LE CRI DE JÉRÉMIE
Jr 18, 18-20
(2 mars 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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plus d'un titre la vie du prophète Jérémie a été un calvaire. De fait à l'époque où Jérémie était prophète, Jérusalem et Israël étaient menacés par des troupes extérieures et les derniers rois de Juda tentaient de faire coalition avec l'Égypte coalition qui, d'ailleurs, s'avéra vaine et inutile devant la force de l'assaillant. Et contrairement à d'autres prophètes en d'autres temps, Jérémie prêchait une certaine collaboration avec l'ennemi, ce qui était très mal vu dans la cour à Jérusalem et l'on n'arrêtait pas d'essayer de faire taire ce prophète si bruyant. Plusieurs fois il a été emprisonné parce qu'il parlait au nom de Dieu. Tout au long de sa vie Jérémie va découvrir qu'on le confond avec Dieu, qu'à chaque fois qu'il prend la parole et parle au nom du Seigneur, ce qui lui arrive ce n'est pas forcément à lui qu'on voulait le faire mais à Dieu Lui-même. Et dans les cris que Jérémie lance vers Dieu, ce sont des cris qui semblent dire : C'est à Toi que l'on en veut et non à moi, et l'on me confond avec Toi. Et Jérémie fait l'expérience intime qu'il est lui, le prophète, celui qui représente Dieu en ce moment précis de la vie d'Israël et que ce qui lui arrive dans le malheur et dans la souffrance, c'est la machination des ennemis de Dieu, contre Dieu mais c'est Lui qui prend tout.
Mais l'ultime démarche de Jérémie qui nous intéresse en ce jour, et qui prend naissance dans l'oracle que nous avons lu, c'est que se retournant vers Dieu, en faisant monter vers Lui le cri d'horreur des machinations qui se trament contre lui, en demandant "que ce mal se retourne contre ceux qui le provoquent". Jérémie découvre que non seulement il vit ce que Dieu vit, mais qu'il est lui-même un propre ennemi de Dieu et que loin de se croire uniquement l'ami, puisqu'il vit comme Dieu la machination des ennemis, il va découvrir qu'il n'est pas digne d'être cet ami de Dieu, qu'il n'est pas digne de porter comme Dieu l'opprobre qu'on lui fait.
Ce retournement dans la vie de Jérémie va marquer à la fois la communion profonde que tout homme vit avec Dieu dans sa souffrance à cause du mal, mais au cœur même de cette souffrance, il découvre qu'il n'est même pas digne de rester en communion avec Celui dont il croyait être l'ami. D'ailleurs Jérémie va dire à Dieu: "C'est moi qui porte la honte et non pas mes ennemis alors que je demandais que Tu les couvres de cette honte." Nous pouvons nous aussi peiner dans notre vie et faire monter vers Dieu notre "ras-le-bol" ou notre cri de désespoir. Dans ce moment de rencontre intime entre nos propres souffrances et celles de la Passion du Christ, nous découvrirons, en même temps que nous souffrons avec Lui, que nous ne sommes pas dignes de souffrir avec Lui. Demandons au Seigneur que nous puissions découvrir, dans sa juste mesure, l'immensité de Dieu, dans notre vie et ainsi trouver la juste humilité pour lui parler.
AMEN