LE PARDON
Dn 3, 25+34-43 ; Mt 18, 21-35
Mardi de la troisième semaine de carême – A
(1er mars 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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'art de la parabole, c'est de nous inviter à saisir ce qui aurait été trop long à expliquer ou à comprendre dans un discours. A travers cette simple histoire du débiteur impitoyable, il nous est donné de méditer sur ce qui, certainement, pour un chrétien est important pour sa vie comme pour la vie de l'Église, à savoir le pardon.
Il est évident que dans une parabole, lorsque Jésus dit : "Il en va du Royaume des cieux … " c'est pour donner un enseignement fondamental qui change les perspectives, même celles qui semblent être établies depuis fort longtemps dans le dessin de Salut de Dieu. Ainsi, à la question de Pierre : "Est-ce que je dois pardonner sept fois ?" Pierre avait l'impression d'être très large en proposant de pouvoir pardonner jusqu'à sept fois. Déjà si la loi du talion était seulement respectée : oeil pour oeil, dent pour dent, le monde irait peut-être déjà un, peu mieux. Et cette largesse de Pierre de proposer de pardonner sept fois, cette largesse est pourtant bien au-dessous de ce que Jésus lui-même propose dans la nouveauté, la radicalité du Royaume des cieux. Si l'histoire de la parabole est simplement prise au pied de la lettre, on comprend que celui qui doit une grosse somme au maître, essaie tout simplement de récupérer l'argent que lui doivent les autres. Ainsi, on vient de lui remettre une dette en attendant qu'il puisse payer, mais lui-même sait qu'il a des débiteurs, et il ne leur fait pas grâce, il ne leur pardonne pas.
Ce pardon qui est au cœur de la parabole et qui est symbolisée par la dette, nous rappelle nous-même que dans la prière du chrétien, nous disons presque quotidiennement : "Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés". Il est important de revenir à cette prière du "Notre Père", où il doit y avoir équivalence entre le pardon que nous recevons et le pardon que nous accordons. Autrement dit la foi chrétienne ne doit pas simplement être vécue de manière individuelle. Nous ne sommes pas "chacun pour soi", bénéficiaires du Salut de Dieu, mais nous sommes aussi ceux qui devons transmettre, accorder, donner ce Salut aux autres : pardonner comme nous sommes pardonnés.
Il est même important lorsque nous vivons le sacrement de réconciliation, la plupart du temps, nous avons l'impression de le vivre pour nous, d'être réconciliés. Mais nous sommes réconciliés non seulement avec nous-mêmes et ce que nous sommes, et avec Dieu mais également aussi avec nos frères. Si nous sommes bénéficiaires du pardon dans le sacrement de la réconciliation, ce sacrement nous ouvre directement aussi à vivre de la grâce du pardon, pas simplement pour nous, mais aussi pour les autres.
Vivre le pardon pour les autres, c'est certainement entrer loin dans l'expérience religieuse, car une des grands difficultés, c'est justement de pardonner à celui qui m'a offensé. Dans ces cas-là, comme on le dit souvent, le pardon n'est pas l'oubli, le pardon ce n'est pas de faire comme si l'événement n'avait pas existé, comme si rien ne s'était passé, mais le pardon, c'est savoir au contraire quel acte a été posé et aller au-delà de cet acte. Finalement, c'est aller au-delà du don qui doit être fait. Ainsi, le pardon prend parfois dans nos existences beaucoup de temps. Nous avons du mal à pardonner parce que nous sommes parfois profondément blessés. Comme une blessure peut mettre du temps à guérir, nous aussi, nous avons parfois besoin de temps pour pouvoir pardonner. Mais sachons deux choses, c'est que nous ne sommes pas malgré tout à la source du pardon, car le seul qui peut nous remettre toute la dette, c'est bien le Christ. Le seul qui est capable de faire miséricorde et de nous donner au-delà de toute grâce, c'est le Christ lui-même. Il nous en a montré ainsi l'exemple, lorsque mourant sur la croix, une de ses dernières paroles c'est : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Il a payé de sa vie, du prix de cette humanité qui était la sienne, donnant toute sa divinité pour que le pardon devienne source pour tous les hommes, afin que lorsque nous aussi, appelés sur le même chemin du Christ, à la même grâce, nous puissions vivre de cette source de miséricorde et de pardon car nous serons toujours en dette avec Dieu, si nous ne savons pas comme lui, accorder miséricorde et pardon à celui qui nous a offensé.
AMEN