QUEL EST CELUI-CI QUI ARRIVE D'EDOM ?
Is 32, 11-63, 7
(7 avril 1993???)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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a première lecture est un très beau poème, c'est un chant de guerre, un chant de victoire. C'est Dieu qui parle à son prophète et s'établit un dialogue entre les deux. Le prophète demande "Qui est Celui-là ?" qu'il voit dans sa vision, "Qui est Celui-là qui vient d'Edom, de Bosrah en habit couleur de pourpre ?"Pour nous, aujourd'hui, ces noms ne disent plus rien. Pourtant Edom a la même racine que le mot homme, Adam, c'est-à-dire "celui qui vient de la terre", cela veut dire aussi "celui qui est rouge" à cause de la couleur de la chair. Et Bosrah dans la langue hébraïque fait penser à un autre mot qui désigne la chair. Il n'est donc pas étonnant que par la suite la tradition n'ait vu en cette figure qui vient d'Edom quelqu'un qui jaillit mystérieusement de l'humanité, qui jaillit mystérieusement de notre chair. Et c'est pourquoi on y a vu le Christ, le Verbe incarné. Et lorsque Dieu se révèle au prophète, Il se présente comme Celui qui parle Je suis la Parole, Je suis le Sauveur. "C'est Moi qui parle avec justice", c'est-à-dire qui donne la parole pour rétablir la justice entre Dieu et l'homme et "Je suis puissant pour sauver" c'est-à-dire je réalise ce que j'ai dit.
Le prophète interroge à nouveau. "Pourquoi ce rouge à ton manteau ? Pourquoi es-Tu vêtu comme celui qui foule au pressoir ?" Et c'est ici cette image saisissante de Dieu qui revient du pressoir où Il a foulé ses ennemis. Il a foulé la mort, Il a foulé le mal. Seulement Il l'a foulé d'une curieuse manière. D'une part, Il l'a foulé seul car Il était seul pour combattre. C'est le mystère même du Christ qui opère seul notre salut. Tout le peuple l'a abandonné, tout le peuple l'a délaissé. Et le fouleur est seul au pressoir, à l'épreuve de la guerre, à l'épreuve du combat contre les ennemis qui sont assimilés à ces grappes de raisin que le fouleur piétine. "A la cuve j'ai foulé solitaire et les gens de mon peuple n'étaient pas avec Moi, alors je les ai piétinés dans ma fureur et leur sang a giclé sur mes habits car j'avais au cœur un jour de vengeance." C'est le mystère de la colère de Dieu. La colère ne signifie pas que Dieu veut s'en prendre à l'humanité simplement pour la détruire, par haine, mais la colère de Dieu c'est cet amour rentré que Dieu aurait voulu manifester, cette communion que Dieu aurait voulu donner et qui a été refusée. L'amour refusé revient dans le cœur de Dieu sous forme de colère et de vengeance. Il est brûlant.
Et alors c'est tout le mystère de notre salut qui s'éclaire à travers cette image. Celui qui est foulé aux pieds est aussi le fouleur. Le Christ qui rassemble en Lui toute l'humanité et qui est aussi Celui qui a été broyé dans sa chair et dont le sang a giclé sur tous ses vêtements, Il est aussi celui qui foule, Celui qui réconcilie l'humanité, Celui qui nous rassemble en Lui pour entrer dans la gloire. Et c'est pourquoi cette vision du fouleur est combinée à celle d'un homme qui rentre du combat, dans une sorte de cortège solennel, parce que ce chant de guerre est aussi un chant de victoire. Et au moment même où le fouleur dit : "Je montre mon angoisse, personne pour me soutenir, alors c'est mon bras seul qui est venu à mon secours, c'est ma fureur qui m'a soutenu. J'ai brisé les peuples dans ma fureur." A ce moment-là, nous voyons toute l'amplitude du combat de Dieu pour sauver l'humanité. Aujourd'hui les représentations guerrières ne sont plus beaucoup de mise pour manifester le mystère du salut. Et pourtant il ne faut pas perdre de vue que le salut c'est un véritable combat. Aussi bien un combat dans le cœur de Dieu, dans le cœur du Christ qui s'affronte à la mort que dans notre propre cœur à nous. Nous devons combattre pour être, nous aussi, des vendangeurs qui puissent un jour participer à la joie du banquet du Royaume.
Demandons au Seigneur, à travers ces jours du Triduum pascal, qu'Il réveille en nous cette sainte fureur de celui qui foule le raisin dans le pressoir, qu'il nous donne cette ardeur pour le combat contre toutes les forces de mort et de mal qui sont en nous et dans ce monde. Et demandons-lui qu'en buvant à la coupe du salut nous soyons, nous aussi, un jour, les témoins de la victoire de Dieu et les participants de la joie du Royaume.
AMEN