TOUT DONNER À DIEU POUR TOUT RECEVOIR DE LUI
Jr 18, 18-20 ; Mc 10, 32-45
Mercredi de la deuxième semaine de Carême – A
(27 février 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
F |
rères et sœurs, nous ne devons pas oublier tout au long de ce Carême que ce temps est d'abord celui où les catéchumènes se préparent à recevoir, la nuit de Pâques, le baptême. Par conséquent, toutes les lectures que nous faisons au cours de ce Carême sont polarisées par cet évènement du baptême. Ce baptême qui n'intéresse pas seulement les catéchumènes, mais toute l'Eglise, nous tous, car nous marchons avec eux vers leur baptême, et les accompagnant, nous revivons en profondeur notre propre baptême et nous reprenons conscience de tout ce qu'il implique pour toute notre vie. C'est pourquoi ce texte nous parle d'un mystère profond du baptême. Jésus, devant la demande des fils de Zébédée, leur répond : "Pouvez-vous être baptisés du baptême dont je vais Moi-même être baptisé" ? Ce baptême, c'est-à-dire, cette plongée, c'est la plongée du Christ dans sa Passion, c'est son ensevelissement dans la mort. D'ailleurs, le phrase qui précède s'adresse aussi aux catéchumènes, car non seulement ils recevront le baptême, mais aussi pour la première fois, ils participeront à l'Eucharistie : "Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?" et cette coupe est celle de la Passion, de la souffrance et de la mort. Le baptême pour les catéchumènes, et pour nous tous, c'est donc une entrée avec le Christ dans la mystère de sa Pâque. Aussi bien, tout cet évangile est-il dominé de l'intérieur par cette Pâque qui s'approche. Ils sont en route vers Jérusalem, ils sont dans la stupeur, et effrayés. Ils pressentent que cette marche, vers Jérusalem, est la marche vers la souffrance, vers la mort, et le Christ ne leur cache pas : "Le Fils de l'Homme sera bafoué, on crachera sur Lui, ils le flagelleront, le condamneront à mort, le livreront aux païens, et ils le tueront". Marcher vers Pâques, c'est marcher avec le Christ vers sa mort. Etre baptisé, c'est entrer dans le mystère de la mort du Christ. Nous sommes baptisés en acceptant avec Jésus de tout donner, de ne rien garder pour nous, de faire l'offrande de toute notre vie, ce qui se réalise jour après jour tout au long de notre vie chrétienne, pour s'accomplir au jour de notre mort, où nous serons mis en face de cette nécessité de tout donner, de mourir seul, nu, dépouillé de notre liberté, de notre libre-arbitre. Nous sommes donc en marche vers un mystère de mort qui n'a pas sa fin en lui-même. En effet, Jésus dit : "Ils le tueront, mais après trois jours, Il ressuscitera". C'est donc vers la vie éternelle que nous marchons en vertu de notre baptême. Les catéchumènes dans leur baptême vont recevoir le germe de la vie éternelle, de la résurrection, et nous tous qui sommes baptisés, en nous grandit cette puissance de la résurrection du Christ, mais cette résurrection passe par la mort. Il n'y a de vie véritable qu'en acceptant de donner sa vie. Nous ne pouvons pas parvenir à la béatitude, au bonheur, à la joie éternelle, si nous restons accrochés, agrippés à notre vie quotidienne, à tous ces biens, qui scintillent à nos yeux. Saint Paul le dit : "C'est déjà la dernière heure pour nous tous, et il faut que ceux qui vivent, vivent comme ne vivant pas, ceux qui possèdent comme ne possédant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas". Il faut qu'au cœur de notre vie de chaque jour il y ait ce don de nous-mêmes, cette offrande radicale. "Celui qui ne marche pas à ma suite, celui qui ne met pas l'amour pour Moi au-dessus de tout amour, celui qui ne m'aime pas plus que tout ce qu'il peut aimer sur la terre ne peut pas être digne de Moi et entrer dans le Royaume". Nous ne pouvons entrer dans le Royaume que si nous comprenons cet absolu de l'amour de Dieu comme impliquant au cœur même de nos plus légitimes affections et bonheurs terrestres, un détachement radical, parce que la vraie Vie n'est pas celle d'ici-bas, ou plus exactement, la vraie Vie est en train de naître au cœur de notre vie à condition que nous nous laissions emporter par elle, et cela implique de notre part, un renoncement, un don, une offrande.
La mort, ce n'est pas simplement la fin de notre vie terrestre, mais c'est l'entrée dans la vie véritable, mais une entrée qui suppose un dépouillement, ce renoncement radical à tout ce que nous sommes, à tout ce que nous avons, à tout ce que nous vivons, pour que Dieu soit notre seul bien, et qu'en Lui nous recevions la Vie véritable, et que nous recevions au centuple tout ce que nous avons donné, mais encore faut-il donner. Si nous ne faisons pas ce geste de don, de sacrifice, d'offrande, nous ne recevrons jamais ce que nous croyons posséder, parce que nous ne recevrons jamais le bien véritable et absolu qui est Dieu seul. Et c'est en Dieu seul que nous pourrons recevoir et la joie, et la vie, et l'amour, et tous les biens de l'univers, et tout l'amour de tous ceux que nous aimons. C'est en passant par Dieu que tous ces amours, toutes ces réalités du monde deviendront vraiment nôtres, non pas par cette espèce de manière de nous y attacher qui est illusoire et fallacieuse, mais en acceptant de nous ouvrir tout entier à Celui qui seul est la source de tout bien, de tout bonheur et de tout amour.
Frères et sœurs, cela vaut pour les catéchumènes, c'est un chemin de renoncement et de mort qu'ils empruntent, mais pour la vie. Cela vaut aussi de nous tous qui avons été baptisés au début de notre vie chrétienne, mais la grâce du baptême est toujours active et exigeante en nous, et nous ne pourrons atteindre à son accomplissement dans le Royaume que si nous acceptons de nous donner et de tout donner à Dieu.
AMEN