GÉNÉALOGIE ET BÉNÉDICTION
Gn 49, 1-2+8-10 ; Mt 1, 1-17
Samedi de la troisième semaine de l'Avent – C
(17 décembre 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous venons d'entendre les noms des ancêtres du Christ. Certains ont des noms très bizarres, Eliud, Eléazar, Nathan, Roboam, Josaphat et tous les autres. Et pourquoi l'évangile nous donne-t-il cette longue liste des générations qui nous ont précédés, ces hommes que nous ne connaissons pas, ces cousins lointains qui semblent nous avoir précédé sur le chemin de l'évangile ? sans parler de ceux qui suivent.
Nous sommes précédés par des hommes et des femmes que nous ne connaissons pas mais qui nous connaissent. Nous ne transmettons pas simplement la vie parce que nous avons des enfants. Nous transmettons cette vie en espérant donner le meilleur de nous-mêmes et nous les éduquons pour permettre à ce "meilleur" de rendre la personne heureuse sur cette terre. Nous travaillons ainsi à la transmission de la vie. En même temps Dieu travaille, comme une collaboration sécrète, à une autre transmission qui passe par nous comme à notre insu. C'est la transmission d'une bénédiction. Bénédiction signifie dire du bien. Dire du bien c'est ce projet que Dieu a sur nous et qui est valable pour tous les hommes et qui se transmet de génération en génération, une sorte de Providence, de protection, d'attention divine qui s'est entièrement focalisée sur le premier homme pour se disperser et se multiplier sur tous les hommes qui allaient peupler cette terre.
Lorsque le prêtre, à la fin de la messe, va étendre les bras pour bénir le peuple vis-à-vis duquel il a une fonction de pasteur, dessinant ainsi au-dessus de leurs têtes comme un toit avec ses deux mains, c'est pour redire l'inlassable bénédiction de Dieu, c'est pour redire, à travers même le paradoxe des difficultés de la vie et des peines de la vie, que Dieu ne s'est pas absenté, n'a pas retiré son bon vouloir ni sa Providence mais …
De fait, dans la tradition sémitique, le père de famille, au soir de sabbat, bénit ses enfants. Le sabbat étant l'arrivée de la bénédiction sur le peuple d'Israël le père renouvelle cette bénédiction faite par Moïse à tout le peuple. Et nous tous, nous recevons cette bénédiction à chaque fois que nous nous approchons de Dieu. Dieu nous redit le bon vouloir qu'Il a sur nous, cette bienveillance qu'Il a par rapport à nous, comme s'Il avait par rapport à nous un a priori extrêmement favorable et qu'Il nous voulait tout le bien possible pour un homme. C'est pourquoi nous avons égrené les générations précédentes qui nous disent ceux qui, avant, comme nous maintenant, ont bénéficié de cette même bénédiction de Dieu.
Il y a des jours où nous pouvons palper, constater cette bénédiction, et d'autres jours où elle nous semble bien absente, sur nous et sur le monde. C'est bien pour cela que Dieu continue à l'affirmer. Elle n'est pas forcément visible à nos yeux ni audible pour nos oreilles, elle est de l'ordre de la foi, elle peut donc et joyeuse et amère, visible et invisible, proclamée et cachée.
Qu'en ce premier jour de cette semaine préparatoire à Noël nous puissions rouvrir les yeux de notre foi sur cette bienveillance fondamentale qui nous a précédés et qui éclatera au matin de Noël, dans l'humilité de l'Enfant Jésus de la crèche. Que nos yeux et nos oreilles puissent s'ouvrir suffisamment pour recevoir, en cette crèche, toute la bénédiction que Dieu veut nous donner en cette année.
AMEN