AFFAIRE DE COMPTES
Dn 3, 25+34-43 ; Mt 18, 21-35
Mardi de la troisième semaine de carême C
(8 mars 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

L'argent …
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e chapitre dix-huitième de saint Matthieu dont nous venons de lire un extrait, est un discours que les exégètes appellent pour le classer parmi les autres discours et le différencier, le discours ecclésiastique. Ceci pour dire qu'il renferme un certain nombre de règles données par le Seigneur sous forme d'enseignement ou de paraboles et qui doivent régir la communauté chrétienne. C'est dans ce discours que le Christ dit que "le plus grand, c'est un enfant au milieu des disciples et celui qui sera cause de scandale sera jeté à la mer." C'est aussi dans ce passage qu'Il parle de la correction fraternelle. Et nous en arrivons à la fin de ce discours avec cette parabole du débiteur insolvable qui explique de façon plus précise comment doivent se conduire les frères entre eux, au niveau du pardon, au niveau de la miséricorde. Pour comprendre la règle que le Seigneur veut faire comprendre et donner à ses disciples, arrêtons-nous un instant sur les deux sommes d'argent dont il est question dans cette parabole.
D'un côté dix mille talents et de l'autre cent deniers. Dix mille talents, c'est une somme fabuleuse. Les posséder c'est être plus que milliardaire. Cela équivaudrait à peu près à soixante millions de francs or. C'est une somme qu'au temps du Christ probablement personne ne possédait, en tout cas pas quelqu'un qui était serviteur, comme ce personnage qui est pourtant un haut fonctionnaire. Cela indique plutôt que le roi, le maître dont il est question est quelqu'un d'extrêmement riche, puisqu'un de ses fonctionnaires peut posséder tant d'argent et que lui peut s'en passer aussi facilement. Ceci nous désigne ce roi et ce maître comme étant Dieu, dont la richesse est inestimable et qui a fait don aux hommes de cette richesse inestimable et fabuleuse et aucun homme, quel qu'il soit, ne pourra la lui rendre.
La deuxième somme, c'est cent deniers, et à côté de ces dix mille talents, c'est une somme tout à fait dérisoire, quelques dizaines de francs, à peine. Et vous saisissez tout de suite quelle est la pointe de cette parabole. C'est que Dieu remet à l'homme tout ce que l'homme lui doit. Ce que l'homme lui doit est infini et sans limites. Il le lui remet immédiatement, sans faire plus de comptes, immédiatement quand l'homme se met à genoux et le supplie. Si l'homme vendait tout ce qu'il a, même sa propre vie, il n'arriverait pas à rendre à Dieu une telle somme. Et ce même homme, à qui il a été tant remis, ce même homme qui ne peut même pas mesurer sa dette, qui ne peut même pas la rendre, va demander des comptes extrêmement précis à un de ses compagnons, c'est-à-dire à quelqu'un qui, comme lui, est fonctionnaire de ce même maître. Il va exiger de façon immédiate et brutale, le remboursement de quelques dizaines de francs.
Voilà comment Dieu a agi envers nous, et voilà comment nous agissons envers nos frères. Nous avons été pardonnés, parce que nous avions gaspillé et dépensé de façon outrancière le bien de Dieu qui est inestimable, puisque c'est son image gravée en nous. Devant ce pardon que nous avons reçu et auquel nous tenons, parce que nous savons que nous ne pouvons vivre que de cela, nous ne pardonnons rien à nos frères, même pas quelques deniers.
En ce carême, Jésus, par cette parabole, nous invite à pardonner aux autres, non pas autant que Dieu nous a pardonné, mais en tout cas, de leur pardonner la moindre chose, car devant ce que nous devons à Dieu ce n'est rien. Vous avez vu, en définitive la rigueur du roi. La rigueur de Dieu est extrêmement forte quand la miséricorde n'est pas faite aux autres, comme Il nous fait miséricorde à nous-mêmes. "Toi, Seigneur, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé !"
AMEN