ASSUMER L'IMPRÉVISIBLE

Is 62, 1-5 ; Mt 1, 18-24

Samedi de la troisième semaine de l'Avent – C

(23 décembre 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

V

ous savez tous la signification du prénom Emmanuel, Dieu avec nous. Il fut un temps dans la Genèse, non pas la Genèse du Nouveau Testament que nous lisons ici de l'enfance de Jésus chez Luc et Matthieu, mais dans l'autre Genèse, celle de l'Ancien Testament, on ne parlait pas de Dieu avec nous, mais on parlait de l'homme avec Dieu. Ce temps de communion, ce temps de rencontre avec le créateur et sa création, et comme en prolongement, ce temps de communion et de rencontre entre les créatures Adam et Eve. Cette épreuve, cette tentation, de la part d'Eve, ce péché qui est ce vouloir prendre pour elle ce que Dieu voulait donner, et d'autre part, à la suite, ce péché pour Adam ce péché qui a été de dénoncer à Dieu la faute de sa femme comme de refuser de vouloir assumer la faute de sa femme.

La Genèse du Nouveau Testament, les écrits de Matthieu et de Luc nous donnent à réfléchir sur une autre tentation, la tentation d'un ange qui vient auprès d'une femme pour lui dire qu'elle va enfanter le Fils de Dieu. Quelle tentation de vouloir s'approprier cet enfant et de pouvoir crier à la face du monde je suis une femme extraordinaire, et de reprendre les mots d'Eve après le péché originel : "J'ai acquis un homme de par le Seigneur". Quel orgueil !

Il serait dommage de commencer à célébrer Noël sans penser à une autre tentation, non pas cette tentation d'orgueil qui aurait pu saisir Marie qui est restée cette femme humble, mais la tentation de Joseph. Je crois qu'on ne peut pas parler uniquement de l'Annonciation de Marie en laissant dans l'ombre cette annonciation faire à Joseph. Cette fois-ci comme Marie a été soumise en quelque sorte à cette tentation d'acquérir pour elle le Fils de Dieu, Joseph comme Adam va être soumis comme Adam à une tentation, la tentation de ne pas assumer ce qu'il n'a pas choisi. Il aurait été une tentation pour lui de dénoncer publiquement cette femme qui a un enfant qui ne vient pas de lui, il en avait tout à fait le droit. Il ne veut pas dire publiquement qu'il veut se détacher d'elle pour cette faute, il veut la répudier sans bruit, mais ce qu'il y a de très beau, c'est que quand l'ange va lui parler, il va assumer cet événement qu'il n'avait pas demandé. Il ne veut pas tomber dans ce péché dans lequel Adam était tombé, de refuser d'assumer. Nous savons pour notre prêt que c'est extrêmement facile de ne pas vouloir assumer ce que nous pensons ne pas avoir chois. Nous trouvons très laid le geste d'Adam de dire : ce n'est pas moi, c'est la femme que tu as mise à mon côté, qui a fait la faute et nous passons notre temps chaque jour à faire ce que fait Adam : à dire : ce n'est pas moi, c'est l'autre, que ce soit l'époux, l'épouse, le frère ou les collègues de travail.

Tout cela pourquoi ? pour vous aider à méditer avant d'entrer dans ce temps de Noël sur deux choses. La première je ne vais pas y revenir, c'est la vierge Marie, Frère Bernard nous a rappelé l'autre jour comment Marie représentait cette image de l'Église et qu'elle accueillait le Fils de Dieu dans son sein, et que Fils de Dieu grandissait dans son sein pour un jour, venir à terme, et que l'Église et que chacun d'entre nous, nous étions aussi configurés et que nous avions à accueillir, à avoir ce geste d'accueil vis-à-vis de Dieu qui vient dans notre vie. Ne pas nous précipiter pour l'annoncer déjà, mais le laisser grandir dans notre cœur, avant de le laisser enfanter et de venir au monde.

J'ai envie de dire qu'aujourd'hui, Joseph nous fait réfléchir sur une autre attitude que nous avons à découvrir au cours de cette fête de Noël. Il est de bon ton de rappeler que la fête de Noël est la fête la plus extraordinaire, la plus jolie, que tout va bien, que les familles courent partout pour s'acheter les cadeaux les plus chers et les plus beaux, et nous savons très bien que ce n'est pas vrai ! Nous savons que la fête de Noël est celle qui draine le plus de souffrance, de difficultés et d'interrogations, nous savons que la fête de Noël c'est celle qui fait revenir au bord de notre cœur les déchirures familiales les souffrances, les morts, ce que nous n'avons pas choisi, des situations familiales que nous n'avons pas choisies. Et comme pour prolonger cette attitude de Joseph, nous pourrions avoir secrètement le désir de nous débarrasser de ce que nous n'avons pas choisi, de répudier secrètement des pans de nos familles qui nous font mal et que nous n'avons pas choisi. Des pans mêmes secrets de nos expériences qui nous ont amenés au cœur de la souffrance, en disant, ce n'est pas moi, je m'en débarrasse, je baisse les bras. Joseph est celui qui va prendre à bras-le-corps ce qu'il n'a pas choisi et il va découvrir cette annonce de l'ange qu'il doit prendre à bras-le-corps, j'oserais presque dire comme le Christ prendra la croix qu'Il n'a pas choisie pour la transformer, d'une certaine manière, Joseph est celui qui était tenté de répudier cette situation et qui va la prendre à bras-le-corps, qui va l'assumer et qui va l'amener à son terme.

Frères et sœurs, tout simplement, et en même temps, nous savons que c'est douloureux, à la suite de Joseph, en ce temps de Nativité, nous sommes aussi conduits à nous souvenir de choix, d'événements, de situations familiales que nous n'avons pas toujours choisies. Qu'en faisons-nous ? Est-ce que nous répudions secrètement des pans entiers de notre histoire, ou est-ce que nous sommes capables de les assumer et de les mener tranquillement et doucement à terme ?

 

 

AMEN