ZACHÉE

Dt 4, 5-9 ; Lc 19, 1-10

Mercredi de la troisième semaine de carême – B

(6 février 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous gardons l'image de Zachée comme celle d'un homme qui cherche à voir Jésus et qui, pour ce faire, se met à courir et à monter sur un arbre. Et dans cet élément-là, nous pouvons nous retrouver très facilement. Je ne sais pas si Zachée savait exactement qui était Jésus. Je ne sais pas très bien si nous-mêmes, lorsque nous courons, nous sa­vons après quoi ou après qui nous courons. Je ne sais pas très bien si, lorsque nous grimpons aux arbres pour mieux voir ou mieux nous faire voir, nous sa­vons très bien ce que nous cherchons, quel but nous poursuivons. Et c'est souvent l'objet de nos plaintes, de nos énervements, de nos agacements ou de nos colères que le fait d'une vie trop remplie, trop rapide, d'une course effrénée. Je n'ai plus le temps de ceci ... Je n'arrive plus à faire cela ... Nous sommes des cour­siers fatigués, mais notre fatigue ne nous arrête point, nous continuons ainsi toujours. Et ceci est vrai pour les choses de la vie "profane" mais plus encore peut-être pour la vie avec Dieu.

Est-ce que nous ne passons pas notre temps à courir après Dieu, à nous vider de nos énergies, d'au­tant plus que nous ne trouvons jamais Celui que nous cherchons ? Nous pourrions mieux comprendre cet aspect que je suggère en méditant cette magnifique parole de l'apôtre Paul aux Romains, parole peu connue mais qui est pour moi une source de réflexion continuelle et à certains moments de la vie, dans cer­tains événements, plus encore. Paul écrit aux Romains : "Il n'est pas question de l'homme qui veut, de l'homme qui court, mais il est question de Dieu qui fait miséricorde à qui Il veut !" Ne nous trompons pas de course. Ce n'est pas à nous de courir, j'allais même dire de courir après Dieu. Dieu n'est pas un Dieu après qui l'on court. Dieu est un Dieu qui court vers nous. Et le carême et tous les exercices que nous pou­vons faire, si ce n'est simplement que notre course à nous ou notre façon de nous hisser sur quelque syco­more mystique ou pénitentiel, vite, vite, arrêtons-nous ! Vivre, vite, descendons. "Descends de ton arbre, vite, vite !" dit Jésus. Change complètement ton orientation. Change complètement de courir. Laisse-Moi courir vers toi. "Descends vite ! Je viens demeu­rer chez toi !" Il ne s'agit pas de l'homme qui court. Cessons donc de courir, de nous agiter à tout propos, même au propos de Dieu. Parce que ce n'est pas le véritable propos de Dieu. Il ne se réjouit pas et ça l'agace sûrement de nous voir tourner et tournicoter continuellement soit autour de nous soit autour de Lui.

Il n'est pas question de l'homme qui veut, il n'est pas question de l'homme qui court, il n'est pas question d'une énergie qui ne vient que de l'homme seul. Il est question de Dieu qui fait miséricorde. Et Jésus dit bien à Zachée : "Je viens demeurer chez toi!" C'est Moi qui viens et pas l'inverse. Alors "des­cends de ton arbre !" Cesse de courir, cesse de mon­ter et de descendre. "Il me faut demeurer chez toi" et être reçu par toi avec joie. Alors tu reçois le Salut.

Donc, ne continuons pas une fausse course vers Pâques pour y arriver en bonne et due forme à nos yeux. Laissons le dynamisme miséricordieux de Dieu renverser ce mouvement. Laissons la Pâque venir vers nous. Laissons le Seigneur Ressuscité en­trer vite en nous pour nous donner son Salut, pour nous sauver dans sa miséricorde. Comme le disait du Deutéronome retenons "cette Sagesse qui nous donne la vraie connaissance de Dieu" et dont il est dit qu'à partir d'elle "les hommes de toutes les nations pour­ront reconnaître qui est vraiment Dieu" et non pas qui nous sommes, nous vraiment. Il n'est pas question de l'homme qui court mais de Dieu qui fait miséricorde dans sa course infinie d'amour et de tendresse.

 

 

AMEN