L'EFFROI DE MARIE
Is 7, 10-14 ; Lc 1, 26-38
Samedi de la troisième semaine de l'Avent – C
(19 décembre 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Ternant : Annonciation
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rères et sœurs, nous voilà au cœur du mystère de l'Incarnation : Dieu a envoyé l'ange Gabriel annoncer à Marie qu'elle serait la mère du Fils de Dieu.
Dès la salutation de l'ange, nous sommes projetés en plein mystère : "Réjouis-toi Marie, comblé de grâce, le Seigneur est avec toi". Comblée de grâces, le mot grec employé par saint Luc est plein de sens. En effet, dans les langues anciennes, la conjugaison du verbe n'était pas basée sur la différence entre le passé, le présent et le futur comme dans nos langues modernes, mais la conjugaison du verbe reposait essentiellement sur la différence entre l'accompli et l'on disait le parfait, et ce qui est simplement en cours de route, c'est l'imparfait. Le mot employé dans toute sa plénitude par saint Luc, en grec, est un parfait. Cela veut dire non pas seulement : tu as reçu une grâce, il y a eu un moment où Dieu te fait grâce, mais tu es comblée de grâce, remplie de grâce, toute grâce est en toi.
Ce sens très fort qui contient déjà le mystère de l'Immaculée Conception de Marie qui sera seulement développé à partir de la réflexion de cette salutation de l'ange, c'est ce qui explique que Marie est bouleversée. Là encore, le mot employé par saint Luc est très important, il veut dire : Marie fut effrayée, démontée, et en grec, le préfixe veut dire de part en part. Marie est remplie de trouble nous dit la traduction latine, c'est un mot faible, en réalité, elle est remplie d'effroi. Elle pressent qu'un mystère infini est en train de lui être dévoilé, de descendre au cœur de sa vie. Marie est bouleversée (c'est une bonne traduction), ce qui veut dire qu'elle n'était pas prête à l'annonce de l'ange. Elle est complètement mise sens dessus dessous par cette annonce de l'ange. Déjà la plénitude de grâce dont l'ange se sert pour la saluer suffit à la remplir d'effroi. Plénitude de grâce ! Qui peut supporter une telle annonce s'adressant à vous au plus profond de votre personne, sans être profondément bouleversé.
Une antienne de l'office que nous chantions auparavant à l'époque du grégorien, disait : "Expavecit virgo de lumine" : la Vierge s'évanouit dans la lumière. Oui, cette lumière qui est la révélation de la plénitude de grâce qui est la sienne, et qui va dans la suite du dialogue se prolonger par la découverte que cette plénitude de grâce, vient de ce que le Seigneur est en elle. Il n'est pas en elle simplement par une sorte d'apport qu'il lui ferait, mais il est en elle au sens le plus absolu du terme. C'est ce qui va lui être révélé : c'est le Fils même de Dieu qui va devenir le fruit de ses entrailles. Mais dès le départ, Marie pressent que ce qui lui est révélé va transfigurer, bouleverser sa vie, elle s'évanouit dans la lumière.
Comprenons que cette scène qui nous est proposée aujourd'hui n'est pas simplement une belle image. C'est quelque chose qui touche au mystère le plus profond, le mystère de la personne de Marie, le mystère de la relation de la personne de Marie avec la personne de Dieu, le mystère de la présence de Dieu au fond de nous-même. Ce que Marie a expérimenté d'une manière unique et qui ne peut pas se renouveler, soit cependant pour nous l'occasion de descendre au fond de notre cœur pour y entendre la voix de Dieu, qui à nous aussi, même si c'est d'une manière humble, annonce son mystère.
AMEN