L'ANNONCE A ZACHARIE
Gn 18, 1-14 ; Lc 1, 5-25
Lundi de la quatrième semaine d'Avent – C
(19 décembre 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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I |
l y a dans ce récit plusieurs traits passablement insolites. Le premier est que "Zacharie et Elisabeth étaient des justes", qu'ils observaient tous les commandements du Seigneur et que, cependant, ils n'avaient pas d'enfant. Ceci est déjà en contradiction avec tout l'enseignement de la Loi puisque des pages entières du Deutéronome expliquent à Israël : "Si Tu obéis aux commandements du Seigneur, alors tu seras béni dans tes enfants, dans tes propriétés, dans tes troupeaux." Donc, première chose étonnante : cet homme et cette femme vivent selon la Loi, mais la Loi n'est pas féconde. La Loi n'a pas produit de fruit parce qu'Elisabeth était stérile.
Deuxième chose insolente ou insolite, les deux à la fois, c'est l'humour de l'ange. "Tu auras un fils et il ramènera les cœurs des pères vers leurs enfants !" Cela nous paraît être simplement l'accomplissement de la prophétie de Malachie, mais ce qui est étonnant c'est que le premier cas où cela s'applique c'est précisément le cœur de Zacharie. Il est un cœur rebelle. Il ne croit pas qu'il aura un enfant, et pourtant, un jour il se retournera vers son enfant et lui donnera le nom donné par l'ange.
Le troisième trait insolite et qui n'est pas pour nous surprendre, c'est que c'est toujours le personnel clérical qui est le moins avisé des choses de Dieu. Zacharie fait partie du service du Temple. Il est officiellement ordonné, consacré pour accomplir toutes les fonctions liturgiques. Il est parfaitement familier des choses de Dieu, et cependant quand ca ne rentre pas dans le cadre du calendrier ou des rubriques il n'admet pas que cela puisse se produire et il ne veut pas croire à la parole de l'ange.
Mais le plus insolite et sans doute le plus important dans tout ce contexte étrange c'est que Zacharie et Elisabeth par eux-mêmes ne peuvent plus donner la vie. Comme Sara et Abraham ils sont les symboles d'un monde vieilli, usé, d'un monde qui ne peut plus par lui-même porter du fruit. Et l'œuvre de Dieu dans la vie de ce couple c'est, tout en leur faisant mesurer leur incapacité à donner la vie, de leur donner la grâce de la donner quand même. C'est une certaine manière qu'a Dieu d'agir dans l'histoire.
Comme dit saint Jean : "Le monde meurt avec son désir !" Cette création connaît, au cœur d'elle-même, l'expérience permanente de l'usure de son désir et de sa mort. Et cependant, dans l'Ancienne Alliance, il est arrivé une fois ou l'autre que Dieu mette précisément les gens, comme Abraham et Sara ou Elisabeth et Zacharie, devant le mystère de leur faiblesse radicale mais en même temps fasse surgir de ce monde usé, apparemment sans espoir de continuité, un souffle nouveau de vie qui effectivement fait surgir quelque chose. Ceci nous permet de mieux mesurer la différence entre l'annonce faite à Zacharie et l'annonce faite à Marie.
Dans le cas de Marie c'est un monde neuf. Jésus naît d'une vierge. Jean-Baptiste naît de parents vieillis, usés par l'âge. Jean-Baptiste est le dernier signe de l'économie ancienne, de ce monde qui essayait de se survivre à lui-même et qui n'y arrivait pas et qui, de temps à autre, avait besoin que Dieu "donne un coup de pouce" pour que ça continue à tenir. Dans le cas de l'annonce faite à Marie, c'est l'irruption d'un monde nouveau et nous comprenons mieux ce que signifie exactement la virginité de Marie. La virginité de Marie signifie précisément que, dans la chair de Marie, Dieu veut bâtir un monde nouveau, un monde qui ne surgit pas selon les lois anciennes de la biologie, de la rencontre de l'homme et de la femme, mais qui naît de la rencontre de l'homme et de Dieu.
Au moment où nous nous préparons à fêter Noël, ne soyons pas comme Zacharie des sceptiques qui doutent de l'intervention possible de Dieu dans l'histoire personnelle de chacun d'entre nous, mais soyons comme Marie, ceux qui croient que Dieu est capable, en vérité, de créer un monde neuf du plus intime de son amour pour nous.
AMEN