LA DYNAMIQUE DU PARDON DE DIEU
Dn 3, 25+34-43 ; Mt 18, 21-35
Mardi de la troisième semaine du carême – B
(21 mars 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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’il y a bien une phrase de l’évangile que nous venons d’entendre qui pourrait résumer le pardon vu du côté de l’homme, c’est bien cette phase prononcée par le débiteur au roi : "Consens-moi un délai, et je te rendrai tout". Accorder un délai. C’est vrai que dans nos relations, et quand nous avons à pardonner, par exemple, ce délai est ce moment où nous pensons que nous allons pouvoir souffler, nous pensons aussi quelquefois que la personne va peut-être oublier. Nous pensons ainsi fuir l’autre, fuir la relation, la responsabilité, et nous passons très souvent notre temps avec les autres et avec Dieu à essayer de monnayer, comme le fait cet homme, en disant à l’autre ou à Dieu, consens-moi un délai, d’accord, je vais me convertir, mais pas tout de suite, oui je vais te pardonner, mais encore un peu de temps et on verra.
Puis, le pardon à vue humaine est souvent envisagé sous l’angle diplomatique. Oui, nous pardonnons volontiers si nous savons qu’en pardonnant à telle ou telle personne, nous pourrons en tirer quelques avantages dans un avenir assez proche. Oui, le pardon à vue humaine, c’est aussi ce bilan financier que nous essayons de mettre en place, c’est-à-dire ne pas trop nous faire prendre pour ne pas avoir trop à pardonner et pardonner quand cela nous arrange.
Quel triste pardon que ce pardon à vue humaine fondé uniquement sur la fuite, sur l’évitement, fondé uniquement sur un quelconque intérêt à venir. Vous comprenez bien frères et sœurs, que le pardon de Dieu n’est pas ce genre de pardon. En fait, le vrai pardon ne peut venir que de Dieu, et c’est pour cela que lorsque nous essayons de réfléchir sur le pardon à vue humaine, nous ne pouvons trouver que des moyens humains. Mais seul Dieu est capable de pardonner.
J’aurais voulu avec reprendre ce récit pour le lire non plus à travers le prisme de notre faible humanité, mais à travers le sacrement du baptême. Car enfin, le pardon, il est vrai que nous vous proposons régulièrement de venir vivre le sacrement de réconciliation. Ce n’est pas uniquement pour pouvoir "faire ses Pâques", mais c’est parce que le pardon est l’acte divin qui et au cœur même du baptême. Les adultes qui vont recevoir le baptême pendant la vigile pascale, que vont-ils recevoir si ce n’est justement le pardon de Dieu ? Nous sommes vis-à-vis de Dieu, ou nous avons été avant notre baptême exactement comme cet homme qui doit à son roi, cet homme qui est déchu, cet homme qui est écrasé, cet homme qui est esclave et dépossédé, et qui, par pure gratuité de la part de son maître, se retrouve libéré de toute contrainte. Nous demandons très souvent à Dieu de nous donner un délai, mais ce que Dieu veut nous donner, ce n’est pas un délai, c’est nous pardonner ! Et cet homme, du jour au lendemain, se retrouve restauré dans sa plénitude, il se retrouve avec la pleine liberté que Dieu lui donne, une pleine restauration, avec toutes ses capacités humaines. Est-ce que le pardon de Dieu, ou est-ce que le baptême c’est uniquement de nous retrouver dans notre restauration originelle pour notre propre confort, pour notre propre facilité ? Eh bien non ! Dieu ne pardonne pas uniquement pour nous faire revenir au point zéro parce qu’on était au niveau moins un. Effectivement si nous envisageons notre vie chrétienne ou notre baptême uniquement dans une restauration d’un état, c’est assez triste et assez faible. Quelles conséquences peut-on tirer de tout cela ? Pas grand-chose, ou exactement comme le fait ce débiteur, il ne tire aucune conséquence, il ne voit pas que ce que le maître lui a donné, ce n’est pas simplement une restauration d’un état, mais véritablement une dynamique. C’est-à-dire que cet homme pardonné par Dieu rentre véritablement dans la vie de Dieu, dans une dynamique divine et que par conséquent, ayant été pardonné, la dynamique dans laquelle il rentre, c’est une dynamique dans laquelle il doit à son tour, pardonner.
Je crois que c’est cela qui est important, c’est de découvrir que le pardon, d’abord nous ne pouvons pas l’accorder avec nos propres forces. C’est la première chose. La deuxième chose, c’est que le pardon que nous donnons à l’autre, le vrai pardon est la manifestation de la présence divine dans notre vie. C’est une réelle manifestation. Le pardon n’est pas d’essayer de faire en sorte que notre vie sociale, fraternelle ou amicale fonctionne un tant soit peu pardonner sinon l’on ne va pas réussir à vivre ensemble tous les jours, mais ce pardon, c’est véritablement la manifestation de la pure grâce de Dieu pour chacun d’entre nous, et que pour nous, pardonner, nous fait devenir d’une certaine manière instrument de la dynamique de ce salut que Dieu veut donner à tout homme.
Frères et sœurs, en ce temps du carême, que cette parabole du débiteur impitoyable soit pour nous l’occasion de nous rappeler que ce baptême que nous avons reçu n’est pas simplement une restauration de la façade, où nous avons un peu badigeonné pour que cela soit un peu joli. Mais il s’agit véritablement d’un changement au cœur de nos fondations, un changement de notre être, un dynamisme pour que nous puissions manifester auprès des autres toute cette grâce que le Seigneur nous a donnée.
AMEN