LE MAGNIFICAT DE MARIE FILLE DE SION
So 3, 14-18 a ; Lc 1, 46-56
Mardi de la quatrième semaine d'Avent – B
(21 décembre 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e cantique du Magnificat, non seulement accomplit ce que le prophète Sophonie nous annonçait dans la première lecture : "Le Seigneur au milieu de son peuple", Il est plus qu'au milieu de son peuple, Il est dans le sein même de Marie, le Seigneur qui exulte de joie et danse pour Israël avec des cris de joie non seulement donc le Magnificat réalise cette prophétie mais encore ce cantique est tissé de citations de l'Ancien Testament qui viennent ainsi converger dans la bouche de Marie.
Citation du Deutéronome : "Dieu a fait pour moi de grandes choses".
Prophète Malachie : "Toutes les nations te déclareront heureux !"
Livre d'Esdras : "Dieu a exaucé sa servante. Il a regardé mon humilité".
Prophète Habacuc : "Je veux tressaillir de joie en Dieu mon Sauveur." C'est comme une broderie où tous les fils de l'Ancien Testament sont tissés les uns avec les autres pour faire éclater cette joie de Marie. D'ailleurs le Magnificat se termine explicitement par l'allusion à Abraham et à sa descendance à qui a été faite par Dieu la promesse. Promesse qui d'Abraham aboutit à Marie et dans la bouche de Marie remonte de sa joie personnelle jusqu'à la joie d'Abraham.
Ainsi, dans le Magnificat, Marie apparaît pleinement comme "la fille de Sion" dont l'Ancien Testament a si souvent parlé. La fille de Sion c'est-à-dire Jérusalem elle-même comme résumé du peuple élu. La Fille de Sion c'est-à-dire ce peuple qui, comme une fiancée, une épousée, retourne vers son Seigneur. La fille de Sion c'est Marie qui rassemble en elle toute l'attente d'Israël. C'est Marie qui est le résumé de tout l'Ancien Testament.
On dit souvent que, en Jean-Baptiste, se concentre toute l'attente des prophètes et des patriarches et qu'il est ainsi à la porte de la Nouvelle Alliance, comme le témoin de cette préparation dans l'Ancienne Alliance de ce qui va maintenant se réaliser. Mais ce qui est vrai de Jean-Baptiste est vrai plus encore de Marie car si Jean-Baptiste accomplit l'office du prophète, Marie, c'est dans sa chair qu'elle résume tout ce qu'est l'Ancien Testament pour donner chair au Christ Jésus, Alliance Nouvelle. En Marie c'est l'humanité tout entière, c'est l'humanité concentrée dans ce peuple d'Israël qui en est comme la fine pointe et comme le résumé, c'est l'humanité tout entière qui attend Dieu, qui s'ouvre à Dieu, qui reçoit Dieu, qui enveloppe de sa chair ce Dieu qui vient parmi nous. En Marie, c'est tout ce que nous sommes, c'est ce que l'humanité de tous les temps a été, est et sera qui se trouve comme rassemblée, résumée, concentrée. Marie est en quelque sorte l'aboutissement, elle est l'accomplissement de l'humanité. Marie c'est l'humanité tout entière amenée à sa plus haute incandescence pour recevoir, pour être le lieu d'accueil et de contact avec Dieu. C'est toute la raison d'être de l'humanité que d'attendre Dieu, que de recevoir Dieu, que d'être accomplie par la présence de Dieu. Cette raison d'être de l'humanité, cette raison d'être de chacune de nos vies, cette raison d'être profonde de ce que nous sommes, c'est en Marie que cela prend sa totale vérité. C'est pourquoi il y a entre Marie et nous une immense proximité, une très grande intimité. C'est pourquoi nous sommes si proches par le cœur de Marie parce que tout le sens de notre vie se dessine et se précise en elle.
Tournons-nous vers la Vierge Marie, non pas comme un être exceptionnel, lointain ou comme une sorte de déesse, mais au contraire comme la Fille de Sion, comme la fille de l'humanité, comme la perfection de notre race, comme celle en qui nous nous reconnaissons, comme celle qui nous appelle à devenir ce que nous devons être, comme celle en qui se réalise le dessein de Dieu sur chacun de nous.
AMEN