LA TRIBU DE JUDA
Gn 49, 1-2+8-10
(17 décembre 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

Tournai : Arbre de Jessé
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e premier texte de la liturgie de ce jour centre notre regard et notre méditation sur le personnage de Juda. Juda qui est un des fils de Jacob, le quatrième fils qu'il a eu avec Léa. Juda qui a une histoire assez particulière et assez personnelle parmi ses onze frères. C'est Juda qui va conseiller à ses frères de ne pas tuer Joseph, alors qu'eux-mêmes avaient décidé sa mort. Ruben dira : "Mettons-le dans une citerne pour ne pas porter la main sur lui et verser son sang !" Mais c'est Juda qui proposera :"Au lieu de le laisser mourir dans cette citerne, vendons-le !" Et c'est ainsi que Joseph est parti en Egypte. C'est d'ailleurs Juda qui interviendra auprès de Joseph devenu maître en Egypte, en faveur de Benjamin. C'est lui aussi que Jacob envoie en avant vers Joseph pour qu'il paraisse devant lui.
Juda a une épouse dont il deviendra veuf. Et un jour où il se promène il rencontre une autre veuve qu'il ne connaît pas ou plutôt qu'il ne reconnaît pas et qui est sa propre belle-fille. La belle-fille Tamar, dont nous parle la généalogie que nous venons d'entendre, va lui donner deux fils, deux jumeaux. C'est ainsi que par l'union de cette prostituée apparente, de cette belle-fille avec son beau-père, c'est ainsi que va naître Pharès qui est un des ancêtres du Christ.
C'est dans la tribu de Juda que naîtra le roi David. C'est d'ailleurs cette tribu qui est la première à entrer et à monter dans le pays de Palestine après la conquête, comme nous pouvons le lire dans le livre des Juges. La tribu s'installe dans le sud du pays et David naîtra à Bethléem. Il sera lui-même appelé "le fils de Juda" comme nous le lisons au psaume 78. En continuant le déroulement de cette descendance des patriarches, qui se greffe sur la descendance des Rois par David, nous en arrivons à Joseph, qui, lui aussi, est de la maison de David, de cette descendance de Juda, et qui également comme père Abraham.
De Joseph, nous savons qu'il est l'Epoux de Marie, que c'est par lui que le Christ Fils de Dieu, s'inscrit dans la généalogie humaine, dans l'histoire humaine du salut. Et, dans l'épître aux Hébreux, Jésus est également "Celui qui est issu de Juda." Enfin, l'Apocalypse, en reprenant le texte de la Genèse que nous venons d'entendre, le désigne comme "le Lion de la Tribu de Juda."
Juda est donc un personnage important dans cette généalogie du Christ et aussi un des plus significatifs. C'est d'ailleurs à lui, comme nous venons de le lire dans le livre de la Genèse, que Jacob va donner sa bénédiction et qu'il va prononcer sur lui cette prophétie qui s'accomplira, une première fois, dans le roi David, puis une seconde fois, de façon définitive, dans le nouveau David, dans le Christ, fils de Joseph, fils de David fils de Juda.
Jacob, c'est celui qui a vu Dieu. C'est celui à qui Dieu a donné comme nom Israël, c'est-à-dire : "Celui qui est fort contre Dieu et celui qui est fort contre les hommes". Et celui qui a vu Dieu, Israël, a reconnu dans une vision et un regard prophétique que Juda, son fils, alors qu'il portait le bâton, est le Père des Rois, que son sceptre ne disparaîtra pas, qu'il est "comme un jeune lion" et qu'il y aura toujours un lion dans cette descendance, c'est-à-dire un roi qui assumera toute la révélation donnée aux patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, et que ce roi, préfiguré, pressenti par Jacob dans la figure de son fils, sera un roi que ses frères loueront, vers lequel ses frères s'inclineront. Et en même temps, ce roi sera roi de toutes les nations. "Son sceptre ne s'éloignera pas de Juda jusqu'à la venue de Celui à qui obéiront les peuples". Et nous pressentons déjà dans cette annonce prophétique que le Christ sera bien roi d'Israël, mais aussi roi pour tous les hommes, et que toutes les nations seront appelées à reconnaître dans sa royauté le Fils de Dieu. Non plus celui qui a vu Dieu, mais Celui qui est Dieu Lui-même et qui vient, au milieu des hommes, pour que ceux-ci puissent voir Dieu.
En cette eucharistie, demandons que notre cœur s'ouvre au sens humain et spirituel de cette généalogie du Christ, cette généalogie qui a précédé sa venue et qui l'a préparée, cette venue dans la chair du Christ. Demandons aussi que nous-mêmes qui sommes les descendants d'Abraham, d'Isaac, de Juda, non pas selon la race mais selon la foi, selon la promesse, selon la révélation, nous puissions, j'allais dire, un peu plus, près sentir Celui qui est venu comme Celui qui vient encore pour être le roi vers lequel toutes les nations se tourneront et dans lequel elles trouveront miséricorde et pardon.
AMEN