LE SALUT PASSE PAR LES FEMMES

Ex 2, 1-10

(10 mars 2006???)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Malicieuse et déterminée …

I

l est étonnant que ceux qui accusent la tradition judéo-chrétienne d’être machiste, n’aient pas mieux lu le récit du sauvetage de Moïse, fondateur du judaïsme, celui qui a reçu le Décalogue sur le mont Sinaï. Si on résume le texte, nous découvrons que Moïse doit la vie aux femmes. C’est le cas dans ce passage et c’est le cas tout au long de sa vie, Moïse est un "homme à femmes" ! Moïse a besoin de sa sœur, il a besoin de sa vraie mère, il a besoin d’une mère de substitution, il a besoin de son épouse qui plus tard le sauvera même de Dieu. Le salut de Dieu passe par les femmes. La Bible ne l’a jamais nié, Et peut-être qu’il faut mieux la lire et la regarder, et il n’y a pas besoin de faire que Jésus épouse une femme pour sauver la femme des enfers.

C’est la femme qui est penchée sur Moïse, comme les femmes étaient penchées au tombeau du Christ. Il y a d’abord cette femme qui enfante, et puis la sœur de ce petit garçon qui se poste à distance pour voir ce qui va advenir à son frère, et puis la fille de pharaon (ce n’est quand même pas n’importe qui), vient se baigner au fleuve, elle aperçoit la corbeille, elle envoie sa servante prendre cette corbeille. Vient ensuite la sœur de Moïse, et c’est elle qui va proposer à la fille de pharaon de recueillir cet enfant et de le faire allaiter par la propre mère de Moïse.

En fait, pour résumer, nous pourrions dire que le salut de Dieu repose entre les mains de deux femmes, de races différentes, des ennemies, puisque d’un côté vous avez le peuple des égyptiens qui met à mort les premier-nés israélites, et de l’autre côté, le peuple israélite qui est sous le joug du peuple égyptien. Mais je crois que ce qui est extraordinaire, c’est que le salut passe non seulement par deux femmes, mais en plus par des femmes qui désobéissent. La première désobéit parce qu’elle ne permet pas que son enfant soit tué par cette loi donnée par le pharaon, et la deuxième, elle désobéit à son père le pharaon, en acceptant de recueillir un petit enfant hébreu. Je trouve assez intéressant de constater que le salut de Dieu est assez souple pour passer à travers des personnes qui désobéissent aux lois. C’est un premier point.

Le deuxième point, c’est comment ce salut de Dieu, cette économie divine s’articule entre l’élu, c’est-à-dire le peuple des hébreux, et d’autre part l’étranger, le peuple des égyptiens. Pour que Moïse puisse naître, advenir à sa vie, pour qu’un jour, il puisse contempler dans le Buisson Ardent la présence de ce Dieu qui vient sans tuer l’homme, pour que Moïse puisse un jour recevoir les tables de la Loi au Sinaï, il faut que deux femmes que rien ne réunit, se penchent sur son berceau, par compassion. Attention, il ne s’agit pas de violer les lois pour violer les lois, elles violent les lois pourquoi ? par compassion pour la vie d’un bébé innocent. Ces deux femmes penchées sur le berceau d’un bébé, qui n’ont rien à voir entre elles, une fille d’hébreu, une fille de pharaon, vont être comme à l’origine de la fondation du peuple d’Israël.

Cela nous fait réfléchir dans le domaine de l’économie du salut sur les relations entre le peuple d’Israël et les nations. C’est cela qui est dit. Comment encore actuellement le peuple d’Israël et les nations ont-ils à vivre ensemble pour servir le dessein de salut de Dieu. Je crois que la leçon est donnée ici dans ce texte. Cette femme, cette fille d’hébreu, doit faire confiance à une étrangère à qui elle va confier son enfant pour que cette étrangère puisse lui redonner son propre enfant. Cela veut dire que l’élu, quel qu’il soit, dans ce cas précis, Israël, doit faire confiance en acceptant de donner son héritage à des étrangers. La deuxième chose, du côté des étrangers, c’est d’accepter de reconnaître que le salut ne vient pas d’eux-mêmes, mais vient du peuple élu, c’est-à-dire Israël. Nous avons ici en résumé, la place de la femme dans l’économie du salut, comment la femme est capable de prendre la suite quand les lois des hommes ne véhiculent pas la grâce, l’amour et la vie. Nous avons aussi la juste place de la compassion qui doit être là, face aux lois iniques des hommes. Nous avons décrit d’une manière très précise, la manière dont les élus et ceux qui ne le sont pas doivent travailler, chacun à sa manière à l’œuvre de Dieu.

Frères et sœurs, que nous nous sentions dans notre propre vie spirituelle élus ou étrangers, sachons que nous avons tous notre place dans l’économie du salut voulu par Dieu.

 

AMEN