LA PATERNITÉ DE JOSEPH

Is 62, 1-5 ; Ac 13, 16-17+22-25 ; Mt 1, 18-24

Lundi de la quatrième semaine d'Avent – B

(24 décembre 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Chaource : Saint Joseph

C

 

et évangile de Matthieu nous met devant le délicat problème qui nous embarrasse toujours un peu du point de vue généalogique de savoir si Jésus est vraiment fils de David, En effet saint Matthieu affirme que Joseph est réellement de la maison de David, mais il ne dit rien sur l'appartenance de Marie à la famille de David. Par conséquent, on a envie de se dire : mais si c'est une paternité par adoption légale, Dieu a triché au jeu puisque, précisément, Il avait promis à David : "C'est le fruit sorti de tes entrailles que je placerai sur le trône fait pour toi."

D'une part, il faut dire effectivement que l'évangéliste ne dit pas que Marie n'ait pas fait partie de la maison de David. On ne le sait pas. Mais je crois que dans la perspective que Matthieu veut nous donner, au sujet de l'origine et de la naissance du Sauveur, il veut nous dire deux choses. La première c'est qu'effectivement, ce qui compte pour l'appartenance à la filiation davidique, c'est d'avoir pour père un père qui soit de la maison, de la lignée de David. Par conséquent, pour Joseph, il s'agit d'un acte d'adoption qui a une portée réelle. Même s'il n'a pas "connu" Marie et si ce n'est pas de lui, charnellement, qu'est né le Fils de Dieu, il n'empêche que, dans la conception de l'époque, en ce qui concerne la lignée royale, en fait parce que Jésus est fils de Joseph de la maison de David, il fait vraiment, réellement partie de la maison de David. La Bible est remplie de ces cas dans lesquels la filiation légale est une filiation qui a valeur de quasi filiation charnelle.

Mais je crois qu'il y a aussi quelque chose de plus à laquelle nous ne faisons peut-être pas assez attention. C'est que, déjà pour David, le sens profond de la messianité de David était que Dieu lui avait préparé une mariée toute faite. En effet, lorsque David est choisi par Dieu comme roi d'Israël, tout est prêt pour lui. A la fois, les tribus d'Israël que le roi messianique épouse en les prenant sous sa houlette, et d'autre part aussi, Jérusalem qui est préparée puisque David, le roi, n'a pas eu à bâtir Israël et n'a pas eu à bâtir Jérusalem. Il n'a eu qu'à accueillir. Et je crois que c'est ce qui se renouvelle pour Joseph.

Joseph reçoit Jérusalem et reçoit Israël en la personne de Marie. C'est là que Dieu ressoude, de façon définitive et éternelle, son alliance qui paraissait cachée, obscure, voire même sans issue depuis la disparition de Zorobabel. C'est là que Dieu demande à Joseph de refaire le même acte d'accueil et de confiance pour accueillir Israël et Jérusalem, la fille de Sion, en la personne de Marie elle-même. C'est là que la lignée davidique avait déchu par rapport à sa véritable fonction. Au fond, si les choses s'étaient passées si mal juste avant l'exil, c'était parce que les rois avaient déchu de leur fonction messianique, c'était parce qu'ils n'avaient plus été les véritables pasteurs du troupeau, parce qu'ils n'avaient plus été les véritables époux de Jérusalem, qu'ils avaient trahi leur épouse. A ce moment-là, Dieu avait manifesté les conséquences de cette trahison et que, d'une certaine manière, il y avait eu une sorte de rupture entre le roi, son peuple et "la ville où Dieu siégeait."

Or, je crois que Dieu guérit la descendance de David là même où elle était blessée. Il la guérit, d'une certaine manière dans le fait que, dans un premier mouvement Joseph a l'idée de faire une rupture, de ne pas avoir d'ennuis, il veut répudier Marie, pour que tout se passe selon les règles habituelles et qu'il n'ait pas de difficultés. Mais Dieu intervient pour que, par la générosité de Joseph, il retrouve sa véritable identité davidique, qu'il accueille vraiment Jérusalem, la fille de Sion, qu'il accueille vraiment l'Israël nouveau qu'elle porte en son sein, Et c'est en cela que toute la dynastie davidique est pour ainsi dire, elle aussi, réhabilitée, sauvée par le geste de Joseph comme elle avait été perdue, d'une certaine manière dans l'exercice de sa fonction, par la trahison de ceux qui avaient précédé immédiatement l'exil.

C'est toujours le même mystère qui sous-tend cet évangile de l'enfance dans Saint Matthieu C'est pour que la lignée de David soit vraiment la lignée de David, il ne suffit pas que les arbres généalogiques soient respectés. Dieu y veille et en prend soin, et c'est un fait qu'ils sont respectés. Mais ils sont plus que respectés, car, en même temps que Joseph est fils de David, il montre que par la grâce de Dieu il retrouve la véritable dignité davidique qui est d'accueillir cette fonction pastorale et messianique, d'accueillir dans sa famille "Ne crains pas de prendre chez toi Marie pour épouse", c'est-à-dire : Ne crains pas de prendre chez toi l'Arche d'Alliance, ne crains pas de prendre Jérusalem qui porte en son sein, en son sanctuaire, la présence de Dieu.

En ceci, l'acte de Joseph qui accueille Marie dans sa maison est pour nous plein de signification et peut nous éveiller à l'attitude de cœur que nous devons avoir en ce Noël. Il ne faut pas que nous craignons, nous aussi, cette fonction et cette dignité messianique qui nous a été donnée au jour de notre baptême. Nous avons reçu l'onction royale, Dieu nous demande de ne pas avoir peur de prendre chez nous Jérusalem, l'arche de la Nouvelle Alliance, d'accueillir en nous la présence de Dieu. Et alors, ce sera vraiment Noël car Dieu habitera chez nous. Il sera vraiment Emmanuel.

 

AMEN