BÉNI SOIT LE SEIGNEUR !
Is 63, 15-64, 3 ; Lc 1, 57-79
Samedi de la troisième semaine de l'Avent – A
(23 décembre 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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éni soit le Seigneur qui vient visiter son peuple. Il s'est souvenu de son Alliance avec nos pères !" A travers le mystère que nous célébrons aujourd'hui, celui de la naissance de Jean-Baptiste, nous découvrons une chose qui peut paraître étonnante, mais qui est très réelle C'est que l'histoire du salut est tout autant faite de ruptures que de continuités.
En effet, la plupart du temps quand on pense à des religions, on pense toujours à la tradition, cette espèce de bloc cohérent qui s'enracine dans des événements fondateurs et qui, petit à petit, comme une boule de neige qui roule sur les pentes d'une montagne accumule autour d'elle tout un nombre d'éléments constitutifs de plus en plus riches, de plus en plus forts. Or ce n'est pas du tout l'impression qui se dégage des deux textes que nous avons lus aujourd'hui.
Le premier est un texte d'Isaïe qui est à proprement parler bouleversant car il dit : "Si Abraham ne nous a pas reconnus, si Israël ne se souvient plus de nous, Toi, Seigneur, Tu es notre père!" En termes clairs, dans la bouche du prophète, cela veut dire : Si on se mesure à nos pères, nous ne savons plus qui nous sommes. Si on se mesure à Abraham, on est largement la pointure en dessous. Si on se mesure à Israël, on ne tient pas la comparaison. Et d'une certaine manière, nos pères ne se reconnaissent plus en nous. Or, et c'est là le cri extraordinaire de l'espérance du prophète : "Et cependant ça ne fait rien, Toi Seigneur, Tu te reconnaîtras toujours comme notre Père !" Au cœur même de ce que j'appellerai une rupture, car on n'est plus du tout à la hauteur des ancêtres, dans cette déchéance même, cependant il y a la place pour que Toi, Tu viennes et Tu te manifestes comme notre Dieu et que Tu déchires les cieux. Autrement dit, une sorte de décadence de l'histoire, une sorte de déchéance dans l'existence ne justifie en rien le regret de Dieu. Au contraire, on dirait même que cela lui ouvre davantage d'accès pour venir nous rejoindre, pour se manifester à nous comme notre Père.
Vous remarquerez que c'est exactement la même histoire avec Jean-Baptiste. D'une certaine manière, Zacharie n'a pas été à la hauteur. Il a douté de la promesse de Dieu. Il a prétexté qu'il était trop vieux et sa femme aussi. Il a pensé que cette histoire qui le concernait n'avait pas beaucoup de vraisemblance. A la différence de Marie qui crut à la Parole de l'ange, Zacharie, lui, vraiment, n'y a pas cru. Et par là, il s'est montré en deçà du Dieu des Pères, en deçà des promesses faites à Abraham. Et c'est d'ailleurs pour cela que le fils ne portera pas le nom du père, car le père qui s'appelait Zacharie c'est-à-dire "Celui qui est fait pour se souvenir" ne s'est souvenu de rien du tout. Il ne s'est pas souvenu qu'Abraham et Sara, eux aussi, étaient trop vieux et avancés en âge pour enfanter et engendrer. Par conséquent Jean ne portera pas le nom de son père. Il y a comme une rupture. Et là nous est manifesté clairement que, dans l'histoire d'Israël, les parents de Jean-Baptiste n'étaient pas à la hauteur des promesses de Dieu. Et pourtant, au moment même où Jean-Baptiste naît, c'est Zacharie lui-même qui retrouve la parole pour dire la fidélité de Dieu par-delà les infidélités du peuple à son histoire et à ses pères.
Vous voyez toute l'importance que cela peut avoir pour nous au moment de fêter Noël : "Nous ne sommes vraiment pas meilleurs que nos pères !" Nous sommes peut-être un peu moins bons, peut-être un peu pires. Mais ce n'est pas une raison pour douter que les cieux s'ouvrent et que Dieu vient. Et c'est cela que nous devons bien réaliser aujourd'hui. Au moment même où, par notre péché, par notre faiblesse, par nos limites, nous mesurons une certaine déchéance soit de nous-même personnellement, soit de toutes ces fautes qui accablent notre existence individuelle ou collective, sociale ou ecclésiale, nous devons reconnaître que rien n'est fondamentalement compromis de la part de Dieu. Et que même si à certains moments nous ne pouvons plus tout à fait reconnaître en nous la vigueur et la force de foi de nos pères, il n'empêche que nous pouvons continuer, inlassablement, et en toute confiance, d'avoir la foi, de crier vers le Seigneur pour qu'Il ouvre les cieux et que, véritablement s'opère cette rencontre de Dieu et de l'homme, pour notre salut.
AMEN