DIEU APPELLE QUAND IL LE VEUT !
Ep 4, 1-13 ; Mt 9, 9-13
(21 décembre 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

Dampicourt : Saint Matthieu
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e cet évangile dans saint Matthieu et à propos de saint Matthieu, je retiens deux aspects qui sont parmi les plus importants de notre foi et de notre vie chrétienne.
Matthieu était un pécheur, affiché comme tel dans la société juive parce qu'il était collecteur des impôts, ce qui est une fonction comme toujours bien peu populaire. Et ceux qui exercent ce métier sont toujours suspectés de l'exercer de façon parfois un peu trop personnelle, c'est-à-dire d'en profiter. C'était probablement l'étiquette que les compatriotes de Matthieu avaient collée sur son visage. Ce jour-là, Matthieu comme tous les jours, était assis à son bureau, à sa perception et il recevait les impôts de façon pas plus honnête ce jour-là que les autres jours. Or c'est là que le Christ passant, va l'appeler. Et Il l'appelle sans discours, sans théorie. Il ne justifie pas son appel. Il ne finalise pas son appel en lui disant : c'est pour telle raison et pour tel but. Jésus lui dit tout simplement : "Suis-Moi !" Et ce qu'il y a d'extraordinaire, peut-être encore plus que cet appel en deux mots, c'est la réponse tout à fait silencieuse mais non moins forte et décisive de Matthieu : "se levant il Le suivit."
Ce qu'il faut retenir, c'est que l'appel de Dieu ne nous rejoint pas forcément lorsque nous sommes dans les meilleures conditions pour y répondre. Ce n'est pas au moment où nous sommes les mieux disposés spirituellement ou moralement que Dieu nous appelle. Ce n'est pas à l'heure où notre regard se tourne vers Lui que Dieu va forcément nous appeler. Ce n'est pas lorsque nous l'attendons que le Seigneur, forcément, nous appelle. Matthieu ne l'attendait pas plus ce jour-là qu'un autre jour, il n'avait pas plus de souci religieux ou spirituel qu'un autre jour, il était là, à sa table, percepteur d'impôts, et là le Christ l'appelle. Alors pour nous c'est pareil. Nous sommes toujours installés à une table, nous occupant de nos affaires, de nos intérêts, des choses de cette vie. Et bien c'est là, même si nous ne l'attendons pas, et peut-être surtout si nous ne l'attendons pas, que le Christ vient nous appeler. Et Il nous appelle toujours avec la même exigence : "Suis-Moi !" c'est-à-dire qu'Il nous appelle à nous joindre à Lui, à quitter notre table, nos affaires et à Le suivre où Il ira.
Voyez-vous, avant d'être évangéliste, Matthieu s'est laissé évangéliser. Il est évangélisé non pas par un discours, un enseignement doctrinal ou par un cours de théologie, mais simplement par la présence, dans le face à face immédiat avec son Dieu. Il a entendu cet homme qui était le Messie : "Suis-Moi!" et son sang n'a même pas fait un tour, il s'est levé pour le suivre. Et à partir du moment où il s'est laissé ainsi évangéliser, c'est-à-dire retourner, bouleverser par la bonne nouvelle, il devient par le fait même annonciateur de cette bonne nouvelle.
Et le voilà justement qui évangélise ceux qu'il vient de quitter puisque les pécheurs et les publicains, ses frères, se retrouvent dans sa maison autour du Seigneur Jésus pour le repas de la miséricorde et du pardon, annonce, préfiguration de l'eucharistie où le Christ rassemble les pécheurs, pour offrir Lui-même l'holocauste et le sacrifice de la miséricorde et du pardon. C'est le premier point.
Le second c'est que Matthieu était un exclu de la société juive parce qu'Il était considéré comme un pécheur, comme n'appliquant pas la Loi de Moïse et donc comme n'étant ni un ami de Moïse, ni un ami de Dieu. Donc les pharisiens, les purs, les durs l'avaient exclu des réunions ordinaires de la communauté juive parce qu'ils le considéraient en état de péché et de rupture. Or lorsque le Christ appelle Matthieu, c'est pour qu'il le suive, pour se joindre à Lui. Et le Christ, s'il est là en tant que fils de Dieu est là aussi en tant que tête et chef de l'Église, c'est-à-dire venant rassembler un peuple de pécheurs pour leur servir le repas de sa Pâque, comme il le fait sitôt après.
Suivre l'appel du Christ, c'est vivre en Église, c'est être réintégré dans la communion des frères, par la présence de Dieu. Matthieu n'était plus inséré dans la communauté juive officielle, mais par son attachement à la personne du Christ, il entre dans la communauté de l'Église. Notre appel et notre réponse à l'appel de Dieu, s'il est bien une réalité personnelle, car Dieu s'adresse à des personnes, ne peut pas être vécu dans sa réponse, seul mais en communauté ecclésiale. La communauté ecclésiale n'est pas une réunion de parfaits, mais une assemblée de pécheurs qui attendent tout de la miséricorde de Dieu. Exclu du peuple juif pour raison d'imperfection, Matthieu est intégré dans l'Église parce qu'il est un pécheur qui accepte le pardon et le salut de Dieu, pour le partager avec ses frères et l'annoncer. C'est cela la vocation de Matthieu et c'est aussi notre vocation à chacun. Répondre à l'appel du Seigneur sans chercher forcément à le comprendre, sans chercher à savoir où Il va nous mener, et le vivre dans la communauté des croyants dont le signe et la réalité essentielle est le repas des pécheurs avec le Christ c'est-à-dire l'eucharistie. Il n'y a pas d'évangélisation de notre propre cœur de façon individuelle, mais dans la communauté chrétienne c'est-à-dire dans la participation à l'eucharistie. C'est cela que nous enseigne ce texte et si en célébrant Matthieu nous avons le désir, et je crois que c'est le nôtre à tous, de nous laisser évangéliser, que la prière et l'exemple de cet apôtre et évangéliste nous aide aujourd'hui à comprendre un peu mieux la grandeur de cet appel de Jésus, son exigence et la nécessité d'y répondre de tout notre cœur, mais dans le cœur de l'Église. C'est ce cœur de l'Église que nous célébrons maintenant en partageant le corps et le sang du Christ, livré et versé pour la multitude en rémission des péchés.
AMEN