APPRENDRE A PARDONNER
Dn 3, 25+34-43 ; Mt 18, 21-35
Mardi de la troisième semaine de carême – C
(13 mars 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, depuis le début du carême, l'Église suivant le Christ dans l'évangile nous propose un chemin de conversion. Dès le jour des cendres, nous a été proposé le jeûne pour nous détacher de tout ce qui nous ligote et nous lie, nous a été proposée aussi la prière pour nous tourner vers le Seigneur et approfondir notre cœur et sa présence en nous, et nous a été proposé enfin le partage pour que notre vie ne soit pas à nous-même seulement, mais qu'elle soit une vie d'échanges avec tous nos frères.
En poursuivant ce carême la conversion s'est précisée en faisant non seulement des actes de pénitence, mais en ouvrant notre cœur par la confession de nos péchés devant Dieu pour le supplier de nous accorder son pardon. Aujourd'hui, l'Église nous invite à faire un pas de plus, joignant le partage avec nos frères à ce besoin de pardon que nous portons dans notre cœur à cause de nos péchés, l'Église nous invite avec le Christ à pardonner à nos frères. De même que nous avons besoin du pardon de Dieu à cause de la multitude de nos imperfections, de nos fautes, de nos égoïsmes, de la même manière, nous devons entrer en relation avec nos frères non seulement comme on nous le disait au début du carême pour partager avec eux nos biens, mais aussi pour savoir pardonner tous les torts qu'ils ont à notre égard. Jésus dans l'évangile lie étroitement ce pardon que nous devons donner aux autres, au pardon que nous demandons à Dieu pour qu'il purifie notre cœur. La parabole que nous venons de lire a l'air de faire de notre attitude à l'égard des autres, une sorte de condition du pardon que Dieu nous accorderait un peu comme s'il y avait une comptabilité entre les deux, mais en réalité, le lien est beaucoup plus profond. Ce n'est pas simplement que nous devons pardonner pour être pardonnés, plus profondément, nous ne pouvons être pardonnés que si nous entrons nous-mêmes dans cette démarche du pardon.
La miséricorde et le pardon sont une attitude globale de toute la vie. C'est toute notre vie qui doit être marquée par cette dimension du pardon. Nous sommes pécheurs, nos frères sont pécheurs, nous avons fait le mal, soit à nos frères soit plus profondément à Dieu parce que tout ce que nous faisons à nos frères c'est à Dieu que nous l'avons fait, nous sommes donc marqués par le péché et c'est comme pécheurs que nous nous avançons devant l'autel de Dieu. Mais nous ne pourrons recevoir le pardon de Dieu que si nous sommes habités en profondeur par cette attitude de miséricorde à l'égard de nos frères. On ne peut pas recevoir la grâce qui purifie notre cœur, qui le ressuscite si nous ne sommes pas nous-mêmes ouverts à cette résurrection de nos frères qui dépend de nous. La miséricorde et le pardon sont une dimension de toute la vie. Entrer dans le pardon, c'est à la fois le recevoir et le donner, car on ne peut pas recevoir cette grâce sans la partager et le partage de cette grâce avec les autres est la porte qui nous ouvre à notre propre rédemption.
Le refus de pardonner est une des situations les plus graves de la vie morale. Il est très difficile de pardonner non seulement le mal qui nous est fait, mais aussi de pardonner le mal qui est fait aux êtres qui nous sont chers. Là, c'est encore plus difficile. Pourtant, si nous n'entrons pas dans cette logique du pardon, il n'y a pas d'issue à notre vie, ce sera œil pour œil et dent pour dent, nous rendrons à ceux qui nous ont fait du mal, mal pour mal, et à leur tour, devant le mal que nous leur ferons, ils nous rendront mal pour mal. C'est ce cercle infernal du refus de pardon, du refus d'amour et donc du rejet de l'autre, de la violence qui s'intensifie. Depuis l'origine de l'humanité, ce danger d'aller de violence en violence, de refus en refus, de fermeture en fermeture, n'a cessé d'habiter le cœur des hommes, leur histoire. Le Seigneur nous invite à changer radicalement de logique. Il ne s'agit plus de rendre à égalité, il s'agit de dépasser infiniment cette prétendue justice. Nous ne pouvons entrer dans la vie qu'en acceptant d'ouvrir notre cœur à la vie des autres. Si les autres nous ont fait du tort, il n'y a pas d'autre issue que celle du pardon. Regardons dans notre propre vie, souvent nous avons gardé quelque part au fond de notre cœur sinon la haine, du moins une inimitié pour tel ou tel, dans la vie de chacun de nous, cette tentation est présente. Le carême est l'occasion de renverser cette logique, cette attitude et d'inaugurer dans nos propres relations avec nos frères ce pardon dont nous avons tant besoin pour pouvoir ressusciter.
AMEN