SIÉGER À TA DROITE ET À TA GAUCHE
Jr 18, 18-20 ; Mc 10, 32-45
Mercredi de la deuxième semaine de carême – A
(10 mars 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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es dix autres qui avaient entendu ce qui s'était passé entre Jacques, Jean et Jésus, "se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean." C'est alors que Jésus reprend la parole et leur fait sentir que "les chefs des nations qu'ils dominent font peser leur pouvoir" mais que dans le Royaume, celui qui est grand est un serviteur car Lui-même, d'ailleurs, est "venu pour servir et non pour être servi." Et ce service ira jusqu'à donner sa vie en rançon pour tous les hommes.
Lorsque nous entendons cet évangile où Jacques et Jean se pressent tout près du maître, nous participons peut-être à l'indignation des autres apôtres qui, peut-être y avaient aussi pensé mais qui n'avaient pas eu l'audace de demander à Jésus de partager ainsi sa destinée. Indignation que nous partageons peut-être avec eux en ajoutant quelque sourire intérieur contre cet orgueil mal caché de laisser paraître ce désir de participer pleinement à la gloire promise au Fils de l'Homme, alors même qu'ils montent vers Jérusalem.
Cette difficulté dans le groupe même des apôtres, nous l'entendons d'une seule oreille. Essayons de lier les deux passages entendus. Jésus, pour la première fois de façon très claire, leur annonce non seulement sa Passion mais le contenu de sa Passion. "Il sera condamné à mort, Il sera livré, Il sera bafoué. On crachera sur Lui, Il sera flagellé, Il mourra puis trois jours après Il ressuscitera." Juste après, juste après cette annonce claire, précise, impossible à accepter, Jacques et Jean s'avancent et disent : "Maître, nous voulons que Tu fasses pour nous ce que nous allons te demander, de siéger à ta droite et à ta gauche dans le Royaume des cieux." En liant ces deux passages ne pas simplement entendre un faux orgueil mal dissimulé qui voudrait passer outre à cette annonce de la Passion et participer pleinement à la gloire. II est fort possible que Jacques et Jean témoignent ici plus une proximité avec leur Maître, une intimité, une familiarité, comme s'ils étaient prêts à se sacrifier à sa place et à offrir leur vie, en plus de celle du Christ. Et c'est ainsi qu'il faut l'entendre. C'est un zèle, un zèle d'amour qui anime les deux frères, un zèle d'amour qui les pousse tous deux, et d'ailleurs l'évangile que nous laissera Jean le prouve aisément, c'est un zèle qui les pousse non seulement à être le compagnon, le disciple de Jésus, mais à suivre la même destinée que Lui se donne pour sauver les hommes. Un zèle qui les pousse à offrir leur vie en sacrifice pour les hommes, comme le Christ le fait.
D'ailleurs, derrière l'orgueil de l'idée de partager la gloire de Dieu, il nous est plus évident de Penser que nous pourrions confondre nos difficultés et nos souffrances en disant qu'elles serviront de partage au sacrifice même du Christ. Et le Christ refuse d'entendre, refuse de recevoir leur amitié, leur amour comme un partage du sacrifice qu'Il doit faire, et Lui seul, pour donner la vie aux multitudes. Certes, ils boiront la même coupe que Jésus, ils seront baptisés du même baptême que Lui, mais Il choisira Lui-même, la façon dont ils boiront cette coupe et dont ils seront baptisés. Pour l'instant, c'est le Fils de Dieu seul qui s'avance vers la mort. Pour l'instant, c'est l'heure de la rencontre entre le Père et le Fils, c'est l'Heure que Jésus a choisie pour "monter à Jérusalem" car Il avait longtemps hésité à reprendre ce chemin mais maintenant Il s'était résolument tourné vers cette ville où, Il le savait, un complot commençait à naître contre Lui.
Ne devançons pas l'appel de Dieu en voulant que notre vie soit comme la sienne, un sacrifice pour les autres. Sachons attendre de Lui la façon dont Il nous incorporera à sa propre Passion. Non pas par un zèle, un zèle mal placé, mais que nous sachions être obéissants à la manière dont le Christ veut que nous soyons associés à ses œuvres, au don de sa vie. Ne le devançons pas par un zèle un peu trop sacrificiel et quelque peu malsain au point de vouloir non seulement prendre la place du Christ mais de souffrir à sa place. Soyons comme Jacques et Jean assez près du Maître pour oser faire monter vers Lui ce qui est au fond de notre cœur, pour que nous puissions entendre de sa bouche la parole qui nous donne notre vraie vocation dans l'Église aujourd'hui.
AMEN