LE SENS DE LA NOUVEAUTÉ

Gn 18, 1-14 ; Lc 1, 5-25

Lundi de la quatrième semaine de l'Avent – B

(19 décembre 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Le mutisme de Zacharie   (Notre-Dame du Sablon - Bruxelles)

 

F

rères et sœurs, nous avons entendu aujourd'hui deux annonciations qui annoncent deux naissances. Hier, c'était l'annonciation de l'ange à Marie, et aujourd'hui, c'est l'annonciation de l'ange à Zacharie. Ces deux lectures nous permettent de mieux comprendre le sens de la nouveauté. Mais la nouveauté est différente entre l'annonciation d'hier et l'annonciation d'aujourd'hui.

Hier, si j'ose utiliser ce mot qui doit vous sembler un peu incongru, l'annonciation était de l'ordre d'une bifurcation. La nouveauté était adressée à une jeune femme pleine de potentialités, pleine de possibilités, ouverte totalement à un avenir pour elle, pour fonder une famille, pour avoir des enfants. La nouveauté hier c'était de proposer à la Vierge non pas un avenir, elle en avait un, mais un avenir différent.

Aujourd'hui, c'est autre chose, la nouveauté à laquelle nous avons à faire, s'adresse, que ce soit dans la première lecture et dans l'évangile, à des couples dont tout porte à croire qu'il n'y a plus d'avenir. Hier, c'était un avenir qui allait devenir différent, aujourd'hui, c'est donner un avenir car, que ce soit pour Abraham et Sara d'un côté, que ce soit pour Zacharie et Élisabeth de l'autre, il n'y a pas d'avenir. C'est cela l'autre nouveauté : c'est proposer une ouverture à un monde usé, représenté sous la forme d'un couple âgé et stérile, et en même temps, vous voyez combien cette nouveauté, qu'elle s'adresse à une certaine jeunesse remplie de potentialités, ou qu'elle s'adresse à des couples usés et vieillis, vous voyez la force de proposition de la part de Dieu pour chacun d'entre nous. Je vous rassure, il y a des jeunes qui sont déjà très, très vieux et pour qui il n'y a aucun avenir, et il y a des personnes âgées qui sont encore très, très jeunes, ouvertes à toutes sortes de potentialités.

Mais ce que je veux dire, vous le voyez dans ces deux textes qui nous invitent à méditer sur chacun d'entre nous, mais aussi sur nos sociétés. Le problème de nos sociétés aujourd'hui, c'est exactement cela. Nous avons l'impression pour nous-même que ce n'est pas de bifurquer vers d'autres propositions, mais c'est que nous n'avons plus rien à proposer. Face à cet avenir qui semble bouché, il y a d'une part le comportement d'Abraham et de Sara, qui face à la promesse de Dieu, ils vont bricoler. Puisque Dieu leur a promis un enfant, ils vont essayer de trouver par des moyens humains, comment répondre à la promesse de Dieu. Ce fils puisqu'ils ne peuvent pas en avoir un, ce sera le serviteur qui héritera de tous leurs biens, peut-être que c'est cela que Dieu voulait de leur part. Puis, Sara va même demander à Abraham d'aller vers la servante pour avoir un fils ! Quand on est usé, on essaie de trouver à court terme, une solution.

Il y a un autre comportement, c'est celui de l'évangile où l'on n'attend plus rien ! On attend que le temps passe, et advienne que pourra. Or, ce cas précis de Zacharie et d'Élisabeth a débouché sur le silence pour Zacharie avec cette phrase toujours un peu énigmatique : en quoi Zacharie a-t-il péché pour être puni ? Mais aussi, alors qu'ils auraient pu se réjouir au moins dans le silence de la naissance d'un fils, cette promesse de naissance reste encore cachée pendant un certain temps. Que l'on soit invité ou obligé à changer nos projets d'avenir, qu'on trouve un avenir là où tout semblait bouché, il y a un temps de latence où le silence et le recueillement nous permettent d'accueillir la nouveauté, ce qui n'était pas prévu, pour comme le digérer, et l'insérer dans notre vie et la rendre logique avec notre passé.

C'est ce silence auquel nous sommes aussi conviés pendant ces quelques jours qui nous séparent maintenant de la fête de Noël, de la fête de la nouveauté. Que ce silence auquel nous sommes invités soit l'occasion pour chacun d'entre nous, que l'on se reconnaisse dans les potentialités comme pour la vierge Marie, que l'on se reconnaisse plutôt dans le couple de Zacharie et Élisabeth, ou d'Abraham et Sara, que le silence que nous allons prendre maintenant nous fasse découvrir que Dieu est celui qui propose toujours une ouverture, un avenir, un futur à chacun d'entre nous, pour le déploiement de son plan de salut.

 

AMEN