MACHINATION STÉRILE
Jr 18, 18-20 ; Mc 10, 32-45
Mercredi de la deuxième semaine du carême – C
(3 mars 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Scruter la Parole …
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rères et sœurs, peut-être n'avez-vous pas fait bien attention au début de la première lecture que nous avons entendu tout à l'heure, tirée du livre de Jérémie : "Venez, machinons un attentat contre Jérémie car la Loi ne périra pas faute de prêtres, ni le conseil faute de sages, ni la Parole faute de prophètes". Il faut bien avouer que généralement, pour nous, la Loi de Dieu la Bible est comme une entité, pour parler comme un philosophe grec du siècle platonicien, il y a d'un côté dans le ciel, les idées qui existent, et nous imaginons que la Bible existe par elle-même et que la Loi existe par elle-même, et comme le dit Platon, dans le monde d'en-bas, ce que nous avons à faire, c'est de nous modeler sur le modèle d'en-haut.
De fait, pour nous, qu'est-ce que la Bible ? Qu'est-ce que la Loi et même l'évangile ? C'est une entité qui existe par elle-même, et notre bon devoir de chrétien consiste à essayer tant bien que mal, à nous conformer à cette entité. Et je trouve ce petit passage que je viens de relire avec vous, très intéressant parce que ceux qui machinent ce complot contre Jérémie, c'est ce qu'ils pensent. Il disent : on peut ne pas suivre la Loi, la Loi ne périra pas faute de prêtres. On peut tuer le sage, cela n'empêchera pas le conseil d'exister par lui-même. On peut tuer les prophètes, la Parole existe par elle-même.
Je crois que c'est très important. Pourquoi ? Parce que le Christ n'est pas venu simplement pour nous inviter ou nous obliger à nous conformer à quelque chose qui serait dans le ciel. Il est venu nous faire participer à cette Parole de Dieu et à cette Loi. La plus grande confiance que Dieu nous a faite, c'est de nous donner l'interprétation de la Bible, de nous donner l'interprétation de sa Loi, et c'est de nous donner l'interprétation de la sagesse. La rencontre avec Dieu ne se fait pas sous le mode d'un côté où il y a Dieu qui exige et nous qui obéissons, mais la rencontre entre Dieu et l'homme est véritablement le fait de la proposition de Dieu et de la liberté de l'interprétation et de l'exercice de l'intelligence de Dieu.
Nous ne pouvons pas faire l'économie de la lecture de la Bible, de la lecture de l'évangile et de l'appropriation de la Parole de Dieu. Ce n'est pas quelque chose qui est réservé à des savants, le chrétien moyen n'a pas à se conformer à quelques idées ou à quelque chose qui a été dit par le curé, par l'évêque ou par le pape. La plus grande grâce que Dieu nous a donné de vivre c'est la liberté de notre intelligence. Autrement dit, et c'est cela la beauté de Dieu, c'est qu'en nous offrant la Loi, en nous offrant l'interprétation de la sagesse, Dieu a pris un risque. Il a pris le risque tout simplement de ne pas être obéi, de ne pas être suivi, de ne pas être compris. D'ailleurs, c'est ce qui se passe, c'est le drame de l'évangile, c'est le Christ qui finit crucifié par les hommes.
Je crois frères et sœurs, que c'est une leçon fondamentale pour le temps du carême. Généralement le carême, qu'est-ce que c'est pour nous ? C'est le moment où nous essayons de nous conformer à tout ce qui existe en soi : la Loi, l'évangile, telle ou telle chose qui est dite par telle ou telle personne, par les autorités compétentes. Mais en fait, qu'est-ce que le carême ? C'est bien au-delà de la mise en conformité, un peu comme si nous avions à nous mettre en conformité notre chauffage avec les normes européennes.
Fondamentalement, le carême n'est pas une mise en conformité. C'est d'abord la découverte bouleversante que Dieu s'est fait serviteur, comme à la fin de l'évangile que nous avons entendu, serviteur des hommes pour que nous-mêmes nous nous mettions au service de cette Parole qui ne peut exister et se déployer que si nous nous mettons en actes et que nous la faisons grandir dans notre cœur. C'est cela le carême, la grande découverte du carême c'est de découvrir que nous ne sommes pas simplement des gens à qui l'on demande une mise en conformité, mais nous sommes des gens à qui Dieu lance l'invitation de travailler avec lui. Et vous voyez que cela n'a rien à voir. Dieu nous fait confiance en nous donnant sa Parole et le carême est le moment où nous découvrons que nous sommes "procréateurs" avec Dieu dans l'annonce de la Parole et dans la manifestation de sa grâce.
Frères et sœurs, que ce petit passage de Jérémie soit pour nous l'occasion de mieux méditer sur ce que nous pensons du carême et sur ce que nous en faisons. Car le carême c'est fondamentalement la découverte que Dieu nous offre sa Parole, et nous associe véritablement à son œuvre de salut.
AMEN