SON NOM EST JEAN
Ml 3, 1-4+23-24 ; Lc 1, 57-66
Samedi de la troisième semaine de l'Avent – C
(21 décembre 1991)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
D |
ans les Ecritures, le fait de donner un nom à l'enfant qui vient de naître est en réalité le moyen de manifester la vocation qu'il a reçue. Recevoir son nom et recevoir un appel de Dieu, une vocation, c'est tout un. C'est ainsi que les grands personnages de l'Ancien Testament ont toujours porté des noms qui signifiaient en même temps la mission et la vocation qui leur avait été confiée par Dieu. Abraham est "le père de la multitude" Samuel est "celui qui a écouté Dieu" pour le faire écouter par le peuple, David est le "Bien-Aimé de Dieu", etc...
Aujourd'hui, dans ce récit de la circoncision de Jean-Baptiste, c'est le moment où l'évangéliste nous montre comment Jean-Baptiste reçoit son nom c'est-à-dire sa vocation. On voulait l'appeler Zacharie du nom de son père. Zacharie signifie "mémoire", mémorial, ce que Zacharie lui-même chantera dans le Benedictus au moment où sa langue se délie pour proclamer l'Alliance que Dieu a scellée avec nos Pères, la Promesse qui vient enfin d'être tenue, tous les hauts faits de Dieu dont l'existence d'Israël est le mémorial vivant. Si Israël existe, si le peuple de Dieu existe c'est parce qu'il est la mémoire vivante, la mémoire de chair et de sang des hauts faits de Dieu. Et Israël n'existe que par ce que Dieu a fait pour lui.
Mais si on avait appelé Jean-Baptiste Zacharie, il n'aurait été qu'un des témoins de la tradition du mémorial de l'action et des hauts faits de Dieu. En réalité son nom est Jean qui signifie "Dieu a fait grâce", Dieu qui accorde définitivement son amour. Jean est donc le prophète de la Nouvelle Alliance. Il est le plus grand de tous les prophètes parce que précisément il montre la rupture, la brisure, l'abîme qui sépare l'ancienne économie de la nouvelle, non pas qu'elles n'aient pas de rapport entre elles mais toute l'ancienne économie n'avait de sens que par et pour la Nouvelle Alliance. Et il fallait ainsi quelqu'un dont toute la vocation ne soit que de montrer, depuis le bord de l'Ancienne Alliance, la rive nouvelle où nous devons tous accoster pour atteindre le mystère même de l'amour de Dieu manifesté au cœur de la création, au cœur du monde dans le Royaume de Dieu.
Ainsi à travers le nom de "Dieu a fait grâce", à travers ce nom reçu par le Précurseur dont le père était muet, ce nom d'une certaine manière non prononcé puisqu'il était écrit sur une tablette, cette grâce de Dieu qui dépasse la possibilité des lèvres humaines, c'est en réalité notre propre vocation qui est ainsi désignée. Chacun d'entre nous, par son baptême, est un témoin de ce que Dieu a fait grâce, à nous, au monde, et qu'Il veut encore faire grâce. Et c'est pourquoi, au cours de cette eucharistie, nous prierons le Seigneur par l'intermédiaire de Jean-Baptiste, afin que chacun d'entre nous puisse d'une manière ou d'une autre être un précurseur de Dieu et porter ce titre "Dieu a fait grâce". Que notre vocation, que notre manière de vivre au cœur de ce monde soit le témoignage de ce que Dieu lui a fait grâce.
AMEN