LES PAS DE JÉSUS

Jr 18, 18-20 ; Mc 10, 32-45

Mercredi de la deuxième semaine de carême – C

(26 février 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

ésus était en route, montant à Jérusalem. Ses disciples marchaient derrière Lui. La marche d'un homme révèle son âme et dit le but ultime qu'il poursuit. Le chemin que Jésus parcourt a déjà été parcouru. C'est nous qui avons tracé ce chemin dans le cœur de l'humanité. C'est nous qui avons creusé une tombe. C'est nous qui avons mis un piège. C'est nous qui avons comploté contre le juste, comme au temps du prophète Jérémie. Le chemin de Jérusalem, frères et sœurs, c'est le nôtre, et nous le connaissons très bien et nous savons où il mène, à la souffrance et à la mort.

Les pas que suit le Christ sont déjà profon­dément imprégnés dans notre cœur, dans notre chair et dans notre humanité. Ce sont les pas qui ne vont pas droit, de celui qui a abandonné la vérité et qui chemine selon ses doutes. Ce sont les pas que l'enfant ne posera jamais sur la terre parce que l'homme lui aura enlevé la vie avant qu'il ne marche. Ce sont les pas de l'innocent qui est condamné et qui n'accom­plira pas jusqu'au bout le temps que Dieu lui aurait donné. Ce sont les pas très lourds de l'homme fatigué, les pas désespérés de l'homme désabusé, qui va seul, vers sa mort parce que les autres l'ont laissé vivre seul. Ce sont les pas du prisonnier, entre ses murs, qui cherche la liberté. Ce sont les pas très éloignés de l'exilé. Ce sont les pas de la prostituée sur son trottoir. Ce sont les pas du malade, du souffrant, du condamné à mort. Ce sont des traces de douleur et de sang, et le Christ sait très bien où les trouver. Il n'hésite pas à marcher vers Jérusalem. Ce sont peut-être enfin les pas de l'homme qui marche vers la mort, ces pas qui disparaissent au-delà de la frontière des mondes.

Voilà le chemin de la croix, voilà ce chemin de la croix que nous avons nous-mêmes tracé par notre abandon de l'amour de Dieu. Et Jésus a raison de dire : "Ce chemin n'est pas fait pour vous." "La coupe que je vais boire " ce n'est pas à vous de la boire, maintenant. C'est à cause de vous que je vais la boire, c'est à cause de vous que je marche, puisque je suis les traces de vos péchés, de vos crimes, de vos infidélités. Mais Jésus ajoute : "Cette coupe, vous la boirez !", ces traces vous y marcherez aussi, car "là où est le Maître, là est le disciple !" Et les apôtres, et nous-mêmes sommes disciples. Mais, voyez-vous, sur ce chemin de croix nous avons marché avant le Christ, seuls. Seul, Il y marche à son tour et les disci­ples suivent. C'est pour cela que Jésus dit : "Ce chemin de croix, cette coupe de souffrance et de passion, vous ne la vivrez pas en même temps que Moi, mais plus tard, car vous êtes derrière Moi." Simplement ce qui aura changé, c'est que ces traces de sang, de peine et de malheur, lorsque le Christ sera Ressuscité des morts, deviendront des traces de lumière, deviendront un chemin de splendeur.

Alors, nous qui sommes dans les ténèbres, nous pourrons, à ce moment-là, suivre le chemin du Christ. Lui, l'a vécu, seul, sans nous. Nous, nous pou­vons le vivre, avec Lui, dans sa lumière. Cette coupe d'amertume et de souffrance qui est la nôtre est déjà mélangée du vin de l'Alliance éternelle et c'est pour cela que nous avons la force à la suite du Christ de marcher sur ce chemin de sa croix.

 

AMEN