JÉSUS PARDONNE TOUS LES PÉCHÉS

Os 2,4+7-9+16-17+21-22; Lc 7, 36-50
Vendredi de la première semaine de carême - année C (2 mars 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

eux interrogations intérieures sur l'identité de Jésus. Le pharisien qui dit : "Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme : une pécheresse", et la question de ceux qui sont à table avec Jésus et invités par le pharisien: "Mais qui est-il celui-ci qui remet les péchés ?"

Effectivement, Dieu seul peut remettre les péchés, donc les contemporains de Jésus devraient avoir la réponse : Jésus est Fils de Dieu, Jésus est Dieu lui-même, il est capable de remettre les péchés. C'est d'ailleurs ce que pensait Israël qui offrait régulièrement des agneaux en sacrifice pour les péchés dans le temple, non pas que les juifs avaient conscience que Dieu arrivait à tout pardonner, mais qu'au moins, on arrivait à apaiser le courroux de Dieu face au péché de l'homme. Ce qui devait favoriser la sainteté du peuple, c'était d'entendre la Parole de Dieu, tout particulièrement celle adressée depuis Moïse à ce peuple quand Dieu lui dit : "Soyez saints, comme moi je suis saint". C'est pourquoi la Parole de Dieu est réconciliatrice, et la Loi qui est donnée, celle que l'on a appelée les dix commandements, qui sont les dix paroles données au peuple de Dieu, sont la charte par excellence réconciliatrice entre l'humanité déjà signifiée comme sauvée dans le peuple d'Israël, et son Seigneur, le Dieu qui justement sauve de l'esclavage d'Égypte. Dieu est capable de concevoir que l'humanité puisse recevoir son pardon, en tout cas, que l'exigence de sa Parole, la réalisation des commandements, la mise en œuvre de cette règle, permet de vivre pour le peuple d'Israël, le pardon.

Cela est important parce qu'on peut mieux saisir l'attitude du pharisien. Quelle est-elle ? Le pharisien, vous le savez, c'est celui qui se pense justifié. C'est celui qui intérieurement a conscience qu'il essaie de faire le mieux possible dans sa vie pour correspondre exactement à tous les préceptes de la Loi, et Dieu sait qu'ils se sont multipliés depuis les dix Paroles, à toutes les instances et institutions réglementaires et disciplines de la vie religieuse d'Israël. Il n'y a qu'à repenser à ce très bel épisode du pharisien et du publicain, dans lequel le pharisien se considère comme non pécheur : merci Seigneur (il fait une action de grâces quand il va prier au temple), merci Seigneur de n'avoir pas fait comme ce publicain, qui ne jeûne pas, qui ne paie pas la dîme. Moi, je fais tout cela.

A ce repas, le pharisien pense à tort ou à raison, ne pas être si mauvais que ça dans son rapport avec Dieu, ou en tout cas, pas très pécheur. Il n'a pas une conscience très vive qu'il est en-dehors de ce que Dieu lui demande.

En revanche, la femme qui vient est une pécheresse publique, et elle, elle a absolument conscience de tous ses péchés. C'est là où Jésus renverse complètement par une simple parabole, l'idée qu'on peut se faire de la manière dont Dieu fait grâce à l'humanité. D'abord parce qu'il faudrait avoir conscience justement que Dieu fait grâce à l'humanité. Le pardon de Dieu ne s'achète pas, il ne s'achète surtout pas si l'on pense être juste, ou si l'on croit ou l'on pense ne pas avoir beaucoup de péchés.

Le carême nous invitant à vivre le sacrement de la réconciliation, je souris toujours quand quelqu'un vient me dire : vous savez, je ne pèche pas beaucoup, c'est vu ou mon âge, ou ma condition, je n'ai pas beaucoup de péchés à confesser, surtout si on commence à me dire qu'on ne s'intéresse pas à ses voisins, du coup, on ne risque pas de pécher, or, c'est un très grave péché que de ne pas s'intéresser à l'autre. Comme quoi, il n'y a pas de justification, on ne peut pas acheter le pardon de Dieu, on ne peut pas se croire de prime abord, moins pécheur. En revanche, et l'attitude de la femme est absolument fondamentale, le péché est entièrement remis. Dieu n'a pas peur du péché. Il remet tous les péchés, ce qui veut dire qu'il n'y a pas un seul péché qui ne puisse pas être pardonné par le Christ. Il peut pardonner tous les péchés et l'on ne doit pas s'enfermer dans l'histoire des mêmes péchés, ou en pensant qu'on n'est pas vraiment pardonné, etc … Dieu, en son Fils, va quand même donner sa vie pour le pardon des péchés ? Il est allé loin, et ce serait faire injure au Seigneur que de croire qu'il ne peut pas pardonner tel ou tel péché, c'est encore de l'orgueil à la limite, que de croire qu'on ne peut s'en sortir que tout seul et que même Dieu n'est pas capable du pardon.

Quand je disais qu'il faut d'abord croire à cette grâce de Dieu, je crois que c'est ce que nous dit finalement cette femme. Elle croit en la grâce du Seigneur Jésus. Elle croit d'abord en sa présence, en sa capacité d'amour, en sa capacité de réconciliation. C'est pour cela que Jésus lui dit une chose importante: "Va, ta foi t'a sauvé", ta confiance en moi t'a sauvé ! Alors que le pharisien met sa confiance en lui, en sa capacité d'être à peu près nickel devant Dieu. Cette femme n'a mis que sa foi et sa confiance dans le Christ et c'est ce qui la sauve, c'est ce qui lui permet de saisir combien Dieu n'a pas peur d'elle, peur de ce qu'elle a fait, puisque Dieu, Jésus, est venu pour elle.

C'est pourquoi saint Paul pourra écrire cette phrase qui est encore aujourd'hui bouleversante : "Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé".

 

AMEN