LA DOUCEUR DE DIEU
1 R 19, 3-13 a
(7 mars 1993???)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Au creux de la grotte …
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'épisode d'Élie à l’Horeb marque, dans l'histoire du salut, un bouleversement total. Nous aimons entendre ce texte mais comprenons-nous jusqu'à quel point Élie doit changer d'attitude face à Dieu ? Il doit changer d'attitude car plus rien de ce qu'il sait de Dieu ne correspond à ce que Dieu va lui manifester. Élie, comme tous les hommes de son temps, connaît le Seigneur. Il le connaît parce que le peuple d'Israël vit profondément de la mémoire des bienfaits du Seigneur. Ils vivent leur histoire en comprenant parfaitement que Dieu "a agi avec force et puissance" pour bénir son peuple et le sauver et le constituer comme un peuple de Dieu. Tous les Israélites se souviennent tant bien que mal, même s'ils vont vers les Baals, se souviennent que Dieu a agi. Et s'ils s'en vont vers les idoles c'est parce qu'ils ont l'impression que Dieu ne fait plus rien, qu'Il est peut-être en chômage … Ils se souviennent d'un Dieu qui agit avec puissance et force, qui par son bras puissant fait sortir les hébreux d'Égypte pour les faire entrer en terre promise. Ils se souviennent que Dieu n'a pas tergiversé, qu'Il a employé les grands moyens, qu'Il a fait subir les dix plaies d'Égypte pour que son peuple puisse, sans conteste, être libéré de l'esclavage et de la mort. Ils se souviennent que Dieu a donné à son peuple une terre au mépris parfois de ceux qui l'occupaient et que là aussi Il a agi en vainqueur, qu'Il a su abattre les ennemis devant la face des israélites, qu'Il a fait avec force de ce peuple qui n'en était pas un, une nation glorieuse, qu'Il a donné à David toute la puissance requise pour que ce peuple soit une nation qui puisse être établie à la face de toutes les autres nations, comparable en puissance et en gloire à tous les royaumes terrestres. Ils se souviennent de toute cette force et de toute cette puissance de Dieu. Mais où est-elle cette force, cette puissance de Dieu ? Les israélites, les hébreux se sentent abandonnés car tout va mal dans leur pays.
Ils retournent où ils vont vers des idoles c'est-à-dire des dieux qui ne sauvent pas. Tous les prophètes le diront : Seul le Seigneur est au-dessus de ces dieux. C'est Lui le véritable Dieu, c'est Lui qui est la toute puissance. Élie arrive à l'Horeb avec ces sentiments dans son cœur. "Je suis rempli d'un zèle jaloux". Élie est rempli d'une sorte d'amertume, d'une sorte de rancœur et de colère face à tout ce qui se passe. Dieu serait-il devenu faible ? Et c'est là que Dieu manifeste ce qu'Élie, peut-être, n'avait pas compris jusqu'à présent. Est-ce dans le feu que Dieu va se révéler ? Est-ce dans la force du tremblement de terre que Dieu va agir ? Est-ce dans la puissance de l'ouragan qui tournoie ? dans la puissance de toutes les forces naturelles que Dieu va se révéler ? Non, Dieu choisit le murmure d'une brise légère. Dieu va se révéler par la douceur.
"Seigneur, construisons ici trois tentes, une pour Toi, une pour Élie, une pour Moïse !" Pierre a compris que, sur le mont Thabor le Seigneur manifestait sa douceur. C'est pourquoi il veut s'installer dans la douce présence de Dieu. C'est pourquoi il veut construire cette demeure avec Lui. Il comprend peut-être ce que la Bible nous a aussi révélé et qu'elle nous a manifesté après Élie. Peut-être que Pierre se rappelle ce que dit le livre de la Sagesse : "Tu as donné à ton peuple une nourriture d'anges et la substance que Tu donnais manifestait bien ta douceur à l'égard de tes enfants." Peut-être qu'en contemplant le visage du Seigneur, Pierre et les disciples qui l'accompagnent ont compris ce que chantait l'Épouse du Cantique : "Comme le pommier parmi les arbres d'un verger, ainsi mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. A son ombre désirée, je me suis assise et son fruit est doux à mon palais." C'est finalement ce qu'a compris Pierre qui dans sa première épître écrira : "Comme des nouveaux-nés, désirez le lait spirituel non frelaté, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut, si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est doux."
La Transfiguration est le sommet de la manifestation de la douceur de Dieu. Elle nous manifeste le dessein même du salut de Dieu car, en Jésus-Christ, c'est la douceur de Dieu qui va agir pour nous sauver. La douceur de Dieu, comme en témoigne la Transfiguration, ce sera celle de ce Jésus qui, sur la croix, ferme ses yeux pour les ouvrir sur le monde de la Résurrection. C'est la douceur de sa voix qui s'étrangle dans sa gorge pour, au matin de Pâques, proclamer sa victoire. C'est la douceur de son corps qui se brise pour être ressuscité dans la splendeur du matin de la Résurrection. La douceur de Dieu est alors devenue sa force.
Dès lors nous comprendrons que Dieu n'est pas faible, mais Il est doux. C'est tout différent, car en Dieu la douceur n'est pas faiblesse, elle est la force même de Dieu qui sauve. Avant de monter à l’Horeb Élie avait été nourri par un pain mystérieux. Il nous fait comprendre que, nous aussi nous pouvons dans l'eucharistie, nous nourrir de cette douceur de Dieu. Et la croix qui révèle la douceur de Jésus nous fait comprendre à quel fruit il nous faut aussi goûter. Et ainsi, dans ce monde rempli de colère, de rancœur et d'amertume, dans ce monde où la colère défigure les visages, peut-être nous faut-il comprendre, en puisant dans cette liturgie dont vous avez goûté la douceur musicale aussi bien que spirituelle, que c'est par cette même douceur du Seigneur que nous sommes transformés, mieux transfigurés !
AMEN