BOULEVERSÉE DANS LA LUMIÈRE

2 S 7, 1-5+8b-12+14a+16 ; Rm 16, 25-27 ; Lc 1, 26-38
Quatrième dimanche de l'avent – Année B (18 décembre 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Une visite bouleversante (Mont Saint Martin)

Frères et sœurs, cette page de l'évangile de saint Luc est un des textes de la Bible que nous lisons et relisons très souvent et la plupart du temps, notre attention est toujours attirée par la salutation de l'ange : "Je te salue Marie pleine de grâce", ce que nous répétons dans le rosaire un nombre incalculable de fois, ainsi que la réponse ultime de Marie, son acceptation : "Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole".

Je voudrais attirer votre regard sur un autre détail de ce texte auquel nous ne prêtons pas toujours attention suffisamment. Après la salutation de l'ange, il nous est dit : "A cette parole, Marie fut bouleversée". La première réaction de Marie devant l'annonce de l'ange, c'est d'être bouleversée. Elle est bouleversée parce qu'elle n'avait pas prévu cela dans sa vie. Fiancée à Joseph, elle devait fonder avec lui une famille, et elle ne s'attendait pas du tout à cette demande extraordinaire de Dieu pour qu'elle laisse façonner en elle son Fils. Elle ne s'y attendait pas et elle est bouleversée. Je me souviens autrefois quand on chantait en grégorien un chant, précisément pendant ce temps de l'Avent, où l'on disait : "et expavescit Virgo de lumine", ce qui se traduit littéralement : "et la Vierge s'effondra dans la lumière". Toute sa vie, toute sa conception du monde, de la foi, de la religion de ses Pères, tout cela est comme balayé par un événement unique et nouveau : Dieu vient en elle.

Nous le savons, Dieu l'avait dit à Moïse : "On ne peut pas voir ma face sans mourir" (Ex. 33, 20). C'est pour cette raison que lorsque Dieu veut parler à l'homme, il envoie un messager, un intermédiaire, un ange, ici l'ange Gabriel qui se charge d'apporter la Parole de Dieu à celui à qui elle s'adresse sans qu'il doive mourir. Marie sent que cette Parole de Dieu qui lui est adressée produit en elle comme une sorte de mort, une redistribution totale de son existence et de ses projets de vie. Remarquons bien, "expavescit Virgo de lumine", c'est dans la lumière que Marie est bouleversée. C'est la lumière de Dieu qui vient envahir son cœur, son âme, son corps, elle s'effondre d'une certaine manière dans cette lumière de Dieu qui la dépasse et qui entraîne sa vie là où elle n'aurait jamais pensé qu'elle pourrait aller.

Marie est donc remplie comme lui dit l'ange, remplie de la grâce de Dieu. La grâce de Dieu, c'est-à-dire, la lumière de Dieu, vient prendre possession de l'être complet de Marie, et en quelques secondes, dans cette conversation avec l'ange tout en elle est transformé. Elle est vraiment remplie de la grâce de Dieu. C'est exactement ce que nous célébrons aujourd'hui, pendant ce dernier dimanche de l'Avent qui précède immédiatement la fête de Noël, nous célébrons ces neuf mois pendant lesquels Marie a été remplie de la présence de Dieu dans son propre corps, dans sa propre chair, donnant à ce Dieu qui la visite un corps d'homme, une nature humaine.

Toutes les femmes savent bien que pendant ces neuf mois où elles portent un enfant dans leur sein, il y a comme une communication mystérieuse entre elles et l'enfant qu'elle portent. Cette communication les remplit d'un mystère inexprimable, et l'enfant est lui aussi pleinement plongé dans le mystère. Imaginez ce que cela a pu être pour Marie. C'était la même expérience, à la différence que cet enfant était le Fils de Dieu.

"Marie méditait tout cela dans son cœur" nous dit l'évangile (Luc 2, 19 et 2, 51). Oui, pendant neuf mois Marie a porté dans le secret de son cœur, dans le secret de son corps, dans l'immédiateté d'une intimité mystérieuse elle a porté la présence de Dieu et cela a pris toute la place dans son cœur. C'est ce qui est représenté sur certaines icônes qui montrent la Vierge Marie avec dans son cœur ouvert, le visage de l'Enfant Jésus. Marie, avant même la naissance de son enfant a été privilégiée par ce contact intime, profond, mystérieux de Dieu avec elle, un Dieu qui envahissait tout son être et qui faisait s'effondrer tout ce qu'elle aurait pu imaginer devant la lumière éblouissante de Dieu. Même si le contexte psychologique et théologique est tout à fait différent, cela n'est pas sans analogie avec la conversion de Paul sur le chemin de Damas, terrassé et jeté à terre par la lumière (Act. 9, 3-7), comme a su le peindre admirablement Le Caravage avec une violence et une douceur rayonnantes.

Que Marie en ce temps de l'Avent où elle a une place unique et exceptionnelle, que Marie nous invite à ouvrir notre cœur à la présence de Dieu. Même si nous ne le portons pas dans notre chair comme elle, Dieu vient vers nous pour nous remplir de sa présence. Que cette intimité silencieuse qu'elle a connue pendant neuf mois, nous la partagions pour notre pauvre part, et que nous devenions bénéficiaires de cette grâce qui est la grâce propre de Marie mais qui se communique à nous.

 

AMEN