RICHESSE DE LA PAROLE

Jr 18, 18-20 ; Mc 10, 32-45

Mercredi de la deuxième semaine de carême – B

(15 mars 2006)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

T

rès riche passage que cette péricope évangélique, que la liturgie de carême nous donne de vivre aujourd’hui : cette troisième et dernière annonce de la Passion. Chez saint Marc, cette parole forte de Jésus annonçant tout ce qui va lui arriver, conscient de ce baptême et de cette coupe qui lui sont préparés, comme elle sera d’ailleurs préparée aux fils de Zébédée. Discours et paroles entre les disciples qui fustigent les deux autres qui ont demandé un tel privilège, sans savoir que ce privilège de siéger à la gauche et à la droite de Jésus serait d’abord réservé à deux malfaiteurs autour de sa croix.

Parole de Jésus qui annonce que le véritable accomplissement de tout le dessein de Dieu, c’est de servir l’homme. La Parole s’est faite chair pour cela. Bien sûr, ce que nous avons entendu dans le livre du prophète Jérémie manifestait déjà ces gens qui ne supportent pas la parole et qui machinent un attentat contre le prophète Jérémie. Ils ne supportent plus ce qu’il annonce. En somme, il s’agit bien d’être confronté à cette Parole de Dieu, mais ceux qui en veulent à la vie de Jérémie défigurent et mystifient la Parole de Dieu. Ne disent-ils pas : "la Loi ne périra pas faute de prêtres ?" Cette Parole de la Loi n’est-elle pas Dieu lui-même. "Le conseil faute de sages, la Parole faute de prophète".

Dans la foi au Dieu de la révélation la Parole est centrale. C’est tout le problème de la non-représentation de Dieu pour ne pas tomber à travers l’image, dans l’idolâtrie. Donc, l’art de la Parole est le médium que Dieu utilise pour dire pleinement ce qu’Il est, avant que cette Parole ne devienne cette réalité même du Christ qui prend notre chair, où cette Parole devient action propre de Jésus, Fils de Dieu. Aussi, ce passage du prophète Jérémie peut-il nous conduire sur notre route de carême à réfléchir justement à ne plus idolâtrer Jésus, ou Dieu, c’est-à-dire de le réduire à notre image. Pas plus qu’il ne faut rentrer dans ce processus que les fils de Zébédée demandaient à Jésus, sans savoir finalement quel était le vrai sens de la Parole du Christ qui annonce sa Passion puis sa Résurrection. Jérémie est combattu dans sa propre parole : "Dénigrons-le et ne prêtons attention à aucune de ses paroles disent ceux qui en veulent à sa vie". Or, Jérémie lui-même dit : "C’est cette Parole, Seigneur que j’ai porté. Prête attention, entends ce que disent mes adversaires." Et Jérémie note qu’il a pourtant dit du bien de ses adversaires.

Tout est donc axé sur l’utilisation de cette parole, sur la manière dont cette parole utilisée peut être défigurée. Et c’est pourquoi, dans ce temps de carême nous avons à prendre plus de temps, et sachons le faire en redécouvrant la force et la puissance de cette Parole de Dieu qui agit, bien sûr dans la lecture de la Bible, dans l’écoute au cours de la liturgie de la Parole des textes qui nous sont donnés par l’Église, dans cette Parole célébrée au cours des offices, notamment celle des vigiles. Dans cette Parole qui est donnée à travers ce que le sacrement fait lorsque Jésus dit : "Ceci est mon corps", une Parole qui est jointe à cette action. Par l’attention et l’écoute qu’on peut porter à tout ce redéploiement de la Parole de Dieu mais qui se passe aussi dans le quotidien, dans le tissu et la trame de notre propre humanité, et donc, de notre propre parole. Faire attention aux paroles que l’on dit, car la parole peut blesser et tuer l’autre, faire attention à l’écoute et à l’attention de cette parole dite par l’autre, c’est aussi un service que notre carême dans la lecture du livre de Jérémie, comme la parole du Christ annoncée et proclamée deviennent pour nous, enseignement, célébration et service de Dieu et des autres.

 

AMEN