PARDONNE POUR ETRE PARDONNÉ
Dn 3, 25+34-43 ; Mt 18, 21-35
Mardi de la troisième semaine de carême – B
(5 février 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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out sacrement est à la fois un signe, c'est-à-dire une réalité qui nous renvoie à quelque chose de plus profond, et en même temps cette autre réalité plus profonde dont la première est le signe. C'est ainsi que dans l'eucharistie, nous avons un signe, le pain en nourriture, le vin comme boisson, et puis la réalité profonde à laquelle cette nourriture nous renvoie, qui est la présence réelle du corps et du sang du Christ. Tout sacrement est un signe d'une communication profonde que Dieu nous fait de sa vie.
Le sacrement de pénitence ou de réconciliation est lui aussi un signe d'une réalité profonde qui est le pardon que Dieu nous donne. Et le signe qui nous est donné de ce pardon c'est ce dialogue de miséricorde qui s'établit entre le pénitent qui vient, lourd de ses fautes, et le ministre, le prêtre qui, au nom de Dieu, lui donne une parole de joie, une parole d'apaisement, de pardon et de réconciliation.
Il y a donc dans le sacrement un signe et, au cœur de ce signe, il y a toujours le ministre qui accomplit le signe. A l'eucharistie c'est le prêtre qui prend le pain pour prononcer sur lui les paroles : "Ceci est mon corps !" Au baptême c'est le prêtre ou le diacre qui plonge le catéchumène dans l'eau vive. A la pénitence c'est le prêtre qui prononce les paroles de pardon qui viennent de Dieu. Au cœur du signe, il y a donc ce ministre qui est lui-même le signe, qui fait partie du signe du pardon. Car le propre du ministre c'est d'être à la place de Dieu, non pas parce qu'il en aurait la dignité, non pas parce qu'il serait au-dessus des hommes, mais parce qu'il sert de "truchement" à Dieu. Quand j'explique le sacrement de Pénitence aux enfants, je leur dis que le prêtre est comme un téléphone. On lui parle et c'est Dieu qui entend. Dieu répond et c'est le prêtre qui parle. Quoi qu'il en soit de cette image, le prêtre est ainsi un signe parce qu'il tient la place de Dieu, il se prête à l'action de Dieu.
Mais le but du sacrement n'est pas ce signe, ce passage. Le but du sacrement c'est la réalité profonde dont il est porteur. Le but de l'eucharistie n'est pas que le prêtre tienne le pain entre ses mains et dise : "Ceci est mon corps !" le but de l'eucharistie c'est que ce pain devenu corps du Christ soit la nourriture que nous recevons en communion et le sacrement s'achève à l'intérieur de celui qui le reçoit, à l'intérieur du fidèle pour qui le sacrement est fait. Et c'est quand, mangeant ce pain, nous sommes nourris de la chair du Christ, quand la chair du Christ devient notre chair que le sacrement s'accomplit. C'est cela la grâce. La grâce c'est cette plénitude de vie de Dieu qui nous est communiquée à travers le signe sacramentel. Le sacrement s'accomplit donc dans le fidèle qui le reçoit. Il en va de même de sacrement de réconciliation, il s'achève dans le cœur du pénitent et c'est pour lui que le sacrement est fait. C'est en lui que se célèbrent les noces de la réconciliation, entre Dieu et le pécheur. C'est en notre cœur rempli de péché que vient s'épanouir la grâce de la miséricorde et du pardon.
Mais ce que l'évangile d'aujourd'hui nous apprend, c'est que cette grâce va tellement loin qu'elle nous identifie au Christ qui pardonne. Par la grâce du sacrement de réconciliation, nous ne sommes pas seulement délivrés de nos péchés, nous devenons à notre tour capables de pardon comme Dieu nous pardonne. De même que Dieu nous aime et qu'Il met dans notre cœur cet amour dont Il nous aime pour que nous devenions capables d'aimer comme Il nous aime et que l'amour que nous aurons pour nos frères soit le prolongement, le rayonnement et la démultiplication de cet amour que Dieu a pour nous et qui rejaillit dans notre cœur pour se répandre autour de nous, de la même façon le pardon que Dieu nous donne ne s'achève pas dans notre cœur où il éteint notre dette, où il guérit notre blessure, où il comble notre misère, mais rejaillissant dans notre cœur, il se répand autour de nous en pardon, nous rendant capables de pardonner comme Dieu nous pardonne.
Le sacrement de réconciliation va jusque-là. Nous devenons à notre tour des êtres de pardon comme Dieu est, par essence, l'Etre de pardon. Dieu nous identifie à Lui, Il nous fait participer à sa vie. La grâce de Dieu nous configure au Christ de telle sorte que nous devenions semblables à Dieu, capables de porter, de faire rayonner autour de nous le pardon. C'est la raison pour laquelle nous devons pardonner comme Dieu nous pardonne ainsi que nous le disons tous les jours. Il faut que la grâce du pardon nous pénètre si profondément que nous soyons nous-mêmes des êtres de pardon, aptes à démultiplier ce pardon pour que la paix et la miséricorde de Dieu se répandent de proche en proche jusqu'aux extrémités de l'humanité.
AMEN