POURQUOI M'AS-TU ABANDONNÉ ?
Jr 18, 18-20 ; Mc 10, 32-45
Mercredi de la deuxième semaine de carême – C
(18 mars 1992)
Homélie du Frère Michel MORIN
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lors qu'il était aux prises avec un complot contre lui, Jérémie en appelle au Seigneur pour que Celui-ci le sauve. Jérémie ne sera pas sauvé de son complot. Alors qu'un peu plus tard, il est arrêté et mis en jugement, Jérémie ne sera pas sauvé de ce jugement humain. Jérémie sera emporté en exil, en Egypte, loin de sa terre, et c'est là qu'il mourra. Il ne sera pas sauvé de l'exil. Toute sa vie le prophète en a appelé à la miséricorde et à la force de son Seigneur, quand il a souffert, quand il a été persécuté, quand il a été faussement juge, quand il a été tracassé, jeté dans une citerne et exilé. Jamais il n'a pu sortir de cette situation. Dieu ne l'a pas sauvé.
Jésus Lui-même sera pris dans un complot contre sa personne. Il sera arrêté, jeté dans une cellule de prison, juge, exécuté et Lui-même aussi en appellera à son Père. "Pourquoi m'as-Tu abandonné?" Et le Père ne viendra pas le sauver ni du procès, ni du complot, ni de la mort.
Frères et sœurs, il en sera ainsi pour nous. Dieu ne nous sauvera pas de nos souffrances, de nos péchés, de nos misères, de tout le mal que l'on peut nous faire, quel qu'il soit, ni de notre mort. Dieu ne nous sauve pas de nos misères, de notre mort. Il nous sauve dans notre misère, Il nous sauve dans notre mort. C'est d'ailleurs cela que Jésus a voulu signifier à ses douze apôtres : "La coupe de souffrance et de mort que je dois boire Moi-même, vous la boirez" car vous ne pouvez être sauvés que là-même où Moi Je me suis perdu comme tous les hommes se perdent.
C'est cela le cri que nous adressons à Dieu. C'est cela le cri de la foi et de la confiance. Nous connaîtrons, comme tous les autres hommes, comme Jérémie et Jésus, la souffrance, les drames, la maladie, l'inquiétude, toutes sortes de tracasseries, la mort même. Dieu n'empêchera pas cela. A la limite, il ne faut pas le lui demander. Il faut simplement lui demander que lorsque nous vivons cela, nous le vivions déjà en sauvés. Il faut lui demander, qu'en vivant cela, nous l'acceptions comme Lui-même l'a accepté, "boire cette coupe", y être plongés parce que là où le Christ est, là nous serons, et là où Il a été, là nous passerons.
Notre prière, notre supplique doit être réaliste dans la foi. Les apôtres eux-mêmes l'ont un petit peu saisi, quoique de façon encore humaine et peut-être inconsciente. J'aime bien ce que disent Jacques et Jean : "Seigneur, que nous soyons avec Toi, à ta droite et à ta gauche, dans Ta gloire !" Ils ont raison, c'est notre désir. C'est trop humain parce qu'était mélangée à cela quelque ambition, peut-être ! Mais on peut leur pardonner. Et Jésus leur dit : "Le calice que Je vais boire pour aller dans cette gloire est-ce que vous le boirez ?" "oui, nous le boirons !" C'est inconscient certes, mais ce n'est peut-être pas forcément faux pour autant. Et le chemin que Jésus leur indique c'est le sien "donner sa vie pour la multitude". Et donner sa vie, le signe en sera le service pour les autres. Et c'est cela qui fait la grandeur de l'apôtre, c'est cela qui fait la grandeur de Jérémie, c'est cela qui fait notre grandeur, peut-être moins notre désir, même s'il est très grand, mais plutôt le consentement que ce désir doit nous amener à donner à la Pâque de Jésus-Christ. Consentement à sa Pâque c'est-à-dire consentement à notre pâque, consentement à sa souffrance et à sa mort c'est-à-dire consentement à notre souffrance et à notre mort. Non pas pour elle-même mais parce que c'est le chemin de la gloire, parce que c'est la coupe au fond de laquelle il n'y aura pas non pas quelque lie mais le sang sauveur.
Que ces quelques paroles de Jésus qu'Il accomplira Lui-même dans la perspective et l'annonce prophétique de Jérémie, s'accomplissent aussi pour nous, non pas de façon masochiste, non pas de façon lugubre, non pas de façon macabre, il n'en est pas question, mais vivre ce que nous vivons, vivre les évènements qui nous arrivent, non pas quand ils sont douloureux en les cherchant, mais au fond de notre cœur, dans ce consentement que nous vivons dans la ressemblance avec le Christ et dans cette alliance même dans la souffrance et dans la mort, qu'Il a scellée avec nous, puisque c'est de cette Alliance-là que jaillira le salut et la résurrection.
AMEN