Jérémie 18, 18-20 ; Marc 10, 32-45
Mercredi de la deuxième semaine de carême – C
Homélie du Frère Michel MORIN

Saint Jean de Malte : Les calices
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n comprend que les disciples puissent être effrayés et remplis de stupeur après ce que Jésus vient de leur annoncer, quant-à sa vie, quant à sa fin prochaine, quant-à la façon dont celle-ci va se dérouler. Et l'on comprend aussi peut-être cette parole : "Fais pour nous ce que nous allons te demander." Donne-nous la gloire, donne-nous le pouvoir, donne-nous une place importante.
N'est-ce pas que dans notre vie, nous aussi, nous sommes parfois effrayés et déroutés par notre propre souffrance ou par la souffrance des autres, par la mort quand elle s'approche de nous ou quand elle frappe ceux qui sont près de nous ? Nous ne sommes pas meilleurs, nous les disciples d'aujourd'hui, que les disciples d'hier. Et peut-être que nous aussi, nous avons souvent, si ce n'est cette parole au moins ce sentiment dans le cœur : "Seigneur, fais pour nous ce que nous allons nous demander." Nous lui attribuons peut-être un autre objet, en pensant que le Seigneur nous doit nous éviter tout mal, toute souffrance, toute mort.
Je voudrais, ce matin, que nous entrions quelques instants, nous aussi qui sommes en route vers Jérusalem, dans ce mystère de la souffrance et du Royaume. Et c'est par cette réalité, ce symbolisme de la coupe, dont vient de parler Jésus que je voudrais que nous y entrions ensemble. Dans la tradition biblique, la coupe a deux sens. D'abord le sens de la bénédiction et puis le sens de l'amertume, de la souffrance, comme en témoignent ces quelques passages de l'Ecriture que vous connaissez peut-être dans les psaumes et les prophètes, mais que je vous rappelle.
La coupe comme signe de bénédiction : "Seigneur, ma part d'héritage et ma coupe. C'est Toi qui garantis mon lot." (Psaume 15) "Devant moi, Tu apprêtes une table face à mes adversaires. D'une onction Tu me parfumes la tête et ma coupe est débordante."(Psaume 22) "Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'Il m'a fait ? J'élèverai la coupe du salut en appelant le Nom du Seigneur ". (Psaume 115)
Ainsi la coupe est source de bénédiction. C'est ce chant qui monte de notre cœur parce qu'il est comblé des bienfaits du Seigneur, lorsque nous recevons dans notre vie cet héritage qui est sa vie, ce vin nouveau qui est sa présence qui vient nous réjouir et nous enivrer de sa joie. La coupe est donc ce signe d'un cœur rempli de la bénédiction de Dieu, des biens de Dieu, des dons et des cadeaux dont Dieu ne cesse de nous combler pour notre propre joie, pour nous réjouir. Et alors nous chantons cette action de grâces.
Mais la coupe c'est aussi le signe de l'amertume, de la souffrance : "C'est une coupe dans la main du Seigneur, du vin écumant plein d'aromates. Il verse. Les impies en lèchent la lie. Ils boivent tous, les impies de la terre." - "Tu as bu de la main du Seigneur la coupe de sa colère et le calice du vertige", dit le prophète Isaïe à Jérusalem (chapitre 51) Et Dieu Lui-même dira au prophète Jérémie : "Prends de ma main cette coupe de vin et fais-la boire à toutes les nations vers lesquelles je vais t'envoyer. Qu'elles boivent, chancellent et deviennent folles devant l'épée que je vais envoyer au milieu d'elles." Et enfin une parole au prophète Ezéchiel : "Tu boiras la coupe de ta sœur (c'est-à-dire le royaume de Samarie), coupe large et profonde qui fera rire et se moquer, tant sa contenance est grande. Tu seras rempli d'ivresse et de douleur, coupe de désolation et de dévastation."
Cette coupe telle qu'elle nous est présentée dans la tradition biblique, c'est celle-là que le Christ va boire : "Je vais être baptisé d'un baptême. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?" Les disciples répondront : "oui, nous le pouvons !" car le mystère de la coupe, pour le Christ est un mystère d'eucharistie et en même temps d'agonie, c'est-à-dire de bénédiction, de souffrance, de passion et de mort. Cette coupe Il la prendra au soir du jeudi-saint, pour la donner en signe de bénédiction pour la rançon d'une multitude. Et ce sera cette même coupe de sang qu'Il versera quelques heures après sur sa croix, au plus profond et au plus profond de sa douleur, de sa passion.
Et c'est en élevant cette coupe par sa mort qu'Il sauvera le monde, qu'Il fera entrer la multitude des hommes, des peuples, de la souffrance vers la bénédiction de Dieu. Ainsi la souffrance du Christ, sa Passion, sa mort, tout comme la nôtre d'ailleurs ou celle des autres ne doivent pas être pour nous, chrétiens, un obstacle, un mur infranchissable. Par l'eucharistie et la mort du Christ, cette souffrance, cette passion deviennent chemin, deviennent route vers la bénédiction. C'est dans la mesure où, comme le Christ, nous boirons cette coupe de sang, cette coupe de la Passion, c'est dans la mesure où nous serons baptisés dans sa mort, que nous aurons part à sa bénédiction et que nous entrerons dans sa Résurrection. C'est un chemin difficile, c'est un chemin où il faut être beaucoup plus serviteur que maître, car le Christ, Lui, est notre maître puisqu'Il s'est fait notre serviteur. C'est un chemin dont la porte est étroite, aussi étroite que la blessure au côté du Christ, mais c'est de cette porte étroite que coulent l'eau et le sang. Et c'est par cette eau et par ce sang, par cette porte étroite que nous pouvons entrer dans le Royaume de Dieu.
AMEN