LE PARDON

Os 2,4+7-9+16-17+21-22; Lc 7, 36-50
Vendredi de la première semaine de carême - année C (26 février 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Le repas chez Simon le pharisien

 

F

rères et sœurs, cet évangile est bien connu et nous en tirons un peu comme habituellement avec les fables, une sorte de morale très simple : ce ne sont pas les gens les plus vertueux qui iront au paradis, il arrive de temps en temps que ce soient des pécheresses, des pécheurs, des gens de vie plus ou moins recommandable.

Vu à ce niveau-là, c'est sûr que c'est un peu superficiel. En effet, la démarche de cette femme est en réalité assez complexe. Ce qui est étonnant, c'est qu'elle a cru avant même de rencontrer Jésus, simplement peut-être sur la réputation de ce rabbi qui se promenait sur les chemins de Galilée, elle a vraiment cru au pardon qui pouvait lui être accordé. Je crois que quand on y réfléchit, c'est ce qu'il y a de plus remarquable. Elle qui était payée pour savoir, c'est le cas de le dire, pour savoir ce qu'était être maltraitée, être considérée comme rien, elle a cru vraiment que Jésus n'aurait jamais ce regard sur elle. Elle avait été habituée à être méprisée, à être considérée comme une rien du tout, mais elle s'est dit qu'avec cet homme-là, elle pouvait utiliser tous les procédés de la séduction qui étaient en son pouvoir. Quand même, aller lui caresser les pieds, les lui embrasser, ce n'est pas une démarche tout à fait neutre, convenez-en, c'est assez audacieux (il y a peut-être des hommes qui aimeraient cela !), là, elle y est allée comme elle était, et elle a pensé : lui, ce n'est pas possible qu'il me méprise.

On comprend que sa démarche ait choqué, parce que le pharisien lui, avait traité Jésus aussi comme il pensait qu'était Jésus. Il l'avait invité comme un hôte qui lui ferait honneur. Lui-même était sans doute un homme très respectable dans le village où il vivait, il était sans doute quelqu'un qui parlait de choses sérieuses, il avait de la culture, il avait de la religion, il correspondait à tous les critères et à tous les canons qu'on peut imaginer de respectabilité. Et lui aussi, il a cru que Jésus était comme lui, il a cru qu'il fallait simplement inviter Jésus comme on fait un petit colloque entre rabbins, ou un petit repas où l'on invite le curé pour parler du sacré et des dernières dévotions à la mode. C'est vrai que ce à quoi Jésus réagit, c'est à la manière dont l'un et l'autre ont cru pouvoir cerner son personnage.

Je crois que c'est là où le récit de cette conversion et l'accueil de la femme pécheresse nous touche au plus profond. Le vrai problème, et c'est le cœur même de notre démarche de conversion pendant le carême, c'est de reconnaître dans quel format nous avons capturé Dieu. Est-ce que nous avons classé Jésus dans une sorte de respectabilité religieuse qui, finalement, nous convient assez bien ? Ou bien et-ce que nous sommes assez lucides sur nous-mêmes pour voir qu'au coeur même de notre détresse et de notre péché, car nous sommes tous marqués par cette détresse du péché, est-ce que nous sommes à partir de cette expérience du péché capables de deviner que le véritable visage de Dieu c'est la miséricorde ? C'est certain que dans notre vie nous avons sans cesse la tendance à en remettre une couche pour ne pas voir ce point aveugle de nous-même dans lequel nous découvrons notre fragilité et notre péché. Nous n'aimons pas nous regarder pécheurs. C'est pour cela que nous ne savons pas bien voir Dieu comme sauveur et comme miséricorde.

Le carême n'est pas tant un exercice d'efforts et d'améliorations. C'est plutôt un chemin qui nous fait découvrir nos limites et notre incapacité. A partir du moment où comme la femme pécheresse on se rend compte qu'on n'a plus rien, comme elle qui n'a plus que ce moyen de séduction touchant, mais un peu provoquant quand même qui est d'aller verser du parfum sur les pieds d'un homme et même pas chez elle. C'est précisément quand on a mesuré la pauvreté de notre propre vie, la détresse de notre péché, et la pauvreté des moyens que nous avons, qu'à ce moment-là, peut-être, peut s'éclairer en nous le visage de Dieu comme tendresse, miséricorde et pardon.

 

AMEN