JOSEPH LE SILENCIEUX
Is 62, 1-5 ; Ac 13, 10-17+22-25 ; Mt 1, 18-24
Lundi de la quatrième semaine de l'Avent – B
(24 décembre 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
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n ce dernier jour de l'Avent, l'évangile nous demande de tourner notre regard vers la figure de Joseph, ce grand témoin silencieux dans son cœur, silencieux aussi peut-être dans nos prédications.
Dans une lettre sur la mission de saint Joseph dans la vie du Christ et de l'Église, il y a deux ou trois ans, le Pape Jean-Paul II nous livre ces quelques réflexions qui peuvent nous aider à préparer notre cœur et notre esprit à la célébration de la naissance de Jésus.
"Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse car ce qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint. Elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus car c'est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés." Et le Pape commente. "On peut dire que ce que fit Joseph l'unit d'une manière toute spéciale à la foi de Marie. Il accepta comme une vérité venant de Dieu ce qu'elle avait déjà accepté lors de l'annonciation. Le concile dit : "A Dieu qui révèle est due l'obéissance de la foi par laquelle l'homme s'en remet tout entier librement à Dieu dans un complet hommage d'intelligence et de volonté à Dieu qui révèle et dans un assentiment volontaire à la révélation qu'Il fait." Cette phrase qui touche à l'essence même de la foi s'applique parfaitement à Joseph de Nazareth. Il devint donc, d'une façon singulière, le dépositaire du mystère tenu caché depuis les siècles en Dieu, de même que Marie le devint en ce moment décisif appelé par l'apôtre "la plénitude du temps" lorsque Dieu envoya son Fils, né d'une femme, afin de racheter les sujets de la Loi pour leur conférer l'adoption filiale. "Il a plu à Dieu", dit encore le Concile "dans sa sagesse et sa bonté, de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, Verbe fait chair, accèdent dans l'Esprit Saint, auprès du Père." Joseph est avec Marie le premier dépositaire de ce mystère divin En même temps que Marie et aussi en rapport avec Elle, il participe à la phase culminante de cette Révélation que Dieu fait de Lui-même dans le Christ."
De ces quelques réflexions, je vous propose trois points particuliers à méditer tout au long de cette journée.
D'abord Joseph dut renoncer à un projet qu'il avait fait. Il a fallu que lui-même sente un certain abandon, il a fallu que lui-même consente à quelque chose qu'il n'avait pas prévu. Il y a toujours, dans notre vie, un abandon certain à faire pour que celui-ci creuse en nous un lieu, une crèche, pour que s'accomplisse la plénitude de Dieu. Cet abandon, en termes positifs, se dit aussi l'obéissance de la foi. L'obéissance de la foi n'est pas une obéissance extérieure, d'ordre pratique ou d'ordre légal. Elle est le consentement de tout l'être à un mystère qui vient de Dieu et que l'on ne peut pas totalement saisir. C'est pour cela que cette obéissance ne peut être vécue que dans la foi. Et il y a sûrement dans notre propre vie un consentement intérieur qui nous fait épouser quelque chose qui vient de Dieu, quelque chose que nous n'avons pas nous-même choisi ni peut-être voulu, mais qui est celle alliance intime dont Dieu a l'initiative et qui ne peut être reçue en nous que par une liberté, que par une volonté d'être inclus dans cette révélation Et le troisième point c'est la plénitude des temps. Nous somme dépositaires du mystère caché en Dieu depuis les siècles. La fête de Noël n'est pas une fête intimiste ni à la vie spirituelle, ni à la vie familiale, ni à la vie ecclésiale puisqu'elle est la manifestation de la plénitude des temps c'est-à-dire qu'elle concerne tous les temps, autrement dit tous les hommes, et tous les hommes cela veut dire d'abord ceux d'aujourd'hui.
Qu'à l'exemple de Joseph, dans ces heures qui précèdent la liturgie solennelle de la naissance de Dieu, nous puissions nous-mêmes, dans notre propre cœur, déjà la vivre dans cette lumière de la plénitude des temps, dans cette certitude que Dieu dépose en nous son plus grand trésor, que Celui-ci demande l'assentiment de notre foi et que, pour cela, il faut sûrement abandonner de nous un certain nombre de réalités trop personnelles, trop humaines ou encore trop mondaines.
AMEN