NOTRE CŒUR EST-IL ASSEZ GRAND POUR AIMER ?

Is 62, 1-5 ; Mt 1, 18-24

Samedi de la troisième semaine de l'Avent – C

(23 décembre 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

otre Dieu est un Dieu qui s'est manifesté d'une façon finalement assez étrange. Alors qu'Il aurait pu se manifester dans une sorte de toute-puissance fracassante, bruyante, écrasant tout, nivelant tout, nous faisant savoir que nous n'étions rien du tout, nous anéantissant pas sa gran­deur, Dieu a choisi de se manifester dans la plus grande humilité, dans la plus grande simplicité, Dieu a choisi de devenir un homme comme nous, de se départir de tout ce qu'il aurait pu faire pour nous force, pour venir à nos côtés, à l'intime de nous-mê­mes et nous promouvoir dans notre humanité et notre liberté. Dieu aime tellement l'homme, Il aime telle­ment sa créature qu'il n'a qu'une envie, c'est qu'elle soit elle-même. Dieu n'a pas envie de détruire l'homme pour se grandir Lui-même, pour Dieu, sa propre grandeur, c'est de grandir l'humain et de faire grandir l'homme en nous.

C'est pourquoi nous venons d'entendre ces deux textes magnifiques, le premier, une prophétie, Isaïe, cinq ou six cents ans avant que Jésus ne naisse, peut-être davantage, et Isaïe dit : au fond, Dieu vien­dra rencontrer l'humanité comme un jeune homme rencontre la jeune fille qu'il aime, pour la rendre heu­reuse, pour faire que cette humanité soit belle, qu'elle soit resplendissante, qu'elle soit pour celui qu'elle aime, source de joie, de paix et de bonheur. Et puis, nous lisons aussi cette histoire de Joseph, qui aime sa fiancée Marie, et qui au moment où il la découvre enceinte, a comme peur, et veut la renvoyer, la répu­dier, et c'est là que l'Ange lui demande de laisser grandir son cœur et sa liberté pour mieux accueillir le salut de Dieu.

Frères et sœurs, c'est vrai que tout cela est presque trop grand pour notre cœur et notre intelli­gence humaine, mais qui d'entre nous est adapté et capable d'avoir un cœur assez grand et assez large pour accueillir Dieu ? Au fond, c'est la question qui nous est posée à tous les moments de notre vie : "Comment notre cœur peut-il accueillir, alors que nous sommes si petits, un Dieu si grand ?" C'est la question de Noël, c'est la question qui se pose dans notre cœur, chaque fois que nous nous reposons vrai­ment les questions essentielles de notre existence.

Si nous sommes là, ce midi pour prier pour notre frère Jacques, pour le conduire et l'accompagner de notre prière en présence de Dieu, c'est précisément parce que croyants, mal-croyants, plus ou moins croyants, nous sommes là devant le mystère de Dieu et nous disons simplement au Seigneur : Seigneur, Tu l'as aimé, Tu l'as accompagné, et guidé pendant sa vie, maintenant, révèle-toi à lui. Nous avons avec lui partagé les moments de peine et de joie, nous avons partagé tout ce qu'il voulait vivre avec nous, tous ensemble, et maintenant, c'est Toi qui le reçoit et l'accueille, et nous Te demandons simplement de partager avec lui, ce bonheur qu'il a vécu avec nous, et tout ce qu'il porte dans ses mains, et qui est cette brassée de vie qu'il a vécue parmi nous.

Pour Pierre-Paul et Sophie, au moment de leurs fiançailles, c'est aussi cette question, notre cœur est-il assez grand pour aimer ? Au fond, c'est vrai, quand y pense, la question de l'amour humain, et la question de l'amour de Dieu se rejoignent finalement dans cette unique question : comment notre cœur est-il capable d'aimer, d'accueillir l'infini de l'amour de Dieu à travers l'expérience d'un amour humain.

Frères et sœurs, qu'au moment où nous célé­brons cette Eucharistie, où Dieu prend les moyens les plus simples et les plus humbles, un peu de pain, un peu de vin, pour que cela devienne Lui présent au milieu de nous, nous voilà ramenés comme croyants, à cette question essentielle : oui, nous ne sommes rien, nous sommes pauvres et démunis devant Dieu, et pourtant, Dieu profite de cette pauvreté de notre cœur, de notre vie, de cette petitesse et de cette humi­lité pour nous dire : ne crains pas, comme il le disait à Joseph, ne crains pas, celle que tu vas accueillir, Ma­rie, en l'accueillant dans ta maison, c'est Dieu même que tu accueilles.

C'est le geste que nous ferons tout à l'heure en recevant le corps et le Sang du Christ, en recevant ces réalités presque de rien, que sont un peu de pain, un peu de vin, nous accueillons le mystère même de Dieu. Qu'aujourd'hui notre prière pour Jacques qui vient d'entrer dans la paix de Dieu, pour Pierre-Paul et Sophie qui commencent cette aventure de discerne­ment et d'approfondissement de leur amour, que ce soit pour nous, et pour les uns et pour les autres, par la prière, par la foi l'occasion de retrouver cette ques­tion fondamentale au plus intime de notre cœur : "Qui sommes-nous pour que Dieu nous aime à ce point pour qu'Il vienne nous visiter et nous combler de son amour et de sa joie" ?

 

 

AMEN