OSER OFFRIR LA JALOUSIE, LA PASSION ET LE DÉSIR AU PARDON DU CHRIST
Os 2,4+7-9+16-17+21-22; Lc 7, 36-50
Vendredi de la première semaine de carême - année A (18 février 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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I |
l y a quelque chose qui ne se fait jamais dans l'antiquité, c'est faire manger ensemble les femmes et les hommes. C'est trop dangereux, parce que l'excès de nourriture et de boisson pourrait faire naître des désirs un peu dangereux. Et justement, je trouve assez intéressant dans les évangiles, ces deux textes qui peuvent s'éclairer l'un l'autre et nous aider aussi à vivre ce temps du carême. Dans les évangiles, il y a deux femmes qui entrent lors d'un banquet. La première, c'est Salomé, on sait comment ça finit ! L'autre, c'est cette femme pécheresse. Le banquet est un lieu de communion, de rencontres et d'échanges et pour éclairer la signification du banquet par rapport à ce que nous vivons en ce temps de carême, et je pense tout particulièrement au sacrement de réconciliation, et je pense que les deux fonctionnent un peu de la même manière. En effet, nous pensons trop souvent que dans ce moment de réconciliation avec Dieu, nous n'avons pas à y inviter la partie la plus dangereuse de nous-même, qui sont la passion, les sens, le désir. Et en raccourci, je dirais que comme dans l'antiquité on ne faisait pas entrer une femme dans un banquet, nous répugnons à laisser entrer au cœur du sacrement ou dans notre prière, la passion et le désir qui nous habitent. On en a peur, on pense que ça ne doit pas rentrer dans la religion. Et il est toujours intéressant de constater que les intégrismes dans les grandes religions sont ceux qui se méfient le plus des sentiments et des désirs. C'est peut-être la raison pour laquelle, il y a cette grande méfiance vis-à-vis des femmes.
Or, dans cet évangile, c'est l'inverse qui se produit. La présence de cette femme auprès du Christ nous rappelle que la réconciliation, que la communion avec Dieu et avec nous-même ne se fait pas sans cette passion qui nous habite, sans ces sens qui nous habitent. Et dans le moment de la réconciliation avec Dieu nous n'avons pas à les laisser en-dehors de notre vie spirituelle, nous avons au contraire à les faire rentrer mais à les orienter différemment, c'est peut-être pour cela que l'exemple de ces deux femmes n'est pas dénué d'intérêt. Car enfin, le carême est comme le contre point de ce texte de la Genèse où nous pourrions penser que c'est le désir qui est à l'origine de ce péché originel, et nous pourrions trop facilement conclure que si c'est ce désir qui nous a rejetés d'auprès de Dieu, il nous faut aussi rejeter ce désir. En fait, l'évangile et le temps du carême fonctionnent comme à l'inverse. Le Christ n'est pas celui qui va interdire cette passion et ce désir, cette jalousie. Au contraire, le Christ est celui qui va reprendre ces passions et qui va les ré-habiter et les réorienter. Déjà dans l'Ancien Testament, Dieu est un Dieu jaloux. Comme nous l'avons lu tout à l'heure avec le prophète Osée, Dieu un Dieu passionné.
Je crois, frères et sœurs, que nous avons à accepter en ce temps du carême toute cette passion qui nous habite. Nous avons à redécouvrir que le carême n'est pas ce moment où nous devons vivre selon la Loi, car vivre selon la Loi peut avoir pour conséquence le refroidissement de notre vie chrétienne. Ce que Dieu déteste le plus, c'est notre tiédeur. Au contraire, comme cette pécheresse passionnée, tournons-nous vers le Seigneur. Allons l'envahir, car c'est peut-être notre problème comme chrétien ? Nous avons peur, nous pensons que ce n'est jamais le moment de nous convertir, de nous présenter devant le Seigneur. Or, cette femme n'y est pas allée par quatre chemins, elle a forcé la porte dans une société où cela ne se faisait pas et elle allée provoquer le Christ, elle est allée le prendre, le saisir. Elle est allée lui offrir ce qui au départ peut encore être de l'ordre du péché. C'est le Christ qui a repris ce parfum, qui a repris tout ce que cette femme désirait, pour le réorienter vers l'amour de Dieu.
Frères et sœurs, tournons-nous vers le Seigneur, allons vers lui dans cette eucharistie, au pied de son autel pour accepter d'être changés par son amour.
AMEN