DIEU CHERCHE L'HOMME

Is 1, 11-18 ; Lc 11, 14-23

Mardi de la troisième semaine de carême – C

(11 mars 1980)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

T

 

elle est donc la bonne nouvelle que Jésus est venu annoncer, cette bonne nouvelle inattendue et inespérée : Dieu n'est pas le juge qui récompense les bons et punit les méchants, mais Dieu est celui qui veut rassembler tous ses enfants pour qu'ils soient tous avec lui, pour qu'ils trouvent tous auprès de lui comme le disant Isaïe, la source des eaux bouillonnantes. Jésus est celui vers qui viennent avec prédilection les pauvres, les humbles, les pécheurs, tous ceux qui sont perdus, tous ceux qui sont égarés, tous ceux qui ne savent plus comment se diriger, tous ceux qui se sont détournés de la voie droite. Pourquoi viennent-ils à lui ? Parce qu'il les accueille dans sa miséricorde, parce qu'il les transforme, parce que son pardon redonne la vie à ce qui était mort en eux.

Et non seulement Jésus pardonne, mais Jésus va à la recherche du pécheur. Ce n'est pas seulement les pauvres, les humbles et les mauvais qui viennent à Jésus recevoir de lui le pardon, mais Jésus lui-même à travers les ravins et les précipices va à leur recherche. Car en vérité c'est cela le mystère de Dieu. Depuis le premier paradis, où l'homme s'est détourné du chemin sur lequel il marchait aux côtés de Dieu, Dieu ne cesse d'être à la recherche de l'homme. Et ce cri qui a retenti au paradis : "Adam où es-tu ?" ne cesse de traverser toute l'histoire humaine. Adam où es-tu ? Mon enfant, où es-tu ? Où es-tu, toi que j'aime ? Toi que j'aime, non seulement comme un père, mais tout à la fois comme un père et une mère, toi que je recherche jour et nuit, sans cesse, car c'est cela le mystère du salut. C'est que Dieu est en quête de l'homme.

Saint Augustin, quand il a été consacré évêque d'Hippone, dans l'un des premiers sermons qu'il adressait à ses diocésains leur disait : "Je veux vous chercher parce que j'ai moi-même été cherché. Je veux vous trouver parce que moi-même j'ai été trouvé".

Tel est le mystère de notre vie chrétienne. Nous sommes des êtres qui ont été cherchés et qui ont été trouvés. Cherchés par Dieu, trouvés par Dieu. Et c'est parce que nous avons été cherchés, parce que nous sommes à tout instant cherchés par Dieu, parce que Dieu ne cesse de venir à notre recherche, à notre rencontre et de nous trouver, inlassablement, malgré nos dérobades, malgré toutes nos indifférences et nos éloignements parce que Dieu sans cesse nous cherche et nous trouve, c'est pour cela que nous aussi nous sommes à la recherche de nos frères. Parce que nous voulons, comme saint Augustin trouver nos frères pour qu'ils soient, eux aussi aimés, pour qu'ils sachent qu'ils sont aimés, qu'ils sont cherchés de Dieu nous devons être, les uns pour les autres, les sacrements de cette quête de Dieu, de cette recherche de Dieu qui sans cesse vient à notre poursuit.

Que nous soyons, chaque jour, dans chacun de nos actes, cette manifestation de l'amour de Dieu. Car si Dieu nous pardonne, c'est pour que nous soyons témoins de son amour qui va jusqu'à l'extrême du don, du pardon. Et que nous soyons témoins de ce pardon en étant nous-mêmes des hommes de pardon, des hommes de miséricorde. Non pas de notre propre miséricorde, notre propre pardon, mais de cette surabondance de la miséricorde et du pardon de Dieu qui sont tombés en nous avec une telle profusion que ce pardon et cette miséricorde rejaillissent autour de nous pour que tout homme sache qu'il est sauvé, qu'il est aimé, parce qu'il était perdu. Et que Dieu, dans son infini amour, ne peut pas supporter cet éloignement de ses enfants mais qu'il va les prendre dans ses bras, les prendre sur ses épaules pour les conduire à cette eau de vie qu'est le Saint Esprit, à cette eau bouillonnante qu'est le baptême, à cette eau vivifiante qu'est la Pénitence, renouvellement de notre baptême et pardon qui sans cesse nous est ouvert et nous est donné.

 

AMEN