LES TEMPS SONT COURTS
Ml 3, 1-4 +23-24 ; Lc 1, 57-66
Lundi de la quatrième semaine de l'Avent – B
(22 décembre 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, les temps sont courts ! pas seulement parce que Noël se profile à quelques jours et qu'il faut accélérer l'achat des cadeaux et la préparation de la belle table que vous voulez faire chez vous pour inviter tous ceux que vous aimez, mais les temps sont courts pour une autre raison, les temps sont courts dans notre société occidentale. Pourquoi ? Nous sommes dans une société qui veut absolument en toute circonstance, à chaque moment, pouvoir analyser de la manière la plus précise, tous les événements vécus. Nous demandons actuellement d'avoir un regard qui est objectif et aussi précis que le regard que portait l'historien sur des événements qui se sont passés il y a des dizaines d'années. Pendant des siècles, la différence entre le journaliste et l'historien, c'était que le journaliste s'occupait des événements actuels, tandis que l'historien s'occupait des événements un peu plus anciens. On reconnaissait donc qu'on ne pouvait pas analyser un événement contemporain comme on peut analyser un événement un peu plus lointain.
C'est une démarche extrêmement sage. Comme vous l'avez entendu dans cet évangile et qui fait suite à l'apparition de l'ange à Zacharie dans le temple, c'est exactement ce problème qui se pose à Zacharie. Il vit un événement prodigieux, et la parole lui est retirée. Il peut être comparé à certains d'entre nous, quand nous vivons tel ou tel événement, et que nous nous retrouvons incapables de mettre des mots sur ces événements. Nous ne savons pas où nous sommes, et nous ne savons pas le sens de ce qui est vécu. Comme je le disais au début, et c'est un peu le fonctionnement de cette société actuelle, nous en sommes désespérés parce que nous croyons que notre salut tient à la capacité que nous aurons de mettre tout de suite des mots sur ce qui se passe dans notre vie ou dans la vie de ceux qui nous entourent. L'évangile nous rappelle quelque chose d'élémentaire, c'est ce silence qui doit se produire, qui doit exister, grandir, s'épanouir dans notre cœur, exactement comme le petit enfant qui prend son temps pour grandir et s'épanouir dans le sein de sa mère.
J'ai envie de dire qu'il n'y a pas qu'Élisabeth qui vit une grossesse, il y a aussi Zacharie qui vit sa propre grossesse vis-à-vis de cet événement qui vient de lui arriver et dont il ne sait quoi dire. C'est au moment de la naissance que Zacharie retrouve la parole. Quelle est la découverte de Zacharie par rapport à cet événement ? Je crois qu'il va découvrir quelque chose de très beau. Il va découvrir que la nouveauté ne doit jamais se faire au détriment de la tradition, et la tradition ne doit jamais se faire au détriment de la nouveauté. Dans l'évangile que nous venons d'entendre, la première à vouloir bouleverser les lois naturelles du fonctionnement de la société hébraïque de ce temps, c'est Élisabeth. C'est une femme qui décide à son propre compte de donner le prénom à son enfant, et en plus, elle ne veut pas donner le prénom de son mari, ce qui n'est absolument pas dans les usages du temps. Les gens de son entourage lui disent que ce n'est pas possible, le fils doit recevoir le prénom de son père, car il faut que le fils soit là pour perpétuer ce qui a toujours existé. Dans la société ancienne, le fils, on lui donne naissance parce que son travail c'est d'être fidèle à tout ce qui s'est fait et qui doit continuer à perdurer. Zacharie se saisit donc de son stylet et écrit : "son nom est Jean". Zacharie qui est le gardien de la tradition en tant que père de famille, entérine cette nouveauté profonde qui va rejaillir dans leur famille et dit : non, ma femme a raison.
C'est là que nous avons effectivement le lien entre la tradition et la nouveauté. Jean-Baptiste est dans la continuation de toute cette lignée de fils spirituels de ceux qui annoncent la parole de Dieu et la venue du Fils de Dieu au milieu du monde, mais en même temps, cette tradition n'est pas figée, elle va être comme bouleversée et transformée par cette nouveauté qui réside au cœur même de ce prénom qu'il reçoit et qui est Jean.
Frères et sœurs, ne soyons pas saisis par une crainte face au silence qui peut nous habiter, face à l'impossibilité que nous avons à mettre des mots ou des idées sur ce que nous traversons, mais laissons faire les choses dans la confiance, un peu comme la femme qui ressent dans son sein cet enfant qui grandit, pour un jour pouvoir contempler face à face le visage de cet enfant, mais aussi de Zacharie qui laisse aussi grandir dans son cœur ce mystère et ce silence auquel il était confronté. N'ayons pas peur de ce silence, car c'est le silence de Dieu, non pas qu'il se taise à notre cœur, mais parce qu'il veut nous laisser le temps d'acquérir une certaine maturité pour mieux comprendre ce que nous avons vécu auparavant. Peut-être faut-il laisser du temps à certaines choses, pour en saisir leur sens bien après. Et aussi, que cet évangile soit pour nous l'occasion de renouveler, de donner un sens nouveau à ce qui quelquefois est trop ancré comme une tradition dans notre cœur, la vie chrétienne est ses rites. Laissons-nous toucher par Jean-Baptiste, celui qui par son nom nous invite à renouveler la grâce que le Seigneur donne à chacun d'entre nous.
AMEN