UN CŒUR FOU D'AMOUR
Os 2,4+7-9+16-17+21-22; Lc 7, 36-50
Vendredi de la première semaine de carême - année C (9 mars 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'histoire de Marie-Madeleine, c'est un peu l'histoire de chacun de nous, non pas que nous soyons des prostituées, mais nos amours ont été un peu comme cela, selon le vent, selon l'humeur, à l'intérieur de nous, nous avons eu du mal à garder cet amour unique de Dieu, nous nous sommes un peu vendus. Marie brave toutes les règles de la société de son temps, le mouvement qui l'emporte c'est comme un océan, c'est comme une vague, rien ne l'arrête, elle aurait pu être chassée à l'entrée de la maison du pharisien chez qui elle a forcé la porte, elle aurait pu être chassée par les serviteurs qui devaient garder l'entrée, elle aurait dû aller saluer la maître de céans, le pharisien, mais elle court à l'essentiel. Quand elle a vu et discerné, quand son cœur, malgré les broussailles qui l'enfermaient, elle a discerné que Dieu en personne était là, si puissamment présent, elle s'est précipitée. Elle a fait ce que j'aimerais bien faire et que je n'ai peut-être pas le courage de faire, comme chacun de nous. En ce sens elle est l'apôtre et l'envoyée de tous les hommes, elle est là en notre nom, elle se met à genoux, elle embrasse les pieds de Dieu, elle les parfume, elle est plus forte que moi, parce qu'elle a plus besoin d'amour que moi. J'imagine que lorsque nous verrons Dieu face à face à notre propre mort, alors toutes nos inhibitions, nos pudeurs, toutes nos petites règles qui font de nous des pantins un peu sérieux, seront détruits. Nous nous mettrons à genoux devant l'immensité de la gloire de Dieu, devant son amour, devant ce cœur ouvert, plus de place pour des raideurs, et Dieu nous relèvera et il nous dira que ce ne sont pas ses pieds que nous allons embrasser, mais c'est Lui-même. Il va nous étreindre, nous serrer, nous offrir cet amour, mais c'est Lui qui nous relèvera, qui nous serrera.
Cette femme, Marie-Madeleine, elle ouvre la brèche pour tous les humains que nous sommes et qui sont derrière elle, elle est l'ambassadrice. L'évangile est fou, malgré toutes les apparences, les douleurs, les souffrances que notre cœur peut supporter sur cette terre, il y a quelque chose qui traverse tout le temps et qui tient. On peut continuer à aimer et cet amour ne meurt pas. Il est vivant. Ce n'est pas parce que quelqu'un est en Dieu qu'il cesse de nous aimer, au contraire. Très bizarrement d'ailleurs, quand nous perdons quelqu'un, nous l'aimons encore plus et nous sommes encore plus souffrants de cet amour comme s'il venait à manquer et que rien d'autre au monde ne pouvait compter pour nous, parce que l'amour est en Dieu, parce qu'il est puissamment animé de Dieu. Cela ne console pas, cela ne réduit pas la souffrance, la douleur, l'incompréhension, tout peut se composer ensemble, mais il y a une chose qui est certaine, c'est que cet amour traverse même le pire. Rien ne l'arrête, c'est comme un torrent qui depuis le début de la création du monde Dieu a voulu révéler très doucement à travers des histoires, à travers Osée que nous avons entendu tout à l'heure, et puis à travers Marie, là. Elle, elle a vu dans cet homme de l'eau qui coulait, qui devait inonder le monde entier. Elle était la première à saisir. Elle y a mis son corps, ses lèvres, son baiser, ce qu'une femme a de plus intime, ses cheveux. Elle y a mis tout cet être qu'elle avait offert à d'autres hommes, et puis qu'elle a repris pour donner à cet Unique-là, parce qu'il y avait de la place en elle pour un amour unique, puissant, pour un amour pardon pour un amour qui la mettait debout.
L'autre en face, le pharisien, il en est malade, comme on dit parfois, il en est vert ! j'ai failli dire : il est vert de jalousie. Il est vert de sa raideur de ne pas pouvoir se mettre à genoux, il est vert comme quelqu'un qui reste enfermé, comme prostré et pétrifié, il faudrait que quelqu'un brise le cristal de sa glace, de cette banquise qu'est son cœur, c'est comme les enfants qui boudent, il est enfermé en lui-même, c'est plus fort que lui, alors qu'il faudrait qu'il se brise un peu, qu'il s'écoule, qu'il pleure.
Ces deux figures-là, c'est nous. Je ne suis pas comme le pharisien, mais en même temps, je n'aurai pas le courage de Marie. Je ne serai pas aussi dur que le pharisien, mais en nous, il y a ce débat, il y a ce conflit. L'Église nous propose d'entendre le souffle, le chant du cœur de Marie. Imaginez dans le cœur de Marie, quand elle a touché enfin les pieds de Dieu et qu'elle a laissé son cœur s'épancher, se guérir. Imaginez qu'au moment où elle touche les pieds du Christ son cœur tout délabré, plein d'éclats se reconstitue, devient cette chose sensible si belle et si humaine, le cœur d'une femme qui aime.
Rejetons le pharisien qui est tout vert de jalousie, tout enfermé en lui, avec ce cœur ratatiné qui n'ose plus s'ouvrir. Moins on aime, plus on a peur d'aimer, plus ça fait mal au début. C'est pour cela que le Christ, tout au long de notre vie nous apprend, tout doucement à nous laisser envahir par cet amour pour que le jour où nous le verrons face à face, nous soyons transformés, envahis, que nous lui disions quand nous le verrons : c'est moi et c'est Toi. Que Marie nous ouvre en ce jour à cette rencontre qui commence toujours un peu avant, qui commence aujourd'hui et qui continuera demain jusqu'à la fin de nos jours, jusqu'au jour de notre rencontre avec Lui.
AMEN