LA VISITATION DE MARIE À ÉLISABETH

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45

Lundi de la quatrième semaine d'Avent – A

(21 décembre 1992)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous savons que la démarche de la vierge Marie vers Elisabeth a été motivée par ce que l'ange lui avait annoncé : "Elisabeth, dans sa vieillesse, elle qu'on disait stérile, porte aussi un enfant, elle en est à son sixième mois." Le voyage de Marie vers Elisabeth n'est donc pas un voyage à motif social ou ménager. Ce n'est pas pour l'aider dans sa maternité prochaine que Marie s'est précipitée chez Elisabeth. Il ne s'agit donc pas d'un geste huma­nitaire, même si cela nous plairait parce que, de la part de la vierge Marie, c'est vraiment exemplaire.

Il s'agit de la connaissance d'un mystère. Ma­rie a écouté l'ange et elle a cru que se réalisait en elle ce que l'ange lui avait annoncé, elle était et elle deve­nait la mère du Sauveur. Mais l'ange lui a fait une autre annonce et Marie a eu comme besoin non pas de vérifier si c'était vrai, mais de rencontrer chez sa cou­sine Elisabeth l'œuvre que Dieu accomplissait. C'est donc une démarche essentiellement de foi à l'intérieur de ce double mystère, de la double annonciation de la conception de Jésus en Marie et de la conception de Jean en Elisabeth. La vierge Marie s'est donc précipi­tée car, nous dit saint Bernard en commentant ce texte, "que la grâce du saint Esprit ne connaît pas les hésitations et les retards." Elle est donc propulsée par la propre grâce de l'Esprit saint en elle, et elle est en même temps, attirée par la grâce du même Esprit qui fait que dans sa stérilité Elisabeth va concevoir et enfanter un fils.

Il s'agit donc, comme saint Paul le dira plus tard, d'une démarche "qui va de la foi à la foi" ou plus exactement de la foi vers la reconnaissance du fruit de la foi. C'est pourquoi, lorsqu'Elisabeth a reçu Marie, elle aussi ne la reçoit telle une visite protocolaire, telle une visite familiale comme lorsqu'on va voir à la ma­ternité une jeune maman qui va bientôt enfanter. Là encore ce serait peut-être très bien, mais il ne s'agit pas de cela. Et Elisabeth, sans avoir reçu aucune ex­plication rationnelle, comprend qu'elle reçoit "la mère de son Sauveur." Là encore, elle est introduite mysté­rieusement dans le mystère. Et cette visite de Marie portant le Sauveur entraîne un tressaillement d'allé­gresse chez cet enfant qu'elle porte en elle. Et de ce tressaillement d'allégresse va jaillir, dans la bouche d'Elisabeth, cette profession de foi : "Bienheureuse, toi qui as cru !" dit-elle à Marie. Non pas toi qui as cru à la parole de l'ange pour toi, car la vierge y a déjà cru, mais toi qui as cru à la parole de l'ange pour moi. C'était pour cela que Marie était venue visiter sa cou­sine, pour se réjouir avec elle de ce que Dieu fait en chaque homme.

Il y a là pour nous une double leçon. La pre­mière je l'exprime en reprenant très simplement le commentaire de saint Ambroise sur ce même évan­gile. "Que l'âme de Marie soit en chacun de vous pour qu'elle exalte le Seigneur ! Que l'esprit de Marie soit en chacun de vous pour qu'il exulte en Dieu. S'il y a, selon la chair, une seule mère du Christ, tous, nous sommes le Christ selon la foi. Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur comme l'âme de Marie a exalté le Seigneur en entendant la profession de foi de sa cousine Elisabeth".

Oui, en ces veilles de Noël que les disposi­tions de cœur de ceux qui ont vécu ce premier Noël dans l'histoire, ne soient pas simplement pour nous l'occasion de joie extérieure ou de remise en mémoire, mais soient vraiment notre disposition profondément spirituelle. Sans cela nous risquerions de passer à côté de Noël.

Le deuxième point, très important, c'est que même Marie, même Marie a eu besoin pour conforter sa propre foi, de se mettre à l'écoute de ce que Dieu fait chez quelqu'un d'autre. Et c'est d'ailleurs de cela qu'elle est heureuse. Elle n'a pas dit et l'ange ne lui a pas dit qu'elle était heureuse de recevoir en son sein le Fils de Dieu. Marie est heureuse parce qu'elle a cru que la promesse de Dieu s'accomplissait dans la vie de quelqu'un d'autre. Au fond, on pourrait dire que si la foi reste vraiment personnelle, le bonheur de croire est communautaire. Et ce bonheur de croire est le fruit de la découverte que nous faisons de l'œuvre de Dieu dans la vie des autres. Est-ce que c'est cela votre joie de Noël ? Est-ce que c'est cela le vœu "Joyeux Noël !" que vous allez prononcer bientôt et recevoir ? Est-ce que le bonheur de votre foi ne vient pas seulement d'elle mais du fait que Dieu fait de grandes choses dans le cœur de vos frères et sœurs tout proches ? Il n'est pas nécessaire de partir en hâte sur d'autres colli­nes. Mais il est sûrement nécessaire de partir en hâte vers ceux qui sont les plus proches pour découvrir l'œuvre de Dieu en eux, qu'ils en tressaillent d'allé­gresse et que de ce tressaillement naisse le chant d'ac­tion de grâces d'Elisabeth et de Marie. Oui, là encore, ne nous trompons pas de bonheur quant à l'annonce de Noël.

 

 

AMEN