DU PRÊTRE AU PROPHÈTE
Is 62, 1-5 ; Ac 13, 16-17+22-25 ; Lc 1, 67-79
Lundi de la quatrième semaine de l'Avent – A
(24 décembre 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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n achevant la liturgie du temps de l'Avent par le chant du Benedictus, c'est vraiment la concentration de toute la dimension d'espérance qui est ainsi évoquée. Zacharie représente l'ordre établi de l'Ancien Testament, le prêtre fidèle aux consignes qui va accomplir le sacrifice dans le temple, au jour fixé, à l'heure fixée, porté par la prière du peuple. Zacharie c'est celui qui pense que Dieu doit agir selon la Loi, selon les préceptes, selon l'ordonnance des sacrifices du temple.
Il est comme surpris décontenancé par le surgissement de la présence de l'ange qui lui annonce l'inouï de Dieu dans sa vie alors qu'il s'était résigné à perdre la descendance à laquelle il devait tenir beaucoup parce que la charge de prêtre était héréditaire et que normalement chaque prêtre avait comme devoir de consacrer son fils aîné au service du temple, alors qu'il avait renoncé à ce qui pouvait constituer la mission la plus précieuse, la plus indispensable d'assurer la continuité, Zacharie est provoqué et il n'y croit pas.
Au fond, Zacharie représente dans nos vies l'incroyable, c'est-à-dire tout ce domaine dont nous rêvons, et dont nous pensons que de toute façon, ce n'est pas pour nous. C'est cela qui le rend à la fois très touchant parce que c'est un homme réaliste, un homme modeste, qui sait qu'il n'est pas fait pour les grandes responsabilités, les grands enjeux de la vie de son peuple. Il sait simplement qu'il doit se tenir à sa place là où il est et que normalement, tout doit se passer comme c'était prévu. C'est l'homme du calendrier, c'est l'homme de la régularité, c'est l'homme de l'enracinement, et pour lui, la fidélité, la fixité, c'est tout.
Or, non seulement il est rendu muet par son incrédulité, parce qu'il doute de ce que Dieu peut faire, mais au moment même où il assiste à la naissance de son enfant, il est transformé de prêtre en prophète. Luc prend bien soin de dire : "Alors Zacharie prophétisa en disant …" C'était assez rare. Il y a quelques exceptions dans l'Ancien Testament, en général les prophètes n'étaient pas issus du milieu sacerdotal. Ici, se renouvelle cette espèce de transformation mystérieuse : celui qui était simplement le prêtre devient le prophète des temps nouveaux. C'est normal, il est le père du plus grand des prophètes et à la naissance de son fils, il participe à cette dimension prophétique que son fils devra accomplir et achever pleinement.
Chaque fois que nous chantons le Benedictus, nous le chantons le matin, pendant les Laudes nous devrions le chanter chaque jour comme une prophétie. Non pas comme l'accomplissement rituel de l'office, mais comme la possibilité que le jour qui nous est donné voie s'ouvrir les possibilités nouvelles de la grâce et du salut de Dieu dans nos vies et autour de nous. C'est le sens même de cette prière. La prière de Zacharie, c'est de dire : tout ce que j'ai cru jusqu'à maintenant je pensais que Dieu était comme contenu, contraint et limité à la tradition de l'Écriture et par la tradition du sacerdoce de Jérusalem. Et voici que Dieu crée l'inouï dans la naissance de mon fils. Et la naissance de mon fils, c'est l'annonce d'une naissance plus grande encore, c'est l'annonce du salut de Dieu qui va naître sur terre.
Frères et sœurs, que nous puissions surtout pendant ce temps de Noël qui va se dérouler, chanter le Benedictus avec le même émerveillement que celui qui fut dans le cœur de Zacharie, lorsqu'il fut transformé de prêtre de l'Ancien Testament en prophète de la Nouvelle Alliance.
AMEN