DÉSIRER VOIR DIEU
Dt 4, 5-9 ; Lc 19, 1-10
Mercredi de la troisième semaine de carême – C
(9 mars 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu !" L'initiative appartient à Dieu. C'est le Christ qui appelle Zachée, c'est le Christ qui vient dans la maison de Zachée, c'est le Christ qui fait confiance à ce pécheur, à cet homme d'argent, à cet homme malhonnête. C'est le Christ donc qui accepte de mêler concrètement son existence avec cet homme qui, jusque-là n'a rien fait encore. Cet épisode de la rencontre de Jésus avec Zachée nous montre très précisément quelle est la démarche de l'homme pour que Dieu puisse venir demeurer chez lui.
En effet, Zachée a fait quand même plusieurs choses, avant que le Christ vienne chez lui. Plusieurs choses qui ne sont pas encore la conversion, car la décision de rendre l'argent qu'il a injustement détourné, la décision de partager avec les pauvres les biens qui lui appartiennent vraiment, cette décision c'est la présence de Jésus dans la maison et dans le cœur de Zachée qui la produira, qui lui donnera le coup d'envoi.
Tout d'abord, il a eu conscience qu'il était perdu. "Le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu !" Si Zachée n'avait pas su qu'il était perdu, le Fils de l'Homme n'aurait pas pu le trouver, n'aurait pas pu le chercher. Par définition on ne cherche pas ce que l'on a déjà. On ne cherche que ce que l'on a perdu. Il faut d'abord que l'homme sache qu'il est perdu pour qu'il puisse être trouvé par Dieu, qu'il puisse être cherché par Dieu. Reconnaître son péché, c'est peut-être plus facile quand le péché est évident, quand il crève les yeux, comme dans le cas de Zachée. Peut-être pouvons-nous avoir l'illusion de n'être pas tout à fait perdu, d'avoir bien quelques fautes, mais tout de même pas tant que cela. Il faut que nous sachions entrer assez profondément dans notre cœur, que notre regard soit assez lucide, clairvoyant pour que sachions à quel point, malgré les apparences et malgré cette illusion que nous nous faisons sur nous-mêmes, nous voyions à quel point, vraiment, nous sommes perdus, à quel point il est indispensable que nous soyons cherchés, que nous soyons trouvés, sans quoi même si nous venons chaque jour dans cette église, même si nous croyons accomplir les commandements de Dieu. Or ces commandements se résument en un seul que nous n'accomplissons jamais, car jamais nous ne pourrons aimer Dieu de toutes nos forces, de tout notre cœur, de tout notre être, jamais nous n'arriverons à aimer notre prochain comme Dieu nous aime, nous serons toujours très loin d'être en règle, nous sommes toujours perdu et loin du royaume de l'amour, car c'est si vrai que nous ne savons pas aimer.
Ensuite, Zachée a voulu voir Jésus. Il a eu, dans son cœur, il a laissé s'ouvrir dans son cœur ce désir de voir Jésus. Le désir. Dieu ne nous demande pas la réalisation de la conversion, car nous n'en sommes pas capables. Lui seul, par sa grâce, peut nous convertir. Ce qui est à notre portée, ce que Dieu, sans cesse, suscite en nous et que nous pouvons ou bien refuser par indifférence ou inattention, ou bien au contraire, auquel nous pouvons prêter toutes les forces de notre cœur, c'est ce désir de voir Dieu ce désir d'être proche de Dieu, au moins par les yeux, par le regard. Peut-être pas encore nous approcher vraiment de Lui, peut-être pas de pouvoir le toucher, peut-être pas de pouvoir le recevoir en nous, auprès de nous, mais au moins de le voir, de le contempler. Ce désir-là, il faut qu'il soit dans notre cœur, sans quoi le Seigneur ne peut pas violenter notre indifférence. Dieu ne peut pas s'imposer à quelqu'un qui ne le cherche pas qui ne cherche pas à le voir. Faire grandir en nous le désir. Etre des hommes et des femmes de désir, de soif, de soif de Dieu, comme la samaritaine dont nous parlions dimanche dernier.
Et puis, il y a une troisième attitude, une troisième action de Zachée qui précède sa conversion, c'est d'accueillir Dieu avec joie quand Il vient. Car si Dieu prend l'initiative de venir, malgré notre indignité, malgré notre péché et notre pauvreté, si Dieu, de façon inattendue et miraculeuse, frappe à notre porte, entre chez nous, vient faire sa demeure chez nous, alors il faut que ce soit non pas une fausse honte, non pas je en sais quelle modestie qui voudrait nous écarter de cette venue de Dieu parce que nous n'en sommes pas dignes, il faut que nous ouvrions toute grande les portes de notre maison et de notre cœur. Et cela avec joie, car la joie ne consiste pas à savoir que nous sommes dignes de Dieu, mais à savoir que Dieu a eu plaisir à venir en nous.
Même si ceci nous semble étrange, même si nous ne comprenons pas très bien pourquoi Dieu vient chez nous, alors que nous sommes si peu de choses mais au contraire que nous sommes si lamentablement loin de Lui. Quand Dieu vient, notre visage doit s'éclairer, nos portes doivent s'ouvrir et notre maison, si misérable soit-elle, doit être tout entière illuminée par cette venue, sans que nous ayons aucun retour sur nous-mêmes, aucun scrupule ni aucune manière de nous préoccuper de la poussière qui traîne peut-être ici ou là sur les meubles, ou s'il y a des choses qui ne sont pas très bien rangées. Dieu vient, cela suffit ! Si nous avons eu le désir de le voir, si nous avons su, en vérité, connaître et savoir ce que cela veut dire que d'être perdu, à ce moment-là, nous n'aurons pas la tentation de faire la fine bouche quand Dieu viendra. Et ce sera une joie tellement incommensurable, tellement inattendue. Nous saurons à quel point cela est merveilleux que Dieu vienne que nous serons submergés par cette joie et que nous n'aurons pas le temps de nous préoccuper d'autres détails. Alors viendra la conversion qui sera l'œuvre de Dieu, l'œuvre de sa grâce, pourvu que nous ayons laissé, justement par cette triple attitude, cette grâce venir jusqu'à nous et entrer chez nous.
AMEN