieu de reprendre sa vie et de la lire sous la miséricorde. La confession n'est pas tellement le terme d'une démarche, mais le point de départ d'une vie avec le pardon de Dieu. Non pas tellement le terme d'une volonté de se mettre en ac­cord avec Dieu, même si ce sentiment doit nous aider à demander le sacrement de réconciliation, mais elle est surtout un point de départ pour aller plus loin. Le pardon nous rattrape, nous touche au moment du sa­crement, pour justement nous aider à prendre le che­min de la vie.

Vous avez entendu dans l'évangile comme Zachée qui est petit ne peut voir Jésus, de même que nos péchés nous empêchent de voir. Il nous fait trou­ver des moyens pour nous élever nous-mêmes. Lors­que Zachée descend de l'arbre, il reçoit Jésus avec joie. Et un des signes que notre sacrement de réconci­liation se vit comme un point de départ, d'un change­ment de notre cœur de pierre en cœur de chair, c'est qu'après avoir médité, pesé l'ensemble de nos péchés, de nos tiédeurs, de nos médiocrités que nous connais­sons, le pas qui me mène au sacrement doit finale­ment être un pas d'allégresse de retrouver la présence, la présence douce, la présence certaine, la présence forte du maître qui nous attend.

En confessant les enfants je me rends compte combine, ils vivent plus naturellement cette sorte d'allégresse qui les saisit. Et s'éloignant rapidement de cette liste initiale de leurs péchés, ils découvrent, au cœur même de ce pardon, de cet aveu simple de l'en­fant qui retrouve son père, la joie de l'amour qui est présent et qui accueille le pécheur pour l'emmener plus loin.

En méditant votre propre démarche de pé­cheur dans la réconciliation, je vous invite à vous préparer à un autre voyage, à un point de départ que le sacrement pourrait inaugurer dans votre cœur. Le sacrement est là justement pour sceller aujourd'hui, dans votre vie, non pas la fin des péchés, un espèce d'aboutissement du passé, mais une ouverture sur un avenir, un avenir qui est votre vie réconciliée avec l'Église et avec Dieu. Et méditez non seulement sur votre péché passé mais aussi sur tous ces moment où Dieu est passé dans votre vie et où vous avez passé outre, en vous réjouissant que Dieu renouvelle inlas­sablement ce rendez-vous et que vous allez vous rele­ver pour être dignes de l'amour dont Il nous comble.

Nous n'avons pas la chance d'avoir la fidélité de Dieu, cette fidélité durable qui traverse les médio­crités de nos vies. Nous avons comme seule fidélité celle de nous relever, de nous relever incessamment parce que nous sommes sûrs d'être attendus et que, comme Zachée, nous accueillons dans notre demeure la présence de Dieu.

 

AMEN