ZACHÉE OU LA CURIOSITÉ RÉCOMPENSÉE
Dt 4, 5-9 ; Lc 19, 1-10
Mercredi de la troisième semaine de carême – A
(28 mars 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN
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oici l'entrée éclatante du riche honni, du publicain excommunié dans le Royaume de Dieu. Il ne l'attendait même pas. Il ne faisait pas partie de ces pauvres qui avaient besoin d'être guéris, de ces aveugles qui avaient besoin de voir, de ces pécheurs qui, conscients de leur péché, avaient besoin de la miséricorde de Dieu. Il n'avait besoin de rien. Il avait tout. Et tout ce qu'il possédait le consolait de la réputation qui pouvait lui manquer.
Cependant chez cet homme qui ne cherchait pas grand-chose, il y avait peut-être quelque chose que nous, qui avons tout, avons perdu. C'est la vivacité. Zachée monte vite dans un arbre. Il sort de chez lui. Zachée, dès qu'il reçoit Jésus, de façon prompte, comme dit l'évangile, partage tout ce qu'il a, après être descendu de son arbre où il était monté, simplement poussé par une espèce de curiosité un peu enfantine.
Mais cette vivacité de Zachée nous en révèle une autre, c'est celle du Christ. "Zachée, descends vite car il me faut, aujourd'hui, habiter chez toi !" C'est le cri du cœur de Dieu à chaque fois que, traversant la ville de notre vie, Il nous aperçoit, cachés ou perchés. Il y a dans le cœur de Dieu cette attente pressante, cette attente soucieuse peut-être, douloureuse parfois que ceux qu'Il a sauvés, ceux qu'Il aime puissent l'accueillir, afin qu'Il ne passe pas comme un étranger dans ce monde qui est sorti de sa main et de son cœur, afin qu'Il ne passe pas à côté des hommes comme un exclu, Lui qui a voulu que l'homme demeure en sa communion.
Frères et sœurs, pendant le temps du carême, nous sommes invités au partage. Notre partage ne peut être que la conséquence de l'hospitalité de Dieu. C'est parce que nous aurons un peu plus compris l'attente profonde qui habite le cœur de Dieu, c'est parce que nous lui aurons ouvert notre propre maison, surtout nos péchés, c'est parce que nous aurons accepté de quitter nos perchoirs, là où nous nous hissons à force de désirer quelque chose qui n'est pas le Royaume, c'est parce que nous aurons accepté tout cela et que nous l'aurons saisi au plus profond de notre cœur que notre partage pourra vraiment être évangélique. C'est parce que Zachée a vu Jésus, c'est parce qu'il a été comblé du salut, c'est parce qu'il a été ramené par le Christ dans la communion des fils de Dieu, dans la descendance d'Abraham, qu'immédiatement, sans réfléchir, il a tout donné. Il valait peut-être mieux qu'il ne réfléchisse pas, et que ce soit uniquement d'un geste du cœur, ce cœur touché par celui de Dieu, qu'il puisse partager tout qu'il avait.
Que cette hâte qui habite le cœur de Dieu pour nous partager ses biens renouvelle en nous la même hâte, pour partager avec les autres, d'une façon ou d'une autre, toutes les richesses spirituelles, affectives ou matérielles dont nous avons été comblés.
AMEN