JE TE PARLE EN ESPRIT ET EN VERITE
Ex 17, 3-7 ; 1 Co 10, 1-6 ; Jn 4, 5-42
Troisième dimanche de Carême – année B (7 mars 2021)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS
Théo et Manon, c'est pour vous que cette parole de Dieu est proclamée aujourd'hui. Pourquoi est-elle pour vous ? Parce qu'elle répond à cette question : comment se fait-il que des gens qui auparavant ne connaissaient pas vraiment la parole de Dieu – cette Samaritaine en est un peu le prototype – s'y intéressent ? En effet à cette époque-là, les juifs croyaient être les seuls à pouvoir comprendre quelque chose à la Bible. Ils considéraient que les samaritains était nuls, qu'ils ne comprenaient rien et c'est pour cela qu'ils les détestaient, les méprisaient et ne voulaient pas leur parler. Les juifs n'avaient rien à voir avec les samaritains. C'était comme cela à l'époque.
Or on s'apercevait, non seulement quand Jésus était là mais aussi plus tard, que la parole de Dieu et que ce que Jésus avait dit, intéressaient beaucoup ceux qui n'étaient pas nécessairement nés dans le peuple juif, à savoir des gens qui s'intéressaient aux grandes questions de la vie, de la mort, de la destinée, de la religion. En fait, la Samaritaine, c'est vous, Théo et Manon. Un jour, vous ne savez peut-être pas trop pourquoi, il y a des questions qui vous ont traversé la tête, l'esprit et vous vous êtes dit : « Au fond, c'est très bien que mes parents m'aient donné la vie, ils sont très gentils, ils s'occupent de moi, mais pourquoi je vis ? Est-ce que je vis simplement pour avoir des bonnes notes à l'école, est-ce que je vis simplement pour essayer de remplir le contrat et me débrouiller dans la vie ou bien est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de plus ? »
Ces questions-là ne vont pas s'arrêter, je vous préviens ! Le jour où vous ne vous poserez plus de question, cela sera un petit peu embêtant car vous deviendrez ennuyeux ! Mais je suis sûr que cela n'arrivera pas. Quand on commence à se poser des questions, on se dit qu'on veut trouver des réponses. C'est normal, on peut chercher des réponses un peu partout. Même si parfois ce sont de fausses réponses, cela ne fait rien. On a un esprit, c'est fait pour s'en servir. Cela peut peut-être vous paraître étonnant, mais la première chose que je vous recommande, c'est d'être à la fois curieux au fond de votre cœur et critique, c’est-à-dire qu’il ne faut pas prendre tout de suite ce qu’on nous raconte pour argent comptant. Essayez de réfléchir et de vous dire : « Est-ce que cela parle à mon cœur ou non, est-ce que je m'y retrouve ou non ? »
Vous avez toutefois un gros privilège et un gros avantage par rapport à la Samaritaine. Je crois qu'elle avait déjà un certain âge et qu'elle avait eu beaucoup d'expériences. Elle avait eu cinq maris. À cette époque-là, ce n'était pas nécessairement une recommandation et donc cette pauvre Samaritaine n'était pas très aimée. Son sixième mari, puisqu'il y en avait eu cinq avant, ne devait pas être très commode car il lui avait dit : « Tu assureras le service de l'eau. Tu vas porter la cruche au puits, la remplir et puis après tu reviendras. Ce sera ton boulot, ton service ». À l'époque, il n'y avait pas l'eau courante. La pauvre Samaritaine menait un peu une vie d'esclave. Elle n'était pas très aimée, on ne s'en occupait pas beaucoup, on lui faisait faire le boulot tous les jours et elle devait s’en contenter. Or, malgré cela, elle se posait quand même des questions religieuses. Évidemment, elle n'avait peut-être pas toujours des interlocuteurs pour en parler et y répondre, mais elle se posait des questions.
Et ce jour-là, arrive l'imprévisible. La Samaritaine va au puits qui existe encore aujourd'hui. Si un jour vous allez en Terre sainte, n'oubliez pas d'aller voir le puits de Jacob, c'est un puits très étonnant. Il fait au moins cent mètres de profondeur et on entend l'eau qui coule au fond car c'est un véritable fleuve souterrain. C’est une eau magnifique, fraîche… La Samaritaine s’y rend comme d'habitude. Elle vit la vie la plus ordinaire, la plus quotidienne, comme vous, tous les matins, quand vous mettez votre cartable pour aller à l'école, sauf que vous apprenez quelque chose tous les jours tandis que la Samaritaine n'apprenait rien du tout. Elle savait simplement remplir sa cruche, c'est tout. Alors là, curieusement, elle trouve un homme assis sur la margelle du puits, il est fatigué. C'est très étonnant de trouver un homme près d'un puits parce qu'à cette époque, il n'y a que les dames qui gèrent l’approvisionnement en eau. Elle est donc un peu surprise mais après tout, comme elle n'a pas beaucoup de distractions, elle se dit : « Excellente occasion de discuter avec cet homme. On va essayer de voir s'il me dit des choses intéressantes ». En plus – on ne s'en rend pas compte –, cet homme, Jésus, se met en position d'infériorité : « Donne-moi à boire ! » c'est-à-dire : « J'ai besoin de toi, de ta présence, J'ai besoin de quelque chose, Je ne te dis pas quoi, mais d'abord donne-moi à boire ! »
C’est le triomphe de la Samaritaine. Elle Lui dit : « Tu me demandes à boire mais Tu n'as même pas un récipient pour aller puiser, ta question est nulle ! » En plus elle se rend compte qu'Il est juif – les tribus se reconnaissaient très bien entre elles et on savait très vite si on était copain ou pas copain – et Lui dit : « Tu es juif, que veux-Tu ? Pourquoi me demandes-Tu à boire ? Tu n'as rien, c'est nul ». Il insiste et lui dit : « Si tu savais qui te demande à boire, tu changerais peut-être un peu de ton ! » C'est vrai que parfois les dames ont un petit air de supériorité revendicatif, un air de dire : « Vous les hommes, vous êtes tous les mêmes ! » Jésus poursuit : « Je te demande à boire mais tu vas peut-être être surprise de la raison pour laquelle Je te demande à boire ». Et Il enchaîne : « Je ne te demande pas simplement à boire pour boire, Je suis capable de te donner une autre eau, meilleure, plus rafraîchissante, plus rassasiante, apaisant plus la soif que celle qui est là au fond ». Elle n'y croit qu'à moitié, elle n'est pas absolument convaincue mais elle Lui répond : « On peut essayer, alors trouve-moi cette eau, donne m'en, comme cela je n'aurai plus le service de l'eau ; je vais pouvoir prolonger ma sieste un peu plus ». Jésus lui dit : « Je te donnerai de l'eau vive, de l'eau qui jaillit en vie éternelle ».
Là, elle est un peu soufflée. Qui peut proposer une chose pareille dans ce petit trou du pays de Samarie ? Sychar n'est rien du tout, c'est un petit village de deux cents à trois cents habitants, c'est tout. A ce moment-là, elle commence à être intriguée. Et elle comprend. Comment comprend-elle Jésus à ce moment-là ? Elle se dit : « Cela va me servir puisqu'Il me donne une eau qui étanche la soif quand on la boit. Chic alors, je diminue les trente-cinq heures, je vais donc pouvoir accomplir mon travail et avoir ma place dans le lien familial, sans effort ! » Jésus lui dit : « Ce n'est pas ça le problème. Le problème, c'est que non seulement Je veux de cette eau mais que J'ai quelque chose à te dire ». Elle : « Tu es un prophète, Tu veux me révéler des choses extraordinaires ? » Et à ce moment-là Jésus lui dit : « Oui, le vrai problème qui Me préoccupe pour toi, ce n'est pas que tu ailles chercher l'eau tous les jours, c'est ce que tu as au fond de ton cœur ». Là, pour cette dame, c'est un peu compliqué. Parce qu'au fond de son cœur il y a beaucoup de peine, beaucoup de déception. Elle ne s'en est pas bien sortie dans la vie. Elle demande à Jésus : « Mais que peut-on faire ? Que veux-Tu savoir ? » Jésus lui dit : « Tu vas chercher ton mari ». C’est un peu la question piège, il faut qu'elle comprenne ! Elle Lui dit : « J'en ai eu cinq, je ne vais pas tous Te les ramener, je ne sais même pas où ils sont ! » Jésus reprend : « Je sais que tu as eu cinq maris, Je sais bien que ton cœur est complètement ravagé par d’innombrables histoires qui l'ont brisé ». Elle lui dit alors : « Tu es vraiment un prophète ! Maintenant, ce n'est plus simplement des questions d'eau, de gestion du temps, de rentabilité, mais c'est que vraiment Tu devines qui je suis. Alors, si Tu es un prophète, quelle est la vraie religion ? »
C'est très fréquent quand on discute de choses importantes. Comme ce sont des questions religieuses, on tire à côté, dans une autre direction, on fait diversion. Alors Jésus dit : « Non, on ne fait pas diversion ». Et elle dit : « Mais si, vous, vous adorez à Jérusalem et nous, nous adorons ici sur cette montagne, tout près. Alors, que faut-il faire ? » D’un air de se dire que comme ça, Il ne parlera plus de ses maris et de sa vie personnelle. Jésus ajoute : « Non, Je suis là pour te parler en esprit et en vérité ».
C'est pour cela que vous êtes là aujourd'hui, Théo et Manon. A un moment donné dans votre vie, vous vous êtes dit : « Je cherche quand-même quelque chose de profond et qui me tient profondément à cœur dans mon existence. Mais comment vais-je le trouver ? » Jésus dit à la Samaritaine : « Je t'explique qu'il y a déjà dans ton cœur une présence de Dieu qui a mis en toi le désir de la vérité, qui va t'accompagner et qui ne te lâchera jamais ». Et c'est pour cela qu'on lit ce texte aujourd'hui, pour vous. Et on le relit pour nous, car même si on l'a déjà entendu plusieurs fois, on a bien besoin de le réentendre plus souvent. Mais c'est cette façon dont le Christ vient dans notre cœur – ce n'est pas pour nous prendre au piège, ce n'est pas un piège – pour nous dire que même si nous ne sommes pas capables d’atteindre la vérité au fond de notre cœur tout seul, Il vient nous aider. C'est pour cela qu'on est là aujourd'hui. Nous sommes témoins ici que, même si on a eu parfois des vies compliquées, on croit quand même. On croit quand même que le Christ est capable de nous aider à entrer un peu plus dans la vérité de nous-même et dans la vérité de l'amour de Dieu. C'est cela que l'on vous souhaite aujourd'hui. On vous accompagnera par notre prière et notre amitié tout au long de ce chemin, non seulement jusqu'au baptême mais, si vous le voulez, même après.