LE FILS PERDU

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

Mardi de la troisième semaine de carême – B

(17 mars 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Le chemin est parfois si long !

N

 

ous venons tous ensemble d'entendre cette parabole, tellement connue du fils qui a voulu quitter son père pour aller mener tout seul sa vie, vivre à sa guise, dépenser son argent comme bon lui semblait, et qui, ensuite, revient auprès du Père qui l'attendait, chaque jour, sur le bord de la route.

Dans cette parabole, Jésus nous parle, en quelque sorte, de trois sacrements tous très importants. Il nous parle d'abord, de façon discrète, par ses allusions, du baptême car si Jésus compare Dieu à un Père et les pécheurs que nous sommes à ses enfants c'est bien par le baptême que nous sommes les enfants de Dieu, c'est par le baptême que Dieu devient notre Père, que nous entrons dans sa famille, et que nous pouvons recevoir cet héritage qui est la vie, la vie de notre corps, mais surtout celle de notre cœur, la vie de notre âme que Dieu nous a donnée au baptême, et dont nous pouvons ensuite, tout au long de notre vie, nous servir, faire un bon ou un mauvais usage selon que nous voulons rester auprès de notre Père ou bien, au contraire, nous éloigner et vivre tout seul.

Le deuxième sacrement dont nous parle cet évangile, c'est le sacrement de pénitence, le sacrement de réconciliation qui s'appelle aussi la confession. Car ce départ du fils cadet qui s'en va loin de son Père, c'est cela le péché. Le péché, c'est s'en aller loin de Dieu, avoir son cœur qui s'éloigne, qui n'est plus assez proche de notre Père. En quelque sorte, avoir quitté la maison familiale, quitté cet amour de Dieu dans lequel nous sommes rassemblés avec lui. Et quand nous nous rendons compte que nous sommes loin de Dieu, quand nous nous rendons compte que nous avons perdu cette affection de notre Père, que nous sommes tout seul, éloigné, alors, il faut revenir vers Dieu pour essayer d'être de nouveau près de Lui, de nouveau avec lui, revenir près de Dieu et, vous le voyez, ce n'est pas tellement nous qui avons à faire le chemin, c'est Dieu qui fait tout le chemin vers nous. C'est Dieu qui est chaque jour au bord de la route pour guetter notre retour. Chaque jour Dieu vient au-devant de nous pour se jeter à notre cou, pour nous prendre dans ses bras, pour nous serrer auprès de Lui et nous dire qu'Il nous aime, non pas pour nous faire des reproches ou pour nous donner une punition, mais au contraire, pour nous accueillir dans ses bras, dans sa tendresse. Et c'est cela le sacrement de la réconciliation, de la confession, dans le sacrement de pénitence.

Et le troisième sacrement dont nous parle cet évangile, c'est l'eucharistie. Quand le fils est revenu, que fait le Père ? Il fait tuer un veau bien gras pour en faire un grand repas, un festin où tout le monde est joyeux, où tout le monde est ensemble où tout le monde se réjouit parce que le "fils qui était parti au loin est revenu", qu'il était perdu et qu'on l'a retrouvé. Ce repas de fête c'est cela la messe, c'est cela l'eucharistie, c'est cela la communion. La communion, c'est tous ensemble participer à ce repas de fête, auquel Dieu notre Père nous invite, parce que nous sommes ses enfants. Oui, nous allons tous ensemble participer, partager le pain et le vin, le pain qui est le corps de Jésus-Christ, le vin qui est son sang. Et ce repas, c'est la plus grande fête qu'il puisse y avoir, puisque, non seulement Dieu nous y invite, mais Dieu vient, à travers ce pain et ce vin dans notre propre cœur pour habiter en nous, pour être présent dans notre vie, pour que nous soyons remplis de sa présence.

Que cette messe, à laquelle nous communions, comme des enfants prodigues, car nous sommes des pécheurs, et sans cesse nous nous éloignons de Dieu, et sans cesse nous oublions que Dieu est notre Père, et sans cesse nous voulons être tout seul et faire notre vie. Nous sommes pécheurs, mais Dieu nous accueille pour peu que nous nous retournions vers Lui, pour peu que nous revenions vers Lui, Dieu court à notre rencontre, Dieu nous serre dans ses bras et, comme le disait Isaïe tout à l'heure, sa tendresse déborde pour nous. Et c'est pourquoi, pécheurs, nous sommes invités à ce repas de fête parce que nous venons nous réconcilier avec Dieu, notre Dieu de miséricorde qui pardonne et qui nous reçoit.

 

AMEN