SIMON ET LA PÉCHERESSE

Os 2, 16-22 ; Lc 7, 36-50
Vendredi de la première semaine de carême - année A (13 mars 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN


Repas chez Simon

C

 

'est certain que, dans la pensée de Luc, ce texte qu'il rapporte dans son évangile, touche d'abord l'histoire d'Israël. Simon représente le peuple d'Israël qui a connu la Loi, qui a pratiqué la Loi, mais qui est trop resté au niveau de la Loi, sans découvrir ce qu'elle portait vraiment. Et, lorsque le Christ vient dans ce peuple, Il n'est pas reçu. Alors que la pécheresse qui n'avait pas la Loi, qui était de mauvaise vie, qui était de vie païenne, représente toutes les nations païennes qui n'ont pas bénéficié de la première alliance, mais qui, à cause de leur péché, à cause aussi de leur désir d'être sauvées se sont jetées aux pieds du Christ et l'ont reconnu, et leurs péchés sont pardonnés.

Mais il faut aussi penser que cet évangile s'applique non seulement au peuple d'Israël ou aux nations païennes, mais aussi à nous-mêmes parce que en nous il y a de l'Israël et des nations païennes. Tout à l'heure dans Osée, nous lisions cette phrase : "Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur." Et nous avons entendu dans l'évangile ce simple mot : " Simon, j'ai quelque chose à te dire". Simon était pharisien. Il était juste aux yeux de la Loi, il pratiquait cette loi. Il était régulier dans la vie de la religion juive. Probablement qu'il pensait aimer Dieu. Il était poli, il savait discuter avec les gens intéressants, probablement comme le Christ l'était à ses yeux, il avait du bon sens. Mais au fond il lui a manqué quelque chose d'essentiel. C'est que sa religion n'était qu'une religion de principes ou de pratiques, même justes et il n'a pas su être amoureux de Dieu lorsque Dieu s'est présenté chez lui. Et son cœur fermé sur ses propres richesses n'a pas su écouter ce mot : "Simon, j'ai quelque chose à te dire."

Alors que la pécheresse avait non seulement perdu sa réputation, ce qui est peu de chose, mais elle avait perdu, ce qui est bien plus important, la paix de son cœur. Son cœur était divisé. Son cœur était partagé. Son cœur était blessé. Et je crois que c'est la grande différence entre ces deux personnages : le cœur de Simon n'était pas blessé, alors que le cœur de la pécheresse était blessé. Blessé par quoi ? Par le péché. Simon ne se reconnaissait pas pécheur mais juste. La pécheresse se reconnaissait injuste par son péché. Et elle, a entendu, par cette blessure de son péché, cette parole du Christ et elle a reçu, dans son cœur, le message du Seigneur, et elle a su être amoureuse du Christ. "Elle m'a embrassé. Elle m'a accueilli. Elle m'a oint de parfum, alors que toi, Simon, tu n'as rien fait de cela." Tu n'as pas su être amoureux de ton Dieu lorsqu'il est venu, chez toi, te visiter.

Frères et Sœurs, n'est-ce pas qu'il y a, en nous, beaucoup de Simon ? et beaucoup de la pécheresse ? Mais il faudrait que, comme la pécheresse, à cause de notre péché, à cause de notre cœur blessé et brisé par le péché, nous puissions devenir amoureux de Dieu. Ce n'est qu'à cette condition-là que nous entendrons cette parole de Jésus : "Ta foi t'a sauvée. Va dans la paix." Je me souviens de cette très belle parole, très belle et très dure parole de Georges Bernanos : " Tous ces gens corsetés dans leur vertu dont le cœur ne se mouille pas à la grâce."

 

AMEN