SES NOMBREUX PÉCHÉS LUI SONT PARDONNÉS
Os 2, 16-22 ; Lc 7, 36-50
Vendredi de la première semaine de carême - année C (21 février 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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es nombreux péchés sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup aimé !" C'est donc que l'amour de Marie-Madeleine la pécheresse pour Jésus est la cause du pardon. Et en même temps Jésus a dit au pharisien : "Lequel des deux débiteurs montrera le plus d'amour ?" et le pharisien avait bien répondu : "Celui à qui l'on a remis davantage." C'est donc que l'amour est aussi la conséquence du pardon. Cela revient à dire que l'amour et le pardon c'est la même chose. Il y a une interaction, une interpénétration mutuelle entre le pardon que Dieu nous donne et l'amour qui naît dans notre cœur.
Le pardon ce n'est pas seulement un acte par lequel Dieu ne tient pas compte de nos péchés, ce n'est même pas seulement un acte par lequel Dieu effacerait nos péchés. Le pardon c'est en quelque sorte l'anti-péché, c'est le contraire du péché. Le péché c'est le refus d'amour, l'indifférence à l'amour, le manque d'amour. Le péché c'est l'attitude de ce pharisien qui, se croyant juste, n'éprouve pas le besoin d'aimer Jésus, n'éprouve pas le besoin d'être aimé par Lui. Il l'a invité pour un échange intellectuel, peut-être par politesse, peut-être par curiosité, peut-être dans le désir de partager avec ce prophète quelque question théologique profonde, mais ce n'est pas une relation d'amour qu'il a avec le Christ. Et dès que Jésus se laisse toucher les pieds par cette pécheresse, et pour les pharisiens toucher un pécheur, c'était devenir soi-même impur, c'était contracter par ce contact, une participation à l'impureté du pécheur, dès que Jésus accepte d'être rendu impur en quelque sorte par le contact avec le péché de la pécheresse, le pharisien méprise Jésus. Il le regarde de haut, il se fait le juge de cet homme qu'il avait invité à sa table et qui ne connaît pas les usages de la Loi, qui ne sait pas se prémunir contre le danger des impuretés légales. Ce pharisien n'a pas d'amour dans son cœur.
Tandis que la pécheresse qui vient vers Jésus va retrouver l'amour. En se laissant toucher par elle, Jésus prend en quelque sorte sur Lui le péché de cette femme. La façon de voir des pharisiens était bien étroite, bien matérielle : entrer en contact physique avec un pécheur, c'était contracter quelque chose de son impureté, mais dans le cas de Jésus et de cette femme, cette façon de voir des pharisiens prend tout à coup une allure prophétique. C'est bien vrai que Jésus, en venant toucher les pécheurs que nous sommes, en se laissant toucher par nous, prend sur Lui notre péché et Il nous donne son amour. Et cette femme, tout à coup, et déjà, est remplie d'un immense amour qui est son pardon, qui est tout à la fois la cause et le signe et la manifestation de son pardon. Jésus restaure dans son cœur la capacité d'aimer que ses péchés lui avaient fait perdre. Et c'est pourquoi elle est vraiment pardonnée, c'est-à-dire ressuscitée, entièrement renouvelée, reconstruite de l'intérieur par cet amour que Jésus lui donne en échange de ses péchés qu'Il prend sur Lui.
Quand nous nous approchons du Christ c'est réellement pour recevoir cet amour qui vient de Lui, cet amour dont son cœur est débordant et qu'Il ne veut pas simplement exercer à notre égard mais communiquer pour qu'il devienne nôtre et pour qu'ainsi nous soyons véritablement délivrés de notre péché, c'est-à-dire de ce manque d'amour qui, sans cesse, stérilise notre cœur, notre vie. Nous avons besoin d'aimer pour être heureux, pour être sauvés. Et pour aimer, il faut d'abord que nous soyons aimés. Le Christ nous aime et nous donne son amour. Il nous apprend à aimer. Il nous conduit avec Lui sur le chemin de l'amour et c'est comme cela qu'Il nous sauve. Il nous sauve de notre malheur, Il nous sauve de notre enfermement, Il nous sauve de notre isolement, Il nous sauve de notre indifférence, Il nous sauve de notre égoïsme. Le Christ nous sauve de toutes ces barrières qui nous enferment sur nous-mêmes et Il nous ouvre à l'amour.
C'est l'expérience même que le prophète Osée avait faite dans son cœur quand, trahi par son épouse, il avait découvert qu'il l'aimait encore et que cet amour qu'il avait en lui pour son épouse qui l'avait trompé, il pouvait le lui redonner. Et elle pouvait ouvrir son cœur à cet amour et être ressuscitée par cet amour. "Je te fiancerai à moi pour toujours. Je te fiancerai à moi dans la fidélité et dans la tendresse et dans la douceur. Je te rendrai cette vallée qu'on appelait "vallée du malheur, val d'Akor" et j'en ferai pour toi une porte d'espérance. Et je répondrai pour toi au ciel et le ciel répondra à la terre". Osée voulait rendre tout son amour à son épouse et il découvrait que ce mystère qui se passait dans son cœur, et entre son cœur et le cœur de celle qu'il aime, c'est la même chose qui se passe entre le cœur de Dieu et notre cœur de créature pécheresse. Oui, Dieu nous aime tellement qu'Il ne peut pas cesser de nous aimer et qu'il n'a de cesse de nous avoir rendu l'amour, de nous avoir restaurés dans l'amour.
C'est cela le pardon de nos péchés. Rendons grâce pour cette infinie tendresse qui vient nous chercher là où nous sommes, qui vient prendre sur Lui notre péché pour nous ressusciter par son amour.
AMEN