MAGNIFICAT
So 3, 14-18 a ; Lc 1, 46-56
Lundi de la quatrième semaine de l'Avent – A
(22 décembre 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN

Aïn-Karem : Magnificat en hébreu
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'il y a un évangile qu'il faudrait toujours proclamer en chantant, c'est bien celui-ci. Ce cantique, ce Magnificat de la vierge Marie, chaque soir, l'Église, depuis ce premier jour où la Vierge l'a chanté, chaque soir l'Église le chante encore, au moment où les chrétiens vont s'endormir dans le sommeil pour prendre leur repos.
C'est un chant de louange, c'est un hymne d'action de grâces, pour ce que Dieu a fait dans le cœur de la vierge Marie, mais également dans le cœur de son Eglise, c'est-à-dire au milieu de l'humanité tout entière. Mais il n'y aurait pas d'action de grâces vraie de notre part, comme de la part de la vierge Marie, si elle ne prenait sa source dans la fidélité immense de Dieu. En effet, cet hymne jailli du cœur de Marie s'étend depuis la promesse faite à Abraham jusqu'aux multiples générations qui ont succédé, qui ont accompli cette promesse, et nous sommes, aujourd'hui, une de ces multiples générations.
Or qu'est-ce que Dieu étend sur la multitude de ces générations ? C'est sa miséricorde. Car la fidélité de Dieu a pris pour nous la forme de sa miséricorde. Mais Il n'en est pas resté là. Sa miséricorde a pris la forme du Christ, d'une chair semblable à la nôtre, d'un visage d'homme semblable au nôtre. C'est parce que la vierge Marie a senti, dans son cœur, la présence certaine du Christ, visage de la miséricorde de Dieu, forme, pour nous, de la fidélité de Dieu, qu'elle a pu chanter cet hymne d'action de grâces, ce chant de louange envers Dieu qui ne cesse de combler de ses biens les hommes qui le craignent, c'est-à-dire non pas ceux qui ont peur de Lui, mais ceux qui le cherchent et veulent le servir de tout leur cœur, de toute leur âme.
Ce chant de la vierge Marie, c'est celui de l'Église de tous les temps. C'est celui de ces multitudes de générations de croyants ou de chrétiens qui, après la promesse faite à Abraham, ont reçu le don, la réalisation, l'accomplissement de cette promesse qui avait déjà commencé dans la joie, une joie peut-être équivoque, mais une joie quand même, lorsque Sara avait ri, s'était réjouie à l'annonce du premier chaînon de cette promesse, le fils qu'elle allait engendrer dans sa vieillesse, Isaac.
Frères et sœurs, la fête de Noël que nous nous préparons à célébrer, c'est la fête de l'action de grâces, parce que c'est la fête de la miséricorde de Dieu pour nous, parce que c'est la fête de son immense fidélité pour nous, pour tous les hommes. Et il serait dommage que nous passions ces jours qui précèdent Noël, comme ceux qui suivent, sans prendre le temps de laisser retentir dans notre cœur ces paroles de la vierge Marie. Il serait dommage que nous passions ces jours sans en saisir, sans en vivre toute l'intensité profonde, cela dans la prière communautaire, mais aussi dans le geste de charité pour les autres, car la miséricorde de Dieu s'accomplit aujourd'hui à travers nos gestes de miséricorde, de charité, de douceur, d'action de grâces les uns envers les autres.
Il faudrait aussi vivre ces jours qui précèdent la Nativité avec suffisamment d'intensité, de silence intérieur, pour que vraiment cette joie, cette fidélité, cette miséricorde de Dieu, nous puissions la découvrir, non pas comme quelque chose d'extérieur, mais comme quelque chose qui ne cesse de sourdre en nous-mêmes, qui ne cesse de faire éclater notre cœur, pour que, chaque soir, dans la vérité de notre foi, nous puissions reprendre sincèrement ces paroles de la vierge Marie qui sont les nôtres aujourd'hui, celles de l'Église et qui seront un jour celles de monde entier, lorsque le Christ aura rassasié tous ceux qui ont faim, tous ceux qui sont affamés.
C'est cela qu'Il va faire maintenant, dans cette eucharistie, en nous comblant de ce pain, qui est un pain de miséricorde, le signe, la signature de la fidélité de Dieu pour nous, aujourd'hui.
AMEN