LE PARFUM DE L'AMOUR

Os 2,4+7+8-9+16-17+21-22; Lc 7, 36-50
Vendredi de la première semaine de carême - année A (1er mars 1996)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

F

rères et sœurs, nous venons d'entendre un pas­sage clef, à la fois pour saisir la miséricorde de notre Sauveur mais aussi pour entrevoir le génie propre de la femme. Entrevoir le génie de la femme qui sait à partir du parfum, à partir de ce qu'il y a peut-être de plus futile, de plus volatile, un parfum qui sait à partir de cela faire de grandes choses. Quand la femme dans la Bible utilise le parfum, elle ne fait rien de moins qu'accomplir sa vocation pro­fonde. Et la vocation profonde de la femme c'est sans doute un certain prophétisme de la sainteté. Elle a en quelque sorte en elle d'engendrer à la sainteté. D'en­gendrer qui ? D'engendrer des hommes à la sainteté. La femme trouve là son rôle essentiel à travers l'utili­sation qu'elle fait du parfum dans la Bible. Elle a des sortes d'intuition très profondes, des sortes d'inven­tions, un peu comme Marie à Cana, profitant d'un manque de vin, inaugure de noces nouvelles entre le vin et le sang. Et là, dans ce passage de l'évangile, s'inaugurent aussi des nouvelles symboliques, de nou­velles harmoniques sur le parfum Le parfum on le retrouve d'abord dans le Cantique des Cantiques au chapitre premier quand la bien-aimée dit : "l'arôme de tes parfums est exquis" et peu après : "entraîne-moi sur tes pas, nous courrons". Jusque-là, les hommes avaient offert des parfums à Dieu, mais la bien-aimée a l'audace de dire que Dieu est parfumé, que Dieu a un certain parfum et que c'est à ce parfum que l'âme doit se précipiter, se jeter. C'est à ce parfum que l'âme doit courir. C'est le parfum de l'amour. C'est le par­fum très particulier que met la femme, l'homme que l'on aime. C'est ce parfum qui éveille en nous ce sen­timent amoureux. La bien-aimée du Cantique relie l'amour au parfum. C'est la toute première invention de la femme au sujet de ce parfum.

La deuxième invention, c'est aujourd'hui qu'elle se passe. C'est au cours du repas chez Simon le pharisien. Là encore, il v a une nouvelle audace, une nouvelle invention car on n'avait encore jamais mêlé les larmes et le parfum. On n'avait encore jamais mêlé l'eau salée des larmes et ce qu'il y a de plus volatile : le parfum. Le parfum qui était déjà lourd du poids de l'amour et bien le parfum maintenant va devenir lourd du repentir de cette femme. Et la différence entre le remords et le repentir est très simple. Le remords concerne nous-mêmes. Le remords c'est une espèce de dialogue entre nous et nous. C'est nous qui n'arri­vons pas à nous pardonner nos fautes. C'est nous qui sommes toujours en train de rester sur nos manque­ments tandis que le repentir concerne Dieu. Le repen­tir concerne notre relation avec Dieu. Le repentir concerne le péché et le péché est toujours un manque par rapport à Dieu. C'est pourquoi le péché est pro­prement théologique. Le péché n'est pas une faute contre le processus d'humanisation ou une faute contre un manque à être humain : le péché concerne d'abord Dieu. Et cette femme va, en offrant le parfum à Jésus, faire un acte de foi car lorsque nous confes­sons nos péchés à un prêtre, lorsque nous demandons pardon à Dieu pour nos péchés, nous faisons un acte de foi. La petite pécheresse, la petite Marie pardon­née, invente le lien entre le parfum et la foi. C'est aussi quand après la mort du Christ sur la croix, le Seigneur est enseveli. A ce moment-là, l'espérance de tous les siècles est concentrée sur l'humanité du Sau­veur. Et là encore, la femme a ce prophétisme de la sainteté alors que toute l'Église est dispersée, toute l'Église est cachée au jour du sabbat, au jour où l'espé­rance est ramassée sur la personne du Sauveur dans le tombeau, des femmes préparent des parfums. Encore des parfums. Mais cette fois-ci, le parfum de l'espé­rance. L'espérance de retrouver sans doute, un jour, le Sauveur. L'espérance qui est plus forte que la peur. Les femmes en apportant leurs parfums portent en­core cette espérance qui a comme déserté l'Église.

Nous qui sommes si attirés par l'amour, la foi et l'espérance et qui ne savons pas comment faire surtout nous, les hommes, nous n'avons pas l'habitude de mêler le parfum avec tous les sentiments, il faut que nous nous mettions à l'école de la bien-aimée du Cantique, de cette femme pécheresse chez Simon le pharisien. Et que nous nous mettions à l'école aussi de ces femmes qui courent au tombeau pour une espé­rance complètement neuve. Alors, frères et sœurs, puisque le Sauveur nous invitait en ce début de ca­rême à nous parfumer la tête pour ne pas avoir l'air trop contrits quand nous jeûnions, puisque le Sauveur nous invite à nous parfumer, parfumons-nous de foi, d'amour et d'espérance à l'école de ces femmes qui nous précèdent.

 

 

AMEN