LE CHANT DE ZACHARIE

Mi 5, 1-4 a ; Lc 1, 67-79

Samedi de la troisième semaine d'Avent – B

(22 décembre 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

V

 

oici que Zacharie, le père de Jean-Baptiste, lui qui avait douté de la puissance de la parole du Seigneur lorsque l'ange lui avait parlé dans le sanctuaire, voici que Zacharie devient prophète. Du doute, en passant par le silence c'est-à-dire probablement la méditation intérieure, il devient l'annonciateur, le prêcheur, le prophète de ce que lui-même avait commencé par ne pas croire. Et ce chant de Zacharie est d'abord un chant à l'histoire d'Israël, puis et à l'intérieur même de cette histoire, un chant pour la fidélité de Dieu. Comme nous le chantions dans le psaume tout à l'heure, tout au long de cette histoire l'amour et la fidélité de Dieu se sont rencontrés, tout au long de cette histoire la paix et le salut se sont embrassés, révélant aux hommes cette miséricordieuse tendresse qui nous vaut le don de son Fils dans la chair humaine.

La prophétie de Zacharie englobe et son passé et l'avenir du monde. Il évoque cette visite à Abraham, cette délivrance du peuple à travers la mer rouge déjà annonciatrice d'une puissance de salut, il évoque la maison de David dont le descendant devait régner à jamais et dont le sceptre serait vainqueur de tout ennemi et de tout mal. Il évoque la parole sortie de la bouche de ces saints prophètes des temps anciens qui, au milieu des douleurs, des souffrances, des destructions, des exils, annonçaient que la miséricorde de Dieu viendrait elle-même à bout de tous les ennemis du peuple et que Lui-même détruirait tous ceux qui le haïssent.

Parler ainsi du passé, c'est être prophète, c'est révéler le sens profond de ces événements, c'est manifester la dimension exacte et vraie sous le regard de Dieu de toutes ces figures qui, par leur amour, par leur réponse, ont tissé l'histoire du salut dans notre propre histoire. Puis Zacharie en vient à cette explosion qui transcende l'histoire, qui ne s'attache plus à des faits, à des événements ou à des personnes, qui entre dans cette réalité spirituelle qui nous atteint aujourd'hui, ce Soleil Levant annoncé par Jean-Baptiste, Celui qui vient illuminer nos ténèbres, qui vient nous guider dans l'ombre de la mort vers le chemin de la paix.

Il est important de comprendre exactement ce sens. On dit souvent que le Sauveur viendra dissiper les ténèbres et la mort. C'est vrai, mais en passant à travers, ceci pour que nous comprenions qu'aujourd'hui, nous ne sommes pas encore passés de façon définitive à travers toutes les ténèbres de notre péché et de la mort, parce que l'œuvre du salut n'est pas encore accomplie totalement et définitivement en nous vu que sa véritable dimension, sa véritable réalisation ne peut être acquise que dans ce royaume de la paix qui est au-delà des événements que nous pouvons vivre.

Le chant de Zacharie est le chant qui révèle la fécondité de lieu dans l'humanité, même lorsque cette humanité doute, comme si Dieu arrivait à manifester son dessein, j'allais dire, par usure du doute des hommes, comme si Dieu voulait absolument quelles que soient nos convictions, quels que soient nos états d'âme, quelle que soit notre foi, manifester à tous les hommes son salut.

Cette fécondité, elle est signifiée et annoncée également par la prophétie de Michée qui s'adresse directement à Bethléem et s'appelle Ephrata, "la fécondité". Ephrata signifie cette puissance nouvelle qui va paraître, qui va grandir la même où l'on ne l'attendait pas puisque Bethléem est considéré comme le plus petit des clans de Juda, comme si c'était celui qui ne méritait pas d'être fécond à cause de sa petitesse Cette fécondité qui va apparaître en Bethléem c'est la fécondité du pain, Bethléem signifiant "la maison du pain". C'est dans cette petitesse de Bethléem que Dieu va donner à l'humanité ce pain qui sera la chair de son Fils, pour qu'en se nourrissant ainsi de son amour, de sa miséricorde et de son salut, l'humanité tout entière puisse devenir, à la fin des temps, Bethléem et Ephrata, une demeure où le pain de Dieu est reçu une demeure où ce pain divin féconde la vie éternelle. Mais avant que l'humanité arrive a ce stade final, Bethléem-Ephrata c'est l'Église, peut-être dans le monde le plus petit des peuples, celui qui n'a ni pouvoir, ni frontières, ni état, ni puissance militaire, celui qui ne se confond pas avec une nation, celui qui ne compte pas dans les grands internationaux où l'on signe la paix pour, peut-être d'une façon ou d'une autre, préparer la guerre. Nous sommes l'Église de Dieu, nous sommes chacun personnellement Bethléem-Ephrata. Nous sommes cette ville qui doit devenir la maison du Pain, nous sommes ces chrétiens, ce peuple que doit féconder, pour l'humanité d'aujourd'hui, le salut de Dieu. Et cela, comme Zacharie, malgré nos doutes ou nos ténèbres, en acceptant que Dieu arrive Lui-même à ouvrir notre cœur à l'œuvre du salut, et en proclamant, en prophétisant malgré ce que nous sommes, malgré notre péché, la réalisation de ce salut de Dieu, déjà au milieu de nous aujourd'hui. Et si vous êtes un tout petit peu attentifs à la vie de l'Église aujourd'hui, et à votre propre vie, vous êtes témoins que la Lumière brille déjà, que le péché est pardonné et que la vie nouvelle sourd en chacun d'entre nous.

 

AMEN